Héraldique

Les armes de la famille : un lion, et un moulin

Bruxelles · Laeken · Bodegem, XVe et XVIe siècles
Un blason ne dit pas seulement qui l'on est. Il dit aussi ce que l'on possède, et il permet parfois de démêler des familles que le seul patronyme confond.

Page établie le 2 août 2026.


Nos armes

Armes peintes de la famille van der Straeten : lion d'argent couronné d'or sur champ de gueules
Les armes de la famille, planche d'armorial peinte, légendée « Straeten (van der) ».
De gueules au lion d'argent, armé, lampassé et couronné d'or.

En français courant : sur un fond rouge, un lion d'argent dressé sur ses pattes arrière, dont les griffes, la langue et la couronne sont d'or. Le heaume est surmonté d'un cimier reprenant le même lion, mi-corps, et les lambrequins, ces feuillages découpés qui encadrent l'écu, sont aux mêmes couleurs, rouge et argent.

gueules (rouge)
argent
or

Ce blason est attesté par des monuments funéraires, et non par une simple tradition. Les armes figurent sur la tombe de Gilles van der Straeten alias Meeus, mort le 23 novembre 1518, dans l'église de Forest, et sur la pierre tombale de Corneille van der Straeten, mort le 14 juillet 1562, et de son épouse Élisabeth t'Sas, dans l'ancienne église de Laeken.

Cette dernière pierre n'existe plus : l'église de Laeken a été démolie au XIXe siècle. Nous n'en connaissons la description que par un ouvrage imprimé en 1883, la Notice généalogique sur la famille Van der Haeghen. Sans ce livre, la trace serait perdue.

Ce que le blason permet d'établir

La famille remonte à deux ancêtres attestés à Bruxelles en 1344, Amelrijc et Goswin. Les documents ne disent pas quel lien les unissait : frères, cousins, on l'ignore. Le blason apporte pourtant un argument.

Certains descendants d'Amelrijc et certains descendants de Goswin portent les mêmes armes. La tombe de Forest relève de la première souche, celle de Laeken de la seconde. Or au Moyen Âge on ne prend pas les armes d'autrui : les porter en commun atteste une parenté, même si le degré exact nous échappe.

C'est un raisonnement à manier avec précaution, et il faut dire tout de suite sa limite : toutes les branches ne portent pas le lion. Le blason atteste une parenté là où il est commun ; son absence, elle, ne prouve rien.

Le cas de Bodegem : quand le blason dit le fief

En 1454, Dierick van der Straeten dit Snoeck relève le fief de Bodegem : « Reeds het jaar nadien anno 1454 verhief Diericx van der Straeten ende wort heere van Bodegem ». Il en est seigneur en 1457. Il meurt en 1470 et repose dans l'église Saint-Martin de Sint-Martens-Bodegem, sous une dalle qui subsiste.

Dalle funéraire de Dierick van der Straeten, 1470, église Saint-Martin de Sint-Martens-Bodegem
Dalle funéraire de Dierick van der Straeten, seigneur de Bodegem, 1470. Église Saint-Martin de Sint-Martens-Bodegem.

Et cette dalle ne porte pas le lion. Elle porte trois fers de moulin.

L'explication tient au fief lui-même. Un moulin à eau est attesté à Sint-Martens-Bodegem dès 1295, dans le registre des censitaires de l'abbaye de Saint-Bavon de Gand. Ce moulin appartenait aux seigneurs du lieu, qui l'affermaient, et son histoire se confond avec celle du manoir seigneurial, le Castelhof, jusqu'en 1749.

Le moulin banal était l'un des droits seigneuriaux les plus visibles : les habitants étaient tenus d'y moudre leur grain contre redevance. En prenant les fers de moulin, Dierick n'abandonne pas l'identité de sa famille : il affiche sa seigneurie. Et la chronologie va dans ce sens : il relève le fief en 1454, il en est seigneur en 1457, et les armes apparaissent sur une dalle de 1470.

L'écu de la dalle est d'ailleurs mi-parti, partagé verticalement en deux : à gauche les fers de moulin, à droite un second blason trop usé pour être lu aujourd'hui. Selon l'usage, un homme marié faisait figurer ses armes à gauche et celles de son épouse à droite. Ce devraient donc être celles de Marie Offhuys, qu'il épousa et qu'un acte de 1471 nomme expressément : « Dieric van der Straten, genoemd Snoec, man van Marie Ofhuys ». Les armes des Offhuys n'ont pas été retrouvées à ce jour.

Distinguer les homonymes

Le nom van der Straeten est l'un des plus répandus de Flandre, et plusieurs familles sans lien entre elles l'ont porté. Le blason est alors le meilleur moyen de les séparer. Un article du XIXe siècle en distingue ainsi trois autres, uniquement par leurs armes :

Un avertissement s'impose ici, formulé par le généalogiste Hervé Douxchamps : chez les familles de ce nom, le fascé, ces bandes horizontales, est une armoirie parlante. Il joue sur le mot strate, la rue, dont les bandes évoquent le tracé. Beaucoup de familles homonymes l'ont donc adopté indépendamment, et le porter en commun ne prouve aucune parenté.

Cette mise en garde ne concerne pas nos armes : le lion n'est pas une armoirie parlante sur « Straeten ». L'argument tiré de la communauté du blason entre les descendances d'Amelrijc et de Goswin reste donc valable.

Les armes écartelées de Maître Corneille

Une variante mérite d'être signalée. Maître Corneille van der Straeten, licencié ès lois, cité le 23 février 1577 comme avocat au Conseil souverain de Brabant, colonel de la garde bourgeoise de Bruxelles, membre des États Généraux et du Conseil des XVIII, fut admis au lignage Sweerts le 27 mars 1578. Le registre de ce lignage lui donne des armes plus complexes :

Écartelé : aux 1 et 4, de gueules au lion d'argent, armé, lampassé et couronné d'or, qui est van der Straeten ; aux 2 et 3, de gueules à une rose d'argent barbée et percée d'or, au chef d'argent chargé de trois canettes de sable.

« Écartelé » signifie que l'écu est divisé en quatre : les quartiers 1 et 4 portent les armes van der Straeten, les quartiers 2 et 3 celles d'une famille alliée. C'est la manière habituelle d'afficher une double ascendance.

Un quartier sur un monument bruxellois

Les armes se retrouvent enfin en un lieu inattendu : sur le monument funéraire du vicomte Juan de Alvarado y Bracamonte, dans l'église des Dominicains à Bruxelles. Du fronton pendent deux guirlandes de huit écus donnant ses seize quartiers, et le sixième porte le nom VAN STRAETEN.

Détail du monument Alvarado y Bracamonte : le quartier VAN STRAETEN
Détail de la guirlande : le bandeau « VAN STRAETEN » et l'écu qu'il désigne. Gravure du monument, église des Dominicains, Bruxelles.

La voie par laquelle il y entre est reconstituable : Anna van der Straeten épouse Nicolaes Hoffman ; leur fils Philippe Hoffman, seigneur d'Opdorp, mort à Lippelo le 6 décembre 1592, épouse Anne Boonaert ; leur fille Charlotte Hoffman, dame d'Opdorp, épouse Don Juan de Alvarado y Bracamonte. Les quatre quartiers qui se suivent sur le monument, soit HOFFMAN, VAN STRAETEN, DE BONAERT et DE WESEL, correspondent exactement à cette suite d'alliances.

Une réserve toutefois, et elle vient de l'auteur qui a publié le monument : il parle de seize quartiers « supposés », et démontre lui-même que l'un d'eux, Bracamonte, n'aurait pas dû y figurer. Le monument atteste que la famille comptait parmi les ascendances revendiquées ; il ne garantit pas l'exactitude de l'ensemble.

Sources. Leo LINDEMANS, « Het Brussels geslacht van der Straeten », Vlaamse Stam, 25e année, n° 2, février 1989. N. DECOSTRE, H.-Ch. VAN PARYS et J. ANNE DE MOLINA, Les registres du Lignage Sweerts, p. 72. Hervé DOUXCHAMPS (dir.) et al., Rubens et ses descendants, t. III, dans Le Parchemin, Office généalogique et héraldique de Belgique, 1980, p. 386-388 ; du même, Aux origines de la famille van der Straten-Waillet-Ponthoz, dans Le Parchemin, n° 274, 1991. Notice généalogique sur la famille Van der Haeghen, Paris, 1883, p. 19 note 2. Manuscrit GOETHALS n° 1553, Épitaphier de Bruxelles, I, f° 85. Bulletins de l'Académie royale des sciences, t. XIII. Heemkundige kring Bodegem, Het Castelhof te Sint-Martens-Bodegem, 1979, p. 4. Inventaris Onroerend Erfgoed, notice Sint-Martens-Bodegem. Dalle de Dierick van der Straeten : KIK-IRPA n° 145, cliché M135403.

Sommaire
Nos armes Ce qu'il établit Le cas de Bodegem Distinguer les homonymes Les armes écartelées Un quartier bruxellois