Génération II

Amand van der Straeten

1807 – 1873
Bourgmestre d'Eyne pendant 43 ans, fondateur de la filature

Biographie, version de travail enrichie. Sources : Claeys Boúúaert (JCB), In Memoriam 1973 (PDF, 10 p.) ; version française 2019 (docx) ; Esquisse biographique (PDF, 10 p.) ; Westerring 2019 (docx) ; Lindemans, Land van Aalst, 1955 ; rapport gouvernemental ateliers cantonaux, c. 1858 ; Mémorial administratif Fl. Or. ; Exposé provincial 1865.

Dernière mise à jour : 24 mars 2026 (intégration palmarès 1824, bilan 1874, Conseil provincial 27 mai 1860, Monographies industrielles, prénom Norbert).


Repères chronologiques

Contexte familial : la baronie d'Eyne

Le 13 août 1763, le comte de Lichtervelde, baron de Herzele, seigneur d'Eke, d'Ouwegem, de Berlare, acquit la baronie d'Eyne. La charge de greffier (ou baljuw suppléant) fut confiée à la famille van der Straeten. En 1763, le greffier était Sébastien van der Straeten ; à partir de 1778, Liévin François van der Straeten, qui vint s'installer à Eyne par cette nomination. La famille van der Straeten entretenait des relations amicales avec les Lichtervelde (Westerring 2019).


Jeunesse et formation (1807-1830)

Amand est le fils aîné, deuxième enfant de Liévin François. À sa naissance, son père est l'ancien greffier qui vient de traverser la Révolution. Deux de ses oncles sont chanoines : Jean-Antoine (prémontré à l'abbaye du Parc, curé de N.-D. au Bois) et Jan Baptiste Belaen (docteur en droit et magistrat).

En 1823 et 1824, Liévin François envoie ses fils Amand (17 ans) et Liévin (15 ans) au Collège Royal de Gand (ancien Lycée Impérial), situé dans l'ancien couvent de Baudeloo. Institution d'enseignement officiel de l'État. Contexte : de 1817 à 1821, le clergé avait refusé l'absolution aux professeurs et aux élèves de l'enseignement officiel, signe de la querelle religieuse qui marqua la période hollandaise. Depuis le décès de Mgr de Broglie (évêque de Gand en exil, 1821), la détente s'était installée. Le diocèse de Gand attendrait son nouvel évêque, Jean François van de Velde, jusqu'en 1829. Dans l'intervalle, les vicaires généraux de Meulenaere et Goethals avaient prêté le serment prescrit par le concordat et s'étaient entendus avec l'administration. Liévin François leur avait suivi l'exemple, convaincu que le Collège Royal était la meilleure, peut-être la seule école possible (JCB).

Ce Collège était un foyer actif des idées libérales naissantes. Pendant la période hollandaise, les écoles et surtout l'université étaient des centres du libéralisme. Des noms prestigieux comme Charles de Montalembert, Lacordaire et Félicité de Lamennais y étaient attachés. Amand restera toute sa vie un libéral convaincu.

Dans ses lettres de Gand, Amand se plaignait à ses parents des hypocrisies qu'il observait parmi professeurs et camarades. Il trouvait parmi eux "des personnes fausses et hypocrites" et appelait l'un d'eux "un fourbe." Son père lui répondit avec bonté et sagesse, lui reprochant en 1823 ses "fantaisies", sa "fringale de changements" et son "manque de sérieux". JCB note : "Son père, plus riche en expérience et connaissant bien les tares de l'ancien régime", lui prodiguait des conseils de modération. Ces lettres constituent, selon JCB, "une sorte de testament spirituel" de Liévin François. Portrait révélateur du caractère du jeune Amand : impétueux, idéaliste, prompt à juger.

[Les lettres de Liévin François à Amand pendant les années de Gand (1823-1824) sont conservées dans les archives familiales (Luxembourg). Elles n'ont pas encore été transcrites ni reproduites intégralement. JCB les cite partiellement dans l'In Memoriam 1973. Lacune à combler : transcription à effectuer depuis les originaux.]

Le palmarès imprimé du 18 août 1824, Felicibus auspiciis Wilhelmi Primi Belgarum Regis, conserve la trace exacte de leur scolarité. Amandus van der Straeten, ex Eyne figure dans la Schola Quarta (Grammatica), soit la classe de "grammaire supérieure" que JCB mentionne. Son frère Livinus Vanderstraeten apparaît dans trois sections des classes inférieures (Schola Quinta et Sexta). Détail remarquable : dans la Schola Quinta, on retrouve Ivo de Borchgrave, ex Bassevelde, futur beau-frère d'Amand par le mariage d'Eulalie Amelot. Les deux familles se côtoyaient donc déjà sur les bancs du Collège Royal, seize ans avant le mariage. (Source : Felicibus auspiciis Wilhelmi Primi Belga Amandus van der Straeten, 18 août 1824, archives familiales.)

20 décembre 1824 : "lettres testimoniales", succès en classe de grammaire supérieure. Amand quitte le Collège. Il aura terminé les Humanités latines à 17 ans (Westerring). Son futur beau-frère Yvon de Borchgrave (Bassevelde 1809, Gand 1892) poursuivit ses études jusqu'au titre de Doctor Utr. Iuris.


Premier bourgmestre belge d'Eyne (1830-1873)

La révolution de septembre 1830 (Révolution brabançonne) aboutit à l'indépendance belge. Amand van der Straeten est élu premier bourgmestre belge d'Eyne en septembre/octobre 1830, à 23 ans, "rechtstreeks door het volk verkozen" (directement élu par le peuple ; Westerring). Il exercera cette fonction sans interruption pendant 43 ans, jusqu'à sa mort en novembre 1873. [NB : JCB In Memoriam dit "21 ans" ; erreur manifeste : 1830 - 1807 = 23. Le Westerring confirme "23-jarige leeftijd".]

Dans le même temps, en octobre-novembre 1830, sa soeur aînée Marie Sophie épouse son ami Frans Maes de Gand. Union malheureuse : Marie Sophie décède en 1833.

Claeys Boúúaert commente avec une ironie douce : "Aurait-il accepté cette charge s'il avait pu prévoir les malheurs qui allaient s'acharner sur ce pauvre pays de 1845 à 1850 : maladie de la pomme de terre, famine, inondations, épidémies de typhus et de choléra."

Dès 1836, le Wegwyzer der stad Gend en provintialen le liste comme "A.N. van der Straeten burg." (bourgmestre d'Eyne), utilisant les initiales de ses premier et troisième prénoms (Amand Norbert).

Eyne était alors surtout habitée par des tisserands, laboureurs et haleurs. La commune comptait quelque 300 haleurs sur l'Escaut. La crise de l'industrie textile pesait lourdement. [En 1864, la population d'Eyne s'élevait à 2 307 habitants (1 140 hommes, 1 140 femmes ; Exposé provincial 1865, p. 7).]

1845-1846 : crise de grande ampleur. La maladie de la pomme de terre détruisit les récoltes. L'hiver 1845-1846, les crues de l'Escaut furent telles que faute de navigation les 300 haleurs se retrouvèrent sans travail ; les terres labourables restèrent sous eau jusqu'au 1er avril 1846 et les prairies jusqu'au 8 mai. Population d'Eyne : 2.100 habitants (chiffre donné pour 1847-1848, en baisse sensible).

1847 : épidémie de typhus. Les élections donnent le pouvoir aux libéraux (JCB).

1848 : épidémie de choléra. Population d'Eyne en baisse sensible.

1848 : difficultés avec le curé de la paroisse Jean-Baptiste Stouthammer (†1852). Amand, libéral convaincu, entre en conflit ouvert avec le clergé intransigeant. Amand fait aménager le jardin d'Eyne pour créer du travail aux chômeurs.

24 novembre 1848 : décès de son frère Liévin François Jean-Baptiste (°1809). Il laisse trois enfants orphelins, âgés de 12, 10 et 2 ans. Amand en devient le tuteur (JCB). [Ces enfants sont Zoé, Oscar et Amandine.] En 1857, le registre des Enfants de Marie du Pensionnat des Religieuses du Sacré-Coeur de Jésus à Lille révèle que les trois jeunes filles dont Amand avait la charge y étaient pensionnaires ensemble : Amandine Vanderstraeten, d'Eyne (vice-présidente de la confrérie), Zoé Vanderstraeten, d'Eyne (membre), et Adilie Vanderstraeten, d'Eyne (membre, sa propre fille). (Source : 18570000-1856 Enfants de Marie.pdf, archives familiales.) Le choix d'un pensionnat catholique à Lille pour les trois filles, par un homme de conviction libérale, témoigne d'un pragmatisme éducatif dépassant les clivages idéologiques.

14 avril 1850 : décès de Jacques Chrétien Amelot, beau-père d'Amand. Depuis cinq ans, il s'était fait remarquer par sa charité envers les pauvres (JCB).

± 1850 : inauguration du chemin de fer. Travaux aux routes.

1852 : nouveau curé, J.B. vandenBossche ; fin du conflit.

1er septembre 1856 : mise en activité de la leerwerkhuis (atelier cantonal d'apprentissage) d'Eyne, organisée sur les mêmes bases que celle de Cruyshautem. [Date définitivement établie par le rapport gouvernemental sur les ateliers cantonaux de tissage, c. 1858, [N° 50], p. 58-59. Résout le débat entre 1835 (discours de Gabriels, surestimé) et 1855 (Claeys Boúúaert, proche mais légèrement inexact).] Amand avait lui-même doublé à ses frais le nombre de métiers à tisser. Fin décembre 1856, les 14 métiers initiaux étaient déjà tous occupés et les demandes d'admission atteignaient un chiffre élevé.

Le même rapport fournit des données statistiques précises pour l'année 1857 : environ 150 personnes occupées (y compris bobineurs et épouleurs), soit de quoi vivre pour des gens "qui se trouvaient sans moyens d'existence" ; 50 tisserands avaient déjà terminé leur apprentissage, qui travaillent désormais à domicile pour le compte de fabricants de Gand et d'Audenarde ; 120 demandes d'admission en attente. Le salaire d'un bon tisserand : 1 à 1,50 fr. par jour (environ 30-45 € mars 2026) ; salaire des apprentis : 40 à 80 centimes par jour. L'atelier travaillait pour le compte de MM. Rops et Velghe (Audenarde), MM. Vandeputte, frères à Gand, et d'autres fabricants.

Commission de surveillance de la leerwerkhuis (1857) : M. Amand van der Straeten, conseiller provincial et bourgmestre à Eyne, président ; Amelot, bourgmestre à Synghem [Zingem, beau-frère d'Amand] ; Heyse, notaire à Eyne, secrétaire.

Selon le Westerring, Amand était "ruim dertig jaar voorzitter van de (Koninklijke) Harmoniemat-schappij Sinte Cecilia" (plus de trente ans président de la Société harmonique Sainte-Cécile d'Eyne, fondée en 1843). Il contribua à la formation morale et intellectuelle de la population.

Ses derniers projets, non réalisés : le pont de fer sur l'Escaut et la reconstruction d'un établissement de bienfaisance, travaux qu'achèvera son fils Achille.


Engagements et distinctions

La famille Amelot

14 septembre 1840 : mariage avec Eulalie Caroline Amelot (°Zingem 15 février 1820, †Eyne 17 mars 1879), fille de Jacques Chrétien Amelot (°Heurne 10 novembre 1769, †Zingem 14 avril 1850, bourgmestre de Heurne puis de Zingem pendant 46 ans, chevalier de l'Ordre de Léopold, voir Biographie nationale de Belgique) et d'Eugénie Sophie Boulez (°Waeregem vers 1781, †Zingem 21 novembre 1832). [NB : la date "12 septembre 1840" donnée dans l'article OGHB 1980 diverge du "14 septembre" de nos sources familiales. L'acte de mariage (image JPG conservée) fait foi.]

JCB écrit : le mariage "lui donne, avec l'épouse la plus aimable, un second père, Jacques Chrétien, bourgmestre de Zingem, un homme d'excellent conseil" (voir Biographie nationale de Belgique). Par ce mariage, Amand entre dans une famille nombreuse et distinguée, alliée aux : Boulez, Storme, Brasseur, Borchgrave.

Les liens entre Amelot et van der Straeten remontaient bien plus loin : au XVIIe siècle, Antoine Amelot (°Eyne 14 mars 1631, †ibid. 19 juin 1681) avait épousé Anna van der Straeten, fille de Guillaume. Plus tard, Urbain van der Straeten, maïeur d'Eyne en 1717, épousa en secondes noces Adrienne van Lenseele, veuve de François Amelot. Les deux familles étaient donc entrelacées depuis au moins six générations. (Source : OGHB, La Famille Amelot à Audenarde, Le Parchemin, 1980.)

La soeur d'Eulalie, Marie Eugénie Amelot (1813-1893), avait épousé le 28 septembre 1836 Yvon de Borchgrave (Bassevelde 1809, Gand 1892). Leur fils, le Baron Emile de Borchgrave (Gand 1837, Bruxelles 1917), ambassadeur extraordinaire de Belgique à Vienne, était le beau-frère par alliance d'Amand. Emile de Borchgrave avait épousé Caroline Wilhelmine Slicher de Dombourg (Middelbourg 1840, Bruxelles 1871). Parents d'Yvon : Louis de Borchgrave (Waeken 1784) et Félicité van der Wattyne (Bassevelde 1789, †1860). (Tableau généalogique JCB, In Memoriam p. 2.)

Les Verhandelingen der Maatschappij voor Geschiedenis en Oudheidkunde te Gent (1976) précisent : "De burgemeester Amand van der Straeten was de schoonbroer van de burgemeesters van Heurne en Zingem, de gebroeders Amelot." (Le bourgmestre Amand van der Straeten était le beau-frère des bourgmestres de Heurne et de Zingem, les frères Amelot.) Les frères Amelot d'Eulalie occupaient donc eux-mêmes les fonctions de bourgmestre dans les communes voisines : Jean-Baptiste-Victor (°18 juin 1815), chevalier de Léopold, fut bourgmestre de Heurne de 1843 à 185x, puis de Zingem ; Benoît-Alexandre (°22 juin 1826) épousa Sidonie Ruysschaert et résidait à Eyne. C'est ce réseau familial qui explique la présence de "Ben. Amelot" comme administrateur du leerwerkhuis d'Eyne encore en 1880, au côté de son neveu Achille.

Une pierre commémorative fut érigée dans l'église de Zingem à la mémoire de Jacques Chrétien Amelot. Elle portait notamment : "OUD BURGEMEESTER VAN HEURNE EN GEDUERENDE 46 JAEREN BURGEMEESTER VAN SYNGHEM" et rappelait qu'il avait fondé le armhuis (hospice) de Zingem le 14 mars 1808, léguant 2 500 francs (±500 000 à 575 000 € mars 2026) pour son entretien et 600 francs pour des messes annuelles. (Source : OGHB, Le Parchemin, 1980.)

Faire-part de décès d'Eulalie (17 mars 1879) : le faire-part imprimé (Audenarde, imp. Rebermond-Van Rochende) énumère les proches survivants : "Mademoiselle [Adilie] Van der Straeten, Monsieur et Madame Achille Van der Straeten, Mademoiselle Marie-Antoinette Van der Straeten, Monsieur Amand Van der Straeten" [ces deux derniers sont des petits-enfants, enfants d'Achille], ainsi que les frères et beaux-frères Amelot (François, Jean, Benoît) et les Borchgrave. L'enterrement eut lieu le jeudi 20 mars à 15h30 ; le service funèbre le jeudi 27 mars à 10h en l'église paroissiale d'Eyne ; les vigiles la veille, 26 mars, à 16h. La carte de dévotion française porte la graphie "AMAND, JEAN, NORBERT VAN DER STRAETEN" et qualifie Eulalie de "Douairière" (titre de veuve noble).

Le même texte signale qu'Eyne était considérée comme un "locus difficilis" du point de vue des rapports entre l'Église et les autorités civiles, en raison notamment des tensions récurrentes entre la pastorie et le gemeentehuis sous le mandat d'Amand — dont l'orientation libérale formait un contraste avec le clergé catholique intransigeant de l'époque.

La famille Amelot possédait de nombreuses poésies françaises ; Jacques Chrétien Amelot fonda en 1843 à Zingem le Lyrisch Genootschap, société lyrique qui remporta de nombreux premiers prix et porta la renommée du village "jusqu'aux bords du Rhin". À Eyne, Amand fonda dans le même temps l'Harmonie Ste Cécile, dont il fut le premier président.


La filature et le rôle d'industriel

Pour un traitement complet, voir les articles dédiés : La filature de lin et d'étoupes van der Straeten-Vandeputte (1856-1921) et L'huilerie van der Straeten : le Bekemolen de Mullem (1794-1986).

25 mai 1864 : fondation de la filature-tissage de lin par acte notarié avec ses associés Léon et Auguste Vandeputte (firme "L. et A. Vandeputte"), fabricants de toiles à Gand, Coupure rive gauche n° 253. [Le Westerring mentionne "Van de Put" : c'est la firme Vandeputte.] Dès les débuts, la mauvaise santé d'Amand obligea Achille à en prendre la direction effective. La fabrique est implantée à Eyne.

Cette association n'est pas une rencontre fortuite : le rapport sur les ateliers cantonaux (c. 1858) montre que la leerwerkhuis d'Eyne travaillait déjà en 1857 pour le compte des "MM. Vandeputte, frères à Gand." La relation commerciale entre Amand van der Straeten et la maison Vandeputte précède donc de sept ans la fondation officielle de la société. C'est vraisemblablement cette collaboration durable qui conduisit à l'association formelle de 1864.

L'Exposé de la situation de la Province de la Flandre Orientale pour l'année 1865 (Gand, 1865, p. CXVIII) signale, dès la première année d'existence de l'entreprise, que les ateliers sont encore en construction : "C'est avec un sentiment de satisfaction que je constate que plusieurs fabriques se construisent en ce moment dans l'arrondissement, notamment celle de M. Amand Vanderstraeten, bourgmestre à Eyne. Ces ateliers, qui seront prochainement ouverts, feront le plus grand bien à la population nécessiteuse des villages avoisinant cette commune." Ce témoignage officiel, extrait du rapport annuel de la Province, constitue la première mention documentée de la fabrique dans les archives provinciales. Il confirme la date de construction en 1865 et souligne son rôle social attendu pour les communes rurales voisines.

Cette usine (Westerring : "1865, wierd de fabriek tot stand gebracht" ; date à confirmer : chronologie dit 1864 pour la décision, 1865 pour l'ouverture) employait une centaine d'ouvriers. Elle symbolisait l'engagement d'Amand pour le bien-être de la classe ouvrière locale.

Les Monographies industrielles. Aperçu économique, technologique et commercial décrivent la production de la filature : "Van der Straeten (A.) à Eyne. Filature de lin et d'étoupes. Production : Fils des nos 30 à 70 en lin de Russie ; Fils d'étoupes des nos 14 à 35." Cette fiche technique confirme l'usage de lin importé de Russie (le lin russe, moins fin mais plus résistant que le lin flamand, dominait alors le marché industriel) et la double activité filature de lin/étoupes.

Outre la filature, la famille exploitait toujours la fabrique d'huile de Mullem (le Bekemolen, acquis par Liévin François en 1794). Un bilan du 15 juin 1875 évalue les actifs de cette huilerie à 16 847 francs (±3 370 000 à 3 875 000 € mars 2026), incluant le moulin et ses équipements (27 565 florins au total des immobilisations). (Source : 18750615 Bilan arrêté fabrique d'huile Mullem.pdf, archives familiales.)

Après le décès d'Amand, la société continua sous la direction d'Achille. Le bilan arrêté entre associés Vanderstraeten et Vandeputte au 31 octobre 1874, soit un an après la mort d'Amand, révèle l'ampleur de l'affaire : le capital social s'élevait à 750 000 francs (±150 000 000 à 172 000 000 € mars 2026), en hausse par rapport aux 600 000 francs de 1873. Vandeputte et van der Straeten avaient chacun versé un supplément de 50 000 francs. Le total du bilan atteignait 539 618,54 francs, et le bénéfice net de l'exercice s'établissait à 102 045 francs (±20 000 000 à 23 000 000 €). L'entreprise traitait des toiles écrues et blanchies, pratiquait la teinture et le tissage, et achetait ses matières premières brutes. (Source : Bilan arrêté entre associés Vanderstraeten et Vandeputte, 1er janvier 1874 [pour l'exercice clos au 31 octobre 1874], archives familiales.)

Le discours de Gabriels aux obsèques (novembre 1873), conservé en texte intégral, est un témoignage capital sur ce volet de son action :

"Aan hem, mijne heren, aan zijne onvermoeibare pogingen is het dat wij het leerwerkhuis verschuldigd zijn, waar, sedert 1835 [lire 1855], dat groot getal van wevers gevormd werd... En 1865, wierd de fabriek tot stand gebracht, dien tempel der nijverheid, waar honderde werklieden dagelijks het bestaan komen vinden."


Les enfants d'Amand

Adilie Marie Isabelle (°Eyne 2 juillet 1841, †ibid. 22 décembre 1913). En février 1858, Adilie obtient la mention "Très Bien pour la conduite et l'application" en 3e classe, comme pensionnaire au couvent de Beerlegem (certificat conservé : "M. A Vanderstraeten, Élève de la 3e Classe"). JCB la qualifie de "pensionnaire exemplaire". Elle ne se mariera pas.

Achille François Justin (°Eyne 4 septembre 1843, †ibid. 9 avril 1921). En 1857, à 14 ans, Achille part pour Gand faire des études à l'Athénée Royal (ancien Collège Royal de son père) jusqu'en 4e classe. Il loge chez son oncle de Borchgrave. JCB note : "Emile de B. est de 6 ans son aîné. Emile est littéraire ; Achille est scientifique" (et, en annotation manuscrite, "brillant"). De 1860 à 1863, Achille est à l'École des Arts et Manufactures de l'Université de Gand. Banquet d'adieu des étudiants le 30 mai 1863.


Les obsèques (25-26 novembre 1873)

Amand van der Straeten décède le 25 novembre 1873 après une longue et pénible maladie. Il avait 66 ans. Le Westerring confirme que six lijkredes (discours funèbres) furent prononcés aux obsèques. "Alle redenaars getuigden dat Amand een echte burgervader was die zich totaal heeft ingezet voor zijn gemeente en die zeer geliefd was bij de bevolking van Eine" (Tous les orateurs attestèrent qu'Amand fut un vrai père de la cité, totalement dévoué à sa commune et très aimé de la population ; Westerring).

Les six orateurs :

  1. Jules Heyse (notaire et secrétaire communal d'Eyne), au nom des habitants d'Eyne. Péroraison conservée (Westerring) :

"Vaarwel dan, heer van der Straeten! Gij zijt het voorwerp onzer aller achting en eerbied! Vaarwel! Uw aandenken zal nimmer uit ons geheugen verdwijnen. Vaarwel, voor den grijsaard die u betreurt; Vaarwel voor de weduwe door u zoo dikwijls vertroost; Vaarwel voor het weeskind wien gij tot vader verstrektet. Vaarwel, vriend, voor uwe gemeente, vaarwel voor mij! Dat God uwe deugden beloone!"

(Adieu, monsieur van der Straeten! Vous êtes l'objet de notre estime et de notre respect à tous! Adieu! Votre souvenir ne s'effacera jamais de notre mémoire. Adieu, pour le vieillard qui vous pleure ; adieu pour la veuve que vous avez si souvent consolée ; adieu pour l'orphelin à qui vous avez tenu lieu de père. Adieu, ami, pour votre commune, adieu pour moi! Que Dieu récompense vos vertus!)

  1. Dekeyser (Conseil Provincial de Flandre orientale).
  2. E. Gabriels (au nom des employés et ouvriers de la filature de lin et d'étoupe, "vlasspinnerij en linnenweverij"). Discours conservé intégralement (voir ci-dessous).
  3. Louis Verspieren (Association libérale d'Eyne).
  4. Ad. De Maeght (Harmonie de Eyne).
  5. Sixième orateur non identifié dans les sources disponibles. [À identifier dans De Scheldegalm no 780, 30 novembre 1873, ou archives communales.]

Discours intégral de E. Gabriels (néerlandais)

"Mijne Heren, Anderen hebben de goedheid van karakter en de menigvuldige uitstekende gaven van den diepbetreurden heer van der Straeten doen uitschijnen; aan mij is de droeve eer gelaten eene welverdiende hulde te brengen aan zijn liefderijke gevoelens voor den werkman; wanneer ik hem hier hulde breng, spreek ik niet alleen in mijn naam en in dien van de talrijke schaar van werkers die mij hier omringen, maar ik geloof de tolk te zijn van de gansche arbeidende klasse der gemeente.

>

Zonder al de weldaden op te sommen door hem aan het volk in vroegere kommervolle tijden bewezen, behoeven wij enkel onze blikken op te richten, om twee treffende getuigen van zijne groote bezorgdheid voor de belangen des werkmans te aanschouwen. Aan hem, mijne heren, aan zijne onvermoeibare pogingen is het dat wij het leerwerkhuis verschuldigd zijn, waar, sedert 1855 [recte 1856], dat groot getal van wevers gevormd werd; het leerwerkhuis, hetwelk die groote nijverheid der handweverij doen ontstaan heeft: de bron van de welvaart en den bloeienden staat onzer gemeente. Maar dit was niet genoeg voor den edelen man: hij wilde arbeid scheppen en een bestendig en algemeen welzijn onder de werkers bekomen; en 1865, wierd de fabriek tot stand gebracht, dien tempel der nijverheid, waar honderde werklieden dagelijks het bestaan komen vinden.

>

Daarom dank! Heer van der Straeten! Dank! in naam van den werkman voor wien gij niet een meester, maar altijd een trouwe vriend geweest zijt; dank! omdat gij uwe fortuin en uw streven aan het edel doel zijns welstands gewijd hebt; omdat gij zijn steun, zijn weldoener geweest zijt. De wrede dood heeft u niet gespaard, maar uwe edele daden blijven; uw aandenken zal steeds in ons midden zijn als het aandenken van een dierbaren vader en door het nakomelingschap gezegend worden.

>

Dank en vaarwel! Heer van der Straeten, Edele menschenvriend! vaarwel! God zal uwe deugden loonen."

(Traduction : Messieurs, d'autres ont mis en lumière la bonté de caractère et les nombreuses qualités exceptionnelles du très regretté monsieur van der Straeten ; il m'est laissé le triste honneur de rendre un hommage mérité à ses sentiments affectueux envers l'ouvrier. Quand je lui rends ici hommage, je parle non seulement en mon nom et au nom de la multitude d'ouvriers qui m'entourent, mais je crois être l'interprète de toute la classe ouvrière de la commune. [... ] C'est à lui, messieurs, à ses efforts inlassables que nous devons l'atelier d'apprentissage, où depuis 1855 [1856] s'est formé ce grand nombre de tisserands [...] Et en 1865 fut érigée la fabrique, ce temple de l'industrie, où des centaines d'ouvriers viennent quotidiennement trouver leur subsistance. [...] Pour l'ouvrier, vous n'étiez pas un maître, mais toujours un ami fidèle. [...] Que Dieu récompense vos vertus.)


Chronologie détaillée

DateÉvénement
28 fév. 1807Naissance à Eyne
1823-1824Collège Royal de Gand avec son frère Liévin
20 déc. 1824Lettres testimoniales : classe de grammaire supérieure
8 nov. 1828Décès de son père Liévin François
Sept./oct. 1830Élu premier bourgmestre belge d'Eyne (23 ans)
Oct.-nov. 1830Mariage de sa sœur Marie Athanasie Sophie avec Frans Maes
1833Décès de sa sœur Marie Athanasie Sophie après union malheureuse
28 sept. 1836Mariage d'Yvon de Borchgrave avec Marie Eugénie Amelot
8 juil. 1839Mariage de son frère Liévin avec Justine Vyvens
30 déc. 1839Mariage de Henry Storme avec Clémence Brasseur
31 mai 1840Mariage de François Amelot avec Stéphanie Storme (Waeregem)
14 sept. 1840Mariage d'Amand avec Eulalie Caroline Amelot
2 juil. 1841Naissance d'Adilie Marie Isabelle
15 nov. 1841Mariage à Waeregem : Alphonse Thomas et Rose Storme
20 fév. 1842Mariage Félix Brasseur et Annette de Crombrugghe
1836Amand listé comme "A.N. van der Straeten burg." dans le Wegwyzer der stad Gend
1843J.Chr. Amelot fonde le Lyrisch Genootschap à Zingem
1843Amand fonde l'Harmonie Ste Cécile d'Eyne ; premier président
4 sept. 1843Naissance d'Achille François Justin (†9 avril 1921)
25 juil. 1844Fête mémorable de J.Chr. Amelot (vers Émile de Borchgrave)
26 mai 1844Fête de promotion de docteur en droit de Jules Storme, futur bourgmestre de Waeregem
1845Crise : maladie de la pomme de terre, inondations catastrophiques
14 avr. 1846Mariage Octavie Storme et Charles Thomas
26 mai 1846J.Chr. Amelot nommé chevalier de l'Ordre de Léopold. Fête en présence du Gouverneur de Province M. Desmaisières
12 juil. 1847Mariage Nathanie Storme
1847Épidémie de typhus. Les élections donnent le pouvoir aux libéraux
1848Épidémie de choléra. Population d'Eyne tombe à 2.100 hab.
1848Difficultés avec le curé Stouthammer. Transformations au jardin pour donner du travail
24 nov. 1848Décès du frère Liévin (3 enfants orphelins : 12, 10 et 2 ans ; Amand tuteur)
14 avr. 1850Décès de J.Chr. Amelot. Depuis 5 ans, charité remarquée envers les pauvres
± 1850Inauguration du chemin de fer. Travaux aux routes
1852Nouveau curé : J.B. vandenBossche. Fin du conflit
1er sept. 1856Mise en activité de la leerwerkhuis cantonale d'Eyne
1857Achille à l'Athénée Royal de Gand jusqu'en 4e classe (logé chez oncle de Borchgrave). Emile de B. de 6 ans son aîné ; Emile littéraire, Achille scientifique
4 mai 1858Mariage à Waeregem : Boulez-Pelgrims
1857La Société lyrique de Zingem obtient 1er prix au concours De Wyngaert, Bruxelles
1857Amandine, Zoé et Adilie pensionnaires au Sacré-Coeur de Lille (Enfants de Marie)
fév. 1858Adilie : "Très Bien" en 3e classe (certificat scolaire Beerlegem)
31 mars 1858Décès de la mère Isabelle Duermael
1860-1863Achille à l'École des Arts et Manufactures (Université de Gand)
27 mai 1860Amand élu membre du Conseil provincial (en remplacement de Ch.J. Reyntjens, décédé)
21 déc. 1861Amand : chevalier de l'Ordre de Léopold (arrêté royal)
24 avr. 1862Double mariage à Eyne : Zoé avec Théodore De Vuyst, Amandine avec Polydore Ruysschaert
30 mai 1863Banquet d'adieu des étudiants
3 sept. 1864Mariage d'Oscar van der Straeten avec Céline Ruysschaert
25 mai 1864Fondation de l'usine (acte notarié). 1865 : ouverture effective
1870Guerre franco-prussienne. Impact sur la commune
25 nov. 1873Décès d'Amand. Six discours aux obsèques

La carte de dévotion

Une carte de dévotion à la mémoire d'Amand van der Straeten (†25 novembre 1873) est conservée dans les archives familiales (Luxembourg). Elle présente la graphie "Vanderstraeten" en un seul mot, contrairement à la graphie officielle attestée dans les actes d'état civil. Ce document illustre la variation orthographique fréquente dans les pièces dévotionnelles de l'époque.

[À reproduire en illustration dans le livre et dans le site web. Transcrire l'intégralité du texte.]


Sources documentaires

Sources primaires (archives familiales)

Sources publiées

Discordances et points à vérifier

Discordances entre sources

QuestionSource ASource BStatut
Âge à l'élection (1830)JCB In Memoriam : "21 ans"Westerring : "23-jarige leeftijd" ; calcul : 1830-1807 = 23Résolu : 23 ans. JCB erroné.
Prénom de la sœur aînéeJCB : "Marie Sophie" ; Westerring : "Maria-Anastasia" ; article Parchemin : "Marie Athanasie Sophie"Acte de naissance Eyne, 2 vendémiaire an XIII : Marie Athanasie SophieRÉSOLU. Prénom complet : Marie Athanasie Sophie. JCB utilisait le 3e prénom ; Westerring déformait "Athanasie" en "Anastasia".
Date de décès du frère LiévinJCB : "24? nov. 1848" (? dans le texte)article Parchemin : "24 novembre 1848"À confirmer sur acte civil
Fondation Lyrisch GenootschapJCB chronologie : 1843JCB section "ex notitia Amelot" : 1848Probablement 1843 (date précise de la chronologie)
Décès Eugénie Sophie Boulezamand.md actuel : "†Zingem 1832"Tableau JCB p. 2 : possiblement 1852RÉSOLU : †Zingem 21 novembre 1832. Pierre commémorative église de Zingem : "WEDUWAER SEDERT DEN 21 NOVEMBER 1832". Confirmé par OGHB 1980.
Date de mariage Amand/EulalieSources familiales : 14 septembre 1840OGHB 1980 : "12 septembre 1840"Non résolu. L'acte de mariage (image JPG) fait foi.
Date de naissance d'AmandActe de naissance : 28 février 1807OGHB 1980 : "28 février 1817" (erreur manifeste)RÉSOLU : 1807. Erreur typographique dans l'OGHB.
Lieu de naissance de J.Chr. AmelotJCB : "Zingem"OGHB 1980 + pierre commémorative : "GEBOREN TE HEURNE"RÉSOLU : né à Heurne le 10 novembre 1769.

Points résolus

Points en attente

Sommaire
Repères chronologiquesContexte familial : la baronie d'EyneJeunesse et formation (1807-1830)Premier bourgmestre belge d'Eyne (1830-1873)Engagements et distinctionsLa famille AmelotLa filature et le rôle d'industrielLes enfants d'AmandLes obsèques (25-26 novembre 1873)Chronologie détailléeLa carte de dévotionSources documentairesDiscordances et points à vérifier