Source primaire · texte

Le testament de Pierre

Eyne, 4 juillet 1926
Testament olographe rédigé quatre mois avant sa mort : sépulture, portraits de famille et tutelle de ses cinq enfants.

Testament olographe de trois pages, archives familiales.

Pierre van der Straeten (1889-1926) écrit ce testament à Eyne le 4 juillet 1926. Il meurt quatre mois plus tard, le 10 novembre 1926, à trente-six ans, d'une laryngite tuberculeuse. Sa femme Yvonne Moens de Hase était morte deux ans plus tôt ; leurs cinq enfants sont orphelins.

Le 18 novembre 1926, le président du tribunal de première instance d'Audenarde, Hubert Van Lierde, ouvre l'écrit et le décrit conformément à l'article 1007 du Code civil : rédigé « en langue française », sur un timbre de cinq francs, trente-huit lignes au recto, trente-huit au verso, dix-huit sur la page suivante. Il ordonne son dépôt chez Me Arthur Verleyen, notaire à Eyne, qui le reçoit sous ses minutes le 3 décembre 1926.

La pièce conservée réunit trois documents : l'acte de dépôt du notaire, en néerlandais ; le procès-verbal du tribunal, en français ; et le testament lui-même, de la main de Pierre.

Le texte

Eyne, 4 juillet 1926 — testament olographe

Au nom du Père et du Fils et du St Esprit. Ainsi soit-il.

Ceci est mon testament.

Je veux être enterré à Eyne, au caveau de famille, avec le même service que feu ma femme, sans grande cérémonie. Je désire qu'on fasse célébrer à l'église de Eyne pour le repos de mon âme et celle de ma femme 30 (trente) anniversaires. Je demande à mes enfants de ne pas m'oublier et de faire dire des messes suivant leur situation pour le repos de mon âme ; je désire également si possible 4 trentaines grégoriennes.

Suivant le désir de feu mon Père Mr Achille vander Straeten, je désire que les portraits de famille peints soient donnés à l'aîné de mes enfants, ainsi que sa montre en or, c.-à-d. (c'est-à-dire) à mon fils Achille dont il était le parrain. Les bijoux féminins seront donnés à ma fille (Daisy) Marguérite.

Vu l'attachement et les bons soins donnés par mes sujets à moi et à mes enfants durant ma vie, je leur lègue ce qui suit à condition qu'elles sont encore à mon service au jour de mon décès :

1) À Colette-Alma De Cuyper : une parcelle de terre située à […], section A, numéro 757, contenant un hectare quarante ares vingt centiares, occupée par […], à la date indiquée ci-dessous.
2) À Léontine vande Berghe une somme de cinq mille francs (5000 fr.)
3) À Maria De Weerdt une somme de deux francs (2000 fr.)
4) Je lègue aussi à Adolphine De Cuyper pour ses services rendus une somme de deux mille francs (2000 fr.)

Je désire que comme souvenir il soit donné à mon ami Arthur Verleyen, notaire à Eyne, les deux chandeliers en bois style Louis-Philippe. Je lui donne également en location pour trois-six-neuf années, à s'entendre avec mes enfants et à commencer depuis le jour de mon décès, s'il continue à habiter Eyne, la prairie qu'il occupe actuellement dans mon parc, en compensation des services qu'il a rendus à moi et à mes enfants et à condition qu'il continue à être leur bon conseiller. Je lui donne également gratuitement la libre disposition de mon étang à Mullem jusqu'à la majorité de mon fils Achille, ainsi que tous mes droits de chasse jusqu'à la même majorité.

Tous ces legs sont faits quittes et libres de tous droits quelconques.

Je défère la tutelle de mes enfants pour l'exercer après mon décès à Mademoiselle Colette-Alma De Cuyper prénommée, que je choisis et nomme pour tutrice, en la priant de vouloir bien accepter la charge et de la remplir comme je l'ai fait moi-même, et espérant qu'elle continuera à leur donner les soins qu'elle leur a donnés toujours.

Je demande à mes enfants de ne pas être ingrats vis-à-vis de ceux qui nous ont soigné[?] et de bien s'entendre entre eux toute leur vie, et même de faire l'impossible pour arriver à ce but.

Je demande pardon à tous ceux que j'aurais pu offenser. Je remercie toutes les personnes qui m'ont aidé durant ma vie et durant la longue maladie de ma femme.

Je remercie tout spécialement ma Belle-Mère, mes frères et sœurs pour toutes les bontés qu'ils ont eu pour moi, et je leur demande pardon pour le cas où j'aurais pu les offenser. Je vous laisse mes petits orphelins sous tutelle et je vous demande, ainsi qu'à la tutrice choisie, de vouloir bien coopérer à la bonne et sévère éducation religieuse et intellectuelle.

Au revoir et adieu mes petits chéris bien aimés. Songez à votre Père et à votre Mère et priez pour eux.

À tous ceux que je connais et que j'ai connus je dis un dernier adieu. Je vais où Dieu m'appelle ; priez pour le repos de mon âme, et ne m'oubliez jamais dans vos prières.

Eyne, le 4 juillet 1926.
P. vander Straeten

Portée du document

Le désir de son père. La phrase « suivant le désir de feu mon Père Mr Achille vander Straeten » est la seule trace directe, dans le fonds familial, d'une volonté testamentaire d'Achille (1843-1921) : les portraits de famille et la montre en or à l'aîné. Le carnet de Léon en connaît une autre disposition — la faculté, pour Marie-Antoinette, Thérèse et Pierre, de reprendre à prix modéré leurs maisons respectives. L'acte lui-même n'est pas conservé dans le fonds.

La consistance du domaine. Le testament mentionne un caveau de famille à Eyne, un parc avec une prairie, un étang à Mullem, des droits de chasse et une parcelle d'un hectare quarante ares. Il lègue au notaire d'Eyne un bail de trois-six-neuf ans et deux chandeliers.

Le ton. Le testament comporte deux demandes de pardon et insiste à plusieurs reprises sur l'entente entre les enfants ; la dernière page s'adresse à eux seuls.

La tutelle

La dernière disposition de fond concerne la tutelle : « Je défère la tutelle de mes enfants […] à Mademoiselle Colette-Alma De Cuyper. » Elle est employée à son service : le testament la compte parmi « mes sujets » légataires et lui attribue la parcelle de terre la plus importante.

Léon Claeys Boúúaert, beau-frère de Pierre, écrit dans son carnet que « cette histoire fait scandale ». Il obtient d'elle une renonciation, le 22 novembre 1926, moyennant indemnités. La tutelle revient alors à la grand-mère maternelle, Mme Théodore Moens de Hase, Léon devenant subrogé-tuteur.

Notes sur le texte

Le troisième legs porte « une somme de deux francs (2000 fr.) », là où le quatrième écrit « deux mille francs » : il s'agit d'une omission de l'auteur.

La commune où se trouve la parcelle léguée à Colette-Alma De Cuyper, le nom de l'exploitant qui l'occupe, et un mot de la phrase sur l'ingratitude sont de lecture incertaine ; ils sont signalés entre crochets dans le texte ci-dessus.

Sources : testament olographe de Pierre van der Straeten, Eyne, 4 juillet 1926 ; procès-verbal d'ouverture, tribunal de première instance d'Audenarde, 18 novembre 1926 ; acte de dépôt, Me Arthur Verleyen, notaire à Eyne, 3 décembre 1926. Archives familiales. Carnet de Léon Claeys Boúúaert pour la renonciation d'Alma De Cuyper.

Voir aussi : Pierre van der Straeten · Yvonne Moens de Hase, sa femme · Achille van der Straeten, son père · Marguerite dite Daisy · le carnet de Léon, année par année

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Le texte Portée du document La tutelle Notes sur le texte