En 1973, pour le centenaire de la mort d’Amand van der Straeten, le père José Claeys Boúúaert (S.J.) rassemble dans une brochure dactylographiée, sous une couverture rouge, des couplets de circonstance chantés dans la famille entre 1838 et 1905. Il intitule la page de garde, à la main, « Amand van der Straeten, Eyne 1807 - 1873 ».
La brochure compte 24 faces : la couverture, une page blanche, un avant-propos, dix-huit pages numérotées (la notice, un tableau généalogique, puis les couplets), deux copies très pâles d’une même page, et la couverture de dos. Les couplets sont presque tous anonymes ; seuls trois sont signés : deux par Émile de Borchgrave, enfant (1844 et 1845), un par Maria Amelot (1862).
Le texte est donné tel qu’il est tapé, avec l’orthographe de la machine (« horison », « Goutez », « quelquechose »). La ligature œ et les majuscules accentuées, que la machine ne donne pas, sont rétablies. Les lettres surfrappées et les mots biffés à la machine sont corrigés sans signalement, sauf un mot illisible, noté entre crochets. Le nom Boúúaert suit l’orthographe du site.
L’avant-propos de 1973
Les pages qui suivent reproduisent, sans commentaires, quelques couplets de circonstance chantés au temps d’Amand van der Straeten. Sans prétentions littéraires, ils nous sont cependant précieux parce qu’Amand et sa famille les ont entendus et aimés; et aussi parce qu’ils font un peu revivre toute une époque : un temps de prospérité, de paix et de bonheur, un temps où l’on servait parfois ces légendaires banquets que venaient agrémenter quelques couplets.
Par son mariage avec Eulalie Amelot, Amand entrait dans un milieu où régnait le goût de la littérature, le culte des grades académiques et aussi un peu ... des distinctions honorifiques. Amand, pour sa part, était bien plus tourné vers les réalités scientifiques. Il s’était donné pour tâche de faire entrer sa commune dans l’ère de l’industrialisation.
Jacques-Chrétien Amelot, Yvon et Émile de Borchgrave étaient des hommes extraordinaires. À Waregem, les Storme les Boulez, les Brasseur étaient des notables. Bornons-nous à rappeler le souvenir de Jules Storme, bourgmestre, aristocrate raffiné, initiateur des courses de Waregem.
En 1843, année où Amand fondait à Eyne l’harmonie, Jacques Chrétien créait à Waregem une " Société lyrique ". C’est dans ce milieu qu’il faut chercher les auteurs des couplets qui suivent. Mais ils ont préféré ne pas signer leurs œuvres.
Les temps changent. Les banquets sont moins interminables. On fait moins de vers français en Flandre. Il est une chose qui ne devrait pas changer, c’est la bonne humeur et l’esprit de concorde que ces réunions favorisaient? C’est ce que nous souhaitons aux descendants d’Amand van der Straeten.
1973 — José Claeys Boúúaert
La page « in memoriam »
Amand van der Straeten (1807 - 1873) — in memoriam…
Il y a cent ans, en novembre 1873, les journaux du pays annonçaient la triste nouvelle du décès d’Amand Norbert Jean van der Straeten, à l’âge de 66 ans, après une longue et pénible maladie. C’est avec piété que nous commémorons cet anniversaire et nous avons cru qu’il n’était pas sans intérêt de relire quelques poésies de circonstance qu’il a souvent entendu dire ou chanter, qu’il a peut-être aimées et qui nous apportent quelquechose du climat dans lequel il a vécu.
Quelques événements marquants de sa vie:
- 28 fév. 1807: naissance à Eyne. Son père: l’ancien greffier qui a rempli toutes les charges et porté toutes les responsabilités pendant la Révolution. Deux oncles chanoines, l’un d’eux curé à N.D. au Bois. Un oncle docteur en droit et magistrat: J.B. Belaen.
- 1823-1824 Avec son frère Liévin, Amand est élève au Collège Royal de Gand, l’ancien Lycée Impérial, à Baudeloo. Le Collège est un foyer actif des idées libérales de Lamennais. Amand restera toute sa vie un "libéral". Il quitte le Collège après la classe de grammaire supérieure.
- Septembre 1830 : Révolution Brabançonne. Amand est élu Bourgmestre. Il a 21 ans. Aurait-il accepté cette charge s’il avait pu prévoir les malheurs qui allaient s’acharner sur ce pauvre pays de 1845 à 1850: maladie de la pomme de terre, famine, inondations, épidémies de typhus et de choléra.
- Le 14 spt. 1840, son mariage avec Eulalie Caroline Amelot lui donne, avec l’épouse la plus aimable, un second père, Jacques Chrétien, bourgmestre de Zingem, un homme d’excellent conseil. (voir Biographie Nat. de Belgique) Il entre dans une famille aussi nombreuse que distinguée: les Boulez, les Storme, les Brasseur, les Borchgrave...
- 1843 : Fondation à Zingem de la " Lyrisch Genootschap " À Eyne, création de "l’harmonie."
- 26 nov. 1873 : Décès d’Amand. Aux obsèques : discours de Jules Heyse, notaire et secrétaire communal; de Dekeyser (Conseil Provincial); de E. Gabriels, au nom des ouvriers de l’usine; de Louis Verspieren (Association libérale); de Ad. De Maeght (Harmonie de Eyne).
Deux points diffèrent des autres pages du site : la brochure donne 21 ans à Amand en 1830 (le site retient 23 ans, né le 28 février 1807) et le 26 novembre 1873 pour son décès (le site retient le 25, d’après le faire-part). Voir Amand van der Straeten.
Le tableau généalogique
La page 2 est un tableau dactylographié en accolades, dont la colonne de gauche est tapée à la verticale. Les mêmes liens, couple par couple :
| Couple | Enfants cités |
|---|---|
| Louis de Borchgrave (Waeken 1784 – 1860) et Félicité v. d. Wattyne (Bassevelde 1789 – ) | Yvon de Borchgrave (Bassevelde 1809 – Gand 1892) |
| Jacques Chrétien Amelot (Heurne 1769 – Zingem 1850) et Eugénie Sophie Boulez (Waeregem 1781 – Zingem 1832) | Marie Eugénie Amelot (1813 – 1893) ; Eulalie Amelot (1820 – 1879) |
| Yvon de Borchgrave et Marie Eugénie Amelot | Baron Émile de Borchgrave (Gand 1837 – Bruxelles 1917), x Caroline Wilhelmine Slicher de Dombourg (Middelbourg 1840 – Bruxelles 1871) |
| Liévin François v. d. Straeten (Vlierzele 1754 – Eyne 1828) et Isabelle Duermael (Gand 1768 – Eyne 1858) | Marie Caroline v. d. Straeten (1804 – 1833), x François Maes ; Amand v. d. Straeten (Eyne 1807 – 1873) ; Liévin v. d. Straeten (1809 – 1848) |
| Amand van der Straeten et Eulalie Amelot | Achille v. d. Straeten (Eyne 1843 – 1921), x Marie v. d. Peereboom (1854 – 1918) ; Adilie v. d. Straeten (Eyne 1841 – 1913) |
| Liévin van der Straeten et Justine Vyvens (1819 – ) | Oscar v. d. Straeten (Eyne 1846 – 1871), x Céline Ruysschaert ; Amandine v. d. Straeten, x Polydore Ruysschaert ; Zoé v. d. Straeten, x Antoine Théodore de Vuyst (1836 – 1911) |
Le tableau, reproduit tel qu’il figure dans la brochure, nomme la fille de Liévin François « Marie Caroline ». Son acte de naissance (Eyne, 22 septembre 1804) la nomme Marie Athanasie Sophie : c’est ce nom qui fait foi. Les années de naissance et de mort sont celles du tableau.
Les couplets
Dans l’ordre de la brochure.
Noces d’Amand et d’Eulalie Amelot, 14 septembre 1840
Brochure, p. 3
À Monsieur Amand van der Straeten et à Madame Eulalie Amelot, unis le 14 septembre 1840 — Couplets chantés au banquet de noces.
À l’épouse
Longtemps insensible à l’amour
Bercé de crainte et d’espérance
Ton cœur naif et sans détour
Tremblait au mot d’indifférence :
Un cœur battant contre ton cœur
Fut l’objet que ton âme envie ;
Tes vœux sont comblés EULALIE,
AMAND t’apporte le bonheur.
Aux époux
Toujours unis, toujours aimants,
Jamais ne redoutez l’orage,
Jusqu’au tombeau, tendres amants
Ayez le bonheur en partage !
Par la franchise et la candeur
Fuyez la noire jalousie;
AMAND, chéris ton EULALIE,
Ton amour fera son bonheur.Qu’après neuf mois un rejeton,
Fruit de cet heureux hyménée,
De la rose, ainsi qu’un bouton,
Couronne votre destinée.
Puisse le ciel dans sa faveur
Bénir chaque instant de ta vie !
Tels sont mes vœux, chère EULALIE,
Qu’un fils sourie à ton bonheur.
Le retour de Paris des jeunes mariés, 28 septembre 1840
Brochure, p. 4
Aux mêmes. Couplets chantés à leur retour de Paris au Banquet donné à Eyne le 28 septembre 1840.
Il est un jour dans notre destinée
Où de l’amour nous subissons la loi.
Ce jour a lui - les flambeaux d’hyménée
Ont éclairé tes serments et ta foi.
Prêt à goûter les douceurs du ménage,
Fier d’EULALIE, arbitre de son cœur,
AMAND, reviens, reviens dans ce village
Où pour jamais t’appelle le bonheur.Homme loyal, ami franc, sans jactance,
Chef, Père, élu de tes concitoyens,
Ils ont en toi placé leur confiance,
Ils ont placé leur bonheur dans tes mains.
Du nom d’époux manquant à ton jeune âge
Le ciel t’accorde aujourd’hui la faveur.
Près d’EULALIE, oh! viens dans ce village
Où pour jamais t’appelle le bonheur.De l’orphelin sois le tuteur, le père,
De l’indigent sois l’ami généreux,
Prête à la veuve un appui tutélaire
Tu seras cher à tous les malheureux.
Vois !... Au retour de son lointain voyage
Ému chacun crie à son bienfaiteur :
Près d’EULALIE, oh ! viens dans ce village
Où pour jamais t’appelle le bonheur.Le jour, la nuit, sois à ton EULALIE,
Que ton cœur batte à l’unisson du sien;
Que ta tendresse embellisse sa vie,
Que son amour soit ton unique bien !
Tous deux goûtez des plaisirs sans nuage
Du temps narguez le glaive destructeur :
Coulez tous deux au sein de ce village
Des jours heureux de joie et de bonheur!
Jules Storme, docteur en droit, 26 mai 1844
Brochure, p. 5
Couplets chantés au Banquet offert à Monsieur Jules Storme à l’occasion de sa promotion au grade de docteur en droit, à Waereghem, le 26 mai 1844.
Assez longtemps, défiant les orages,
Tu recherchas les faveurs de Thémis;
Jeune avocat ! D’unanimes suffrages
Dans son palais t’ont récemment admis.
Ce parchemin, blazon de ta jeunesse,
De tes efforts est le prix mérité :
Amis fêtons en ce jour d’allégresse
Un nourrisson de l’Université.Âpre au travail, toujours avant l’aurore
Tu t’adonnas à l’étude du droit;
La nuit souvent te retrouvait encore
Du vieux Gaius méditant quelqu’endroit.
Tel un athlète, aux beaux jours de la Grèce,
Se préparait à l’immortalité :
Amis, chantons en ce jour d’allégresse
Un nourrisson de l’Université.Un avenir riant pour vous s’apprête,
Le vrai talent ne doit rien redouter;
Et quand tout cède aux coups de la tempête,
Seul, invincible, on le voit résister.
À l’orphelin, à la veuve en détresse
Il offre appui contre l’iniquité:
Noble devoir que remplira sans cesse
Le nourrisson de l’université.Heureux parents dont il fut l’espérance,
En souriant contemplez votre fils,
Vos mains de fleurs ont semé son enfance
Voici l’instant qu’elles portent leur fruit.
Votre âge mûr trouve dans sa jeunesse
Un dévouement plein de sincérité
Et vos vieux jours béniront la tendresse
Du nourrisson de l’Université.
Trois bouquets pour Jacques Chrétien Amelot, 1844 – 1846
Brochure, p. 6
Bouquet présenté à mon cher grand-père M. Jacques Chrétien Amelot, le jour de sa fête, le 25 juillet 1844.
Ma faible main avec amour
T’offre ce bouquet éphémère;
Daigne agréer en ce beau jour
Mon souhait pieux et sincère:
Que l’Éternel encor longtemps
T’accorde une existence
Heureuse, exempte de souffrance!
Puisses-tu dans vingt ans
À chacun de nous rendre
Un baiser doux et tendre
Et voir les fils de tes petits-enfants!...
Émile de Borchgrave,
âgé de 7 ans.
Au même, le jour de sa fête, le 25 juillet 1845.
De t’offrir un bouquet j’eus d’abord le désir,
Mais, tu le sais, les fleurs sont éphémères.
Si la rose s’incline au souffle du zéphyr,
Le rude antan flétrit ses couleurs passagères.
Le même jour, hélas! la voit naître et mourir.
Je t’offre donc, en ce jour d’allégresse,
Pour prix de tes bontés, de ta vive tendresse,
Un gage plus solide et qui résiste au temps;
Je t’offre un cœur innocent et sincère
Qui fait des vœux, vénérable grand-père
Pour que Dieu parmi nous te garde encor longtemps.
Émile de Borchgrave, âgé de 8 ans.
Au même, le jour de sa fête, le 25 juillet 1846.
Pour la troisième fois, je t’offre quelques vers
Que m’inspira ton amitié constante.
Le soir, j’adresse au Dieu de l’univers
Pour toi, pour ton bonheur, ma prière innocente.
J’adore l’Éternel pour que dans sa bonté,
De ma timide voix exauçant le langa ge,
Il répande à grands flots sur le soir de ton âge
Ses bénédictions et sa félicité.
Tu conduisis jadis les pas de mon enfance;
Tu me soutins ainsi qu’un flexible arbrisseau,
Et, souriant quand j’étais au berceau,
Pour mon bonheur tu fis des vœux secrets, je pense.
Pour prix de tant de soins voués à mon printemps,
Mon cœur toujours pour toi sera plein de tendresse:
Je t’offrirai mon bras dans ta vieillesse
Pour guider tes pas chancelants.
Les deux premiers bouquets sont signés « Émile de Borchgrave, âgé de 7 ans » et « âgé de 8 ans » ; le troisième n’est pas signé. Émile est le petit-fils de Jacques Chrétien Amelot (voir le tableau).
Jacques Chrétien Amelot, chevalier de l’ordre de Léopold
Brochure, p. 7
À Jacques Chrétien Amelot, couplets chantés au banquet donné à l’occasion de sa nomination de chevalier de l’ordre de Léopold.
Ce jour pour nous est un jour d’allégresse
Il comble enfin des vœux longtemps formés :
Si des lauriers ombragent ta vieillesse,
Tes pas aussi de roses sont semés.
De ses faveurs le Roi te juge digne,
Il reconnaît ta modeste vertu :
Avec orgueil étale ton insigne,
Gage d’honneur, par l’honneur obtenu.À tes égaux tu servis de modèle
Et sous trois Rois intègre serviteur,
À tes serments tu fus toujours fidèle,
Vrai chevalier sans reproche et sans peur.
Soldat, tu fis respecter ta consigne,
De ton drapeau l’honneur fut maintenu :
Avec orgueil étale cet insigne,
Gage d’honneur, par l’honneur obtenu.Du malheureux tu fus toujours le Père ;
Pour protéger la timide orphelin,
Pour soulager le poids de sa misère
Tu lui tendais ta généreuse main.
De tant de bien te paie un noble signe;
De Léopold Chevalier reconnu,
Avec orgueil étale ton insigne,
Gage d’honneur, par l’honneur reconnu.Poursuis le cours d’une belle carrière !
Longtemps encor vis parmi tes enfants !
De toi, de toi la commune si fière
Avec respect bénit tes cheveux blancs.
Au souvenir de ton mérite insigne,
Les villageois diront : ce prix t’est dû.
Avec orgueil étale cet Insigne,
Gage d’honneur, par l’honneur obtenu.
La brochure ne date pas cette nomination.
Le chanoine de Decker, couvent de Berleghem, 11 avril 1849
Brochure, p. 8
Compliment adressé à Monsieur le chanoine de Decker, par les dames du couvent de Berleghem, le 11.4.1849. Note: C’est dans ce couvent que Adilie, fille d’Amand van der Straeten, fit ses années de pension.
Ce jour tant désiré, ce jour plein de bonheur,
En comblant tous nos vœux, sourit à notre cœur.
Du timide orphelin sécher, tarir les larmes,
De la veuve éplorée adoucir les alarmes,
Consoler les vieillards, guider le jeune enfant,
Promettre le pardon au chrétien repentant;
Abandonner parfois le fracas de la ville,
Pour venir humblement dans ce modeste asile
Expliquer de la foi les dogmes, les bienfaits
Et subjuger nos cœurs par ses divins attraits,
Telle est, chacun le sait, o vénérable Père,
De tes jours, de tes nuits la tâche la plus chère.
Si la Belgique garde un pieux souvenir
À celui dont le nom jamais ne doit périr,
À ce pieux chanoine, autre Vincent de Paule,
Dont le front brille au ciel d’une triple auréole,
L’éternel a voulu, dans sa bonté sans fin
Que le sceptre de Triest fut remis dans ta main
Et que, rivalisant de constance et de zèle
Tu suivisses de près ce glorieux modèle.
Poursuis ton noble but, charitable pasteur !
Toi dont la piété s’unit à la douceur;
Bénis soient tes travaux ! Que pour ta récompense,
Dieu répande sur eux sa grâce en abondance.
Que l’infortune en toi toujours trouve un soutien,
Que ta gloire consiste à pratiquer le bien,
Et, d’un zèle inconstant dédaignant l’égoïsme,
Atteins de la vertu le sublime héroïsme !
Hélas ! Tu quitteras ce terrestre séjour
Qui redira longtemps ton ineffable amour;
Tes jours dont l’Éternel a mesuré le nombre,
Comme un songe fuiront, passeront comme l’ombre.
Mais la postérité décernera des fleurs
Au prêtre dont la main essuya tant de pleurs:
Et nous, nous prîrons Dieu qu’à ton tour Il te donne
La palme des élus, la céleste couronne.
Oscar van der Straeten et Céline Ruysschaert, 3 septembre 1864
Brochure, p. 9
Compliment adressé à mon cher oncle Monsieur Oscar van der Straeten et à ma chère tante dame Céline Ruysschaert le jour de leur mariage, célébré à Sotteghem le 3 sept. 1864. Par leur nièce âgée de 4 ans.
Pour toi, cher oncle Oscar, pour toi, tante Céline,
Petite, je voudrais bégayer quelques mots,
Afin que l’Éternel, dans sa bonté divine,
Répande sur vos fronts ses bienfaits à grands flots.
Hélas ! Je suis encore muette:
Qu’attendre d’un petit enfant
Qui ne foule encor que l’herbette,
Dont le seul sceptre est sa houlette
Et qui voudrait vous faire un compliment ?
Je grandirai : pour lors, cher oncle, chère tante,
Pour vous seront mes premiers vœux :
J’implorerai le ciel d’une voix suppliante
Pour qu’il daigne, accueillant ma prière fervente,
Toujours vous rendre heureux.
La page d’Amand date déjà le mariage d’Oscar et de Céline Ruysschaert du 3 septembre 1864. La nièce de quatre ans qui récite le compliment n’est pas nommée.
Le commentaire qui suit les couplets (p. 9) :
Les couplets suivants, inspirés d’un vers d’Horace, chantent le bonheur "Au coin du feu". Ils furent sans doute un grand succès : composés en 1844, ils sont repris en 1857 au mariage Verbrugghen- de Breyne, ensuite en 1862 à l’occasion du double mariage Zoé van der Straeten - Théodore de Vuyst et Amandine van der Straeten et Polydore Ruysschaert; une fois encore en 1870, aux noces d’Octave Amelot et M. de Moor. Ils peuvent nous sembler bien "bourgeois". Mais ne jugeons pas trop vite. N’oublions pas qu’en 1864 quelques 3000 combattants belges quittaient la place Tacambaro à Audenarde pour aller tenter l’aventure mexicaine et répondre à l’appel de l’Impératrice Charlotte. Ou encore, que vers 1870 le ménage Ruysschaert - van der Straeten, après d’aventureuses spéculations immobiliaires, partaient tenter leur chance à Tulsa en Oklahoma.
Le « ménage Ruysschaert - van der Straeten » parti vers 1870 pour Tulsa est celui de Polydore Ruysschaert et d’Amandine van der Straeten, mariés en 1862 : le mari porte le nom de Ruysschaert, l’épouse celui de van der Straeten. Oscar, lui, est resté à Eyne, où il est mort le 17 février 1871 d’un accident de chasse (Le Bien Public, 19 février ; La Meuse, 22 février ; L’Écho du Parlement, 24 février 1871) ; voir Amand van der Straeten et Liévin François, qui mentionne la branche de Tulsa.
« Au coin du feu » : le double mariage d’Eyne, 26 avril 1862
Brochure, p. 10
Couplets chantés à Eyne le 26 avril 1862 à l’occasion du mariage de Mademoiselle Zoé van der Straeten avec Monsieur Théodore de Vuyst et de Mademoiselle Amandine van der Straeten avec Monsieur Polydore Ruysschaert.
Puisque partout le doux nectar pétille,
En ce beau jour j’apporte aussi mon vœu ;
Pour vous, au sein d’une heureuse famille
Ma faible voix chante le coin du feu.
Mon amitié vous redoit cet hommage,
Il vous dira les souhaits de mon cœur,
Couples chéris ! sincère est mon langage :
- Au coin du feu se trouve le bonheur.Là seul il règne. Aux flots bruyants du monde,
Non, le bonheur ne se trouva jamais
Ce dieu craintif fuit la foudre qui gronde
Pour s’abriter au Temple de la paix.
Au coin du feu, la paix est souveraine,
Là vit l’amour et l’amitié sa sœur;
Au coin du feu l’atmosphère est sereine:
- Au coin du feu se trouve le bonheur.Près du foyer de bienfaisants génies,
Gardiens sûrs des mœurs et des vertus,
De leurs concerts, suaves harmonies,
Calment les fronts par les maux abattus.
Là, dédaignant et la haine et l’envie
Du sort inique on brave la rigueur;
Là, toute larme est promptement tarie,
- Au coin du feu se trouve le bonheur.Bruit, pompe, éclat, danses, concerts, théâtres,
lassent le cœur; il reste vide et froid;
Il se dilate aux doux angles de l’âtre
L’âtre fût-il sous le plus humble toit.
Des plaisirs faux ne soyez point victimes
Au coin du feu savourez la douceur
De sentiments réels, purs, vifs, intimes :
- Au coin du feu se trouve le bonheurÀ ton amour répondra Théodore,
Zoé chérie ! il est digne de toi :
Chère Amandine, avec ton Polydore
Oui, sois heureuse ! il a reçu ta foi.
Couples chéris ! sincère est le langage
Que m’inspira pour vous mon tendre cœur,
Soir et matin, répétez à tout âge :
Au coin du feu se trouve le bonheur.
Votre affectionnée amie Maria Amelot
Les couplets sont datés du 26 avril 1862 ; le tableau chronologique de la page d’Amand place le double mariage (Zoé et Théodore de Vuyst, Amandine et Polydore Ruysschaert) le 24 avril. La signature, « Votre affectionnée amie Maria Amelot », porte le nom de jeune fille d’Eulalie ; la brochure ne dit pas quel lien unit Maria à la famille.
Le mariage d’Achille et de Marie van den Peereboom, 11 janvier 1876
Brochure, p. 11 à 13
Première série. Couplets chantés à l’occasion du mariage d’Achille van der Straeten et de Marie van den Peereboom, à Blendecques, le 11 janvier 1876.
Que le lilas, que le myrte et la rose
Parent vos fronts, o fortunés époux !
Que chaque fleur en ce beau mois éclose,
De ses senteurs embaume un nœud bien doux !
Oui, bénissez une chaîne fleurie
Dont l’amour sut enlacer votre cœur :
- Sous votre toit, Achille avec Marie,
Goûtez en paix le plus parfait bonheur.Toujours d’accord, pleins de persévérance,
De votre amour vous recueillez le fruit.
Votre tendresse unie à la constance
Jusqu’au trépas désormais vous unit.
La nuit, le jour, savourez l’ambroisie
De l’amour pur, de l’amitié sa sœur :
- Sous votre toit, Achille avec Marie,
Goûtez en paix le plus parfait bonheur.Âpre au travail, à tes devoirs fidèle,
Type de l’ordre et de la probité,
On te vit jeune, Achille, plein de zèle,
Mener ta barque avec dextérité.
Pour seconder la commune industrie
Marie au tien unira son labeur :
- Sous votre toit, Achille avec Marie,
Goûtez en paix le plus parfait bonheur.
Aux parents
Parents chéris, après ce mariage,
Dieu veillera sur cet heureux hymen
Et, quand vos fronts seront ridés par l’âge,
Il conduira vos enfants par la main.
Que ces accents de mon âme ravie
En ce beau jour soient répétés en chœur:
- Puissiez-vous voir, au déclin de la vie,
Vos petits-fils avec joie et bonheur !
Seconde série. Couplets chantés à l’occasion du mariage de Monsieur Achille van der Straeten avec Mademoiselle Marie van den Peereboom, au château de Blendecques, le 11.1.1876
Ma faible muse, en ce jour d’allégresse,
Forme pour vous des souhaits de bonheur;
Sainte amitié ! Redis avec ivresse
Ces chants, ces vœux que me dicte mon cœur.
Vous qu’embellit la fraîcheur du jeune âge,
Pleins d’avenir, vivez, tendres époux :
- Dieu bénira votre heureux mariage,
Du haut des cieux il veillera sur vous.Le vrai bonheur, ainsi le dit Horace,
Réside au coin du paisible foyer,
Quand l’amitié, l’esprit joint à la grâce
Y réunit deux cœurs faits pour s’aimer.
Jeunesse, amour vous échut en partage,
Tous deux coulez des jours sereins et doux:
- Dieu bénira votre heureux mariage,
Du haut des cieux il veillera sur vous.Comme le lierre au chêne séculaire
Étend ses bras pour s’attacher à lui,
Ainsi Marie en son Achille espère
Toujours trouver un tutélaire appui.
De l’union, comme eux, offrez l’image,
Comme eux, des vents défiez le courroux
- Dieu bénira votre heureux mariage,
Du haut des cieux il veillera sur vous.Déjà pour vous l’horison se colore;
Il s’illumine et de pourpre et d’azur.
Jeunes époux ! Une riante aurore
Vous garantit le bonheur le plus pur.
Même des ans en subissant l’outrage,
Du sort changeant redoutez peu les coups.
- Dieu bénira votre heureux mariage,
Du haut des cieux il veillera sur vous.
Aux parents
À vous aussi mon chant, mon vœu s’adresse,
Parents joyeux, vivez, vivez longtemps !
Pleins d’heureux jours atteignez la vieillesse,
Pour embrasser, pour bénir vos enfants.
De cet hymen bientôt qu’un tendre gage
Soit caressé, bercé sur vos genoux :
- Dieu bénira cet heureux mariage,
Il veillera sur les jeunes époux.
Deux séries de couplets pour la même noce, la seconde « au château de Blendecques ». Voir Achille van der Straeten et Marie Emma van den Peereboom.
La bourse tricotée par Adilie, 8 décembre 1854
Brochure, p. 13
À ma chère nièce, Mademoiselle Adilie van der Straeten, pour la remercier de la bourse qu’elle a tricotée pour moi. (le 8 décembre 1854)
De ton joli cadeau je te fais compliment
Il est coquet, gentil, charmant,
Avec goût travaillé, d’une maille solide,
À ses moindres détails l’élégance préside.
Avec bonheur ton oncle l’usera.
Oui, quand sa main y plongera,
Maintes fois il devra se dire :
Que faut-il que le plus j’admire,
Ou ton cœur qui pour moi se montra généreux
Ou ta main qui tressa ce tissu gracieux ?
Le destinataire des vers, « ton oncle », n’est pas nommé. Les faces 22 et 23, très pâles, sont deux copies carbone de la fin de cette page, avec de petites variantes (« joli » pour « gentil », « se montre » pour « se montra »).
« La barque d’hymen », 1858 et 1905
Brochure, p. 14
Bien différent du bonheur qu’on trouve au coin du feu est celui du grand voyage de la barque d’hymen. Des couplets le chantent une première fois le 17 juin 1858 lors d’un banquet donné à Waeregem en l’honneur du ménage Boulez - Pelgrims. Avec quelques retouches nous retrouvons ces strophes le 6 mai 1905. Elles sont chantées par Anne-Marie van der Straeten (19 ans) en l’honneur de sa sœur Thérèse qui épouse Léon Claeys Boúúaert.
Le vent fraîchit et la voile est tendue,
Gais passagers, la barque vous attend !
Elle va tenter une mer inconnue,
O doux zéphir, ne sois pas inconstant !
Couple chéri qu’un tendre amour assemble,
Remplis d’espoir en vous donnant la main,
Montez tous deux, tous deux voguez ensemble,
Voguez en paix sur la barque d’hymen ! (bis)Pour échapper aux périls du voyage
À fond de cale enfermez vos soucis.
Si par hasard survenait un orage,
Serrez-vous bien pour n’être point transis.
Que votre époux comme un bon capitaine,
Du grand trajet gage le plus certain,
Puisse toujours dirigeant la carène
Régner en paix sur la barque d’hymen. (bis)Il vient un temps où l’errante nacelle
Au sein du port veut se mettre à couvert.
À l’horizon heureux, couple fidèle,
voyez briller l’étoile de la mer.
Mais le rivage à vos yeux se dessine,
Entrez au port en vous donnant la main !
Mon cher Léon et ma douce Thérèse
Entrez au port dans la barque d’hymen ! (bis)
Anne-Marie van der Straeten, née en 1886, a 19 ans le 6 mai 1905. Sur ce mariage, voir l’allocution du 6 mai 1905, Thérèse van der Straeten et Léon Claeys Boúúaert. Le mariage Boulez-Pelgrims est placé au 4 mai 1858 sur la page d’Amand ; la brochure date le banquet du 17 juin.
Auguste Brasseur et Rose de Crom, 26 novembre 1838
Brochure, p. 15
À Monsieur Auguste Brasseur et à Madame Rose de Crom, unis le 26 novembre 1838, couplets chantés à leur retour de Paris, au banquet donné le 16 décembre 1838.
Gais voyageurs des rives de la Seine
Nous célébrons votre joyeux retour;
Chassons au loin le chagrin et la peine
Chantons en cœur un doux refrain d’amour:
Pour nous Paris est devenu morose,
Un calme heureux vous convie au bonheur.
De tendres soins, AUGUSTE, entourez ROSE,
ROSE, pour lui gardez votre fraîcheur.
À l’épouse
D’un vif amour aimez votre conquête,
Avec tendresse accueillez votre époux;
D’autres beautés n’ont pu courber sa tête,
Lui la fléchit, mais sous un joug bien doux:
Par vous se fit cette métamorphose
Votre amour seul sut subjuger son cœur;
Soyez pour lui, sans épine, une rose,
ROSE, pour lui gardez votre fraîcheur.Si quelque jour au souffle de l’orage
Rose inclinait sa tête tristement,
Si sa bonté subissait quelqu’outrage
Par les efforts du fougueux ouragan,
Que votre amour à l’aquilon oppose,
Époux ! des soins puisés dans votre cœur.
Grâce à ces soins, vous conserverez Rose.
ROSE, pour lui gardez votre fraîcheur.
Aux époux
Goutez ensemble un bonheur sans partage,
Goutez la vie et son nectar sans fiel,
Et puisse errer sur le soir de votre âge
Un doux rayon de la lune de miel !
Que l’union existe en toute chose.
Pour couronner votre chaste bonheur
Boutons charmants, croissez autour de Rose,
Comme elle aussi gardez votre fraîcheur.
Henri Storme et Clémence Brasseur, 30 décembre 1839
Brochure, p. 16
À Monsieur Henri Storme et à Madame Clémence Brasseur, unis le 30 décembre 1839. Couplets chantés au banquet de noces.
Si l’an qui fuit dans sa rapide course
A couronné vos plus ardents désirs,
Le jour qui naît du bonheur est la source,
Il est pour vous le signal des plaisirs.
Tous deux remplis de zèle, de constance
De vous aimer vous fîtes le serment;
Soyez unie avec Henri, Clémence,
Soyez unis, aimez-vous tendrement.Soyons unis ! Ce serment plein de charme
Fut répété dans vos joyeux transports,
En bannissant de vos cœurs les alarmes
Il est le prix de vos constants efforts.
Marqués du sceau de la persévérance
Votre lien enfin est éternel.
Chantons en cœur : avec Henri, Clémence,
Soyez unie en ce jour solennel.Que le destin vous soit toujours prospère,
Qu’aucun revers ne fane vos amours,
Qu’avant dix mois, un fils, l’orgueil du père,
Couple joyeux ! embellisse vos jours !
Et puisse Dieu payant votre constance,
Lorsque votre âme aura quitté ces lieux,
Dire à tous deux : Soyez [mot surfrappé, illisible] Henri, Clémence,
Soyez unis à jamais dans les cieux.
« Écoutez-moi, mais ne m’imitez pas », 1847 – 1848
Brochure, p. 17 et 18
Couplets de noces. (1847 - 1848) Conseils d’un père chargé d’une nombreuse famille à son fils qui se marie.
La voix d’un père, en dépit de l’absence,
Mes chers enfants, s’élève à ce banquet;
De ses erreurs, sans nulle réticence,
Il va vous faire un récit bien complet.
Cette leçon, plus qu’une autre instructive,
Utilement pourra guider vos pas;
Prêtez-moi donc une oreille attentive:
- Écoutez-moi, mais ne m’imitez pas.Maint philosophe a flétri la richesse,
Dans les romans, l’or est un vil limon;
De grands docteurs prêchent cette sagesse.
Moi, comme un sot, je crus à leur sermon :
Je fus savant, j’écrivis plus d’un livre,
Mon cœur de l’or dédaigna les appas :
Pour le bonheur si vous prétendez vivre,
- Écoutez-moi, mais ne m’imitez pas.Libre penseur et d’humeur énergique,
Aux niveleurs, populaire torrent,
Je résistai dans le champ politique
Et m’immoler me parut noble et grand.
Je m’appauvris sans sauver la patrie,
L’intrigant seul profite à ces débats;
Vous, à vos fils consacrez votre vie,
- Écoutez-moi, mais ne m’imitez-pas.De la raison esclave trop fidèle,
À travers tout je suivis ses drapeaux
Et je lançai l’épigramme cruelle
Toute sanglante à la face des sots.
Mais je me fis un avenir plus sombre
Je fus broyé dans ces rudes combats;
Silence, enfants, respect au plus grand nombre !
- Écoutez-moi, mais ne m’imitez pas.
J’errai longtemps dans l’idéal royaume
Des rêves creux et des vastes désirs;
Je pourchassai fantôme après fantôme,
Le bruit, l’éclat, la gloire et les plaisirs.
Le bonheur suit un sentier plus tranquille
Et si jamais il habite ici-bas,
Un foyer calme est son unique asile.
- Écoutez-moi, mais ne m’imitez pas.Un jour d’hymen, partout il est d’usage
De souhaiter aux fortunés époux,
Dans l’intérêt de leur futur ménage,
Tout un essaim d’enfants gentils et doux.
Devant ce vœu ma prudence s’arrête:
Lit trop fécond cause des embarras
Et sur ce point bien bas je vous répète:
Écoutez-moi, mais ne m’imitez pas.
Le texte est écrit à la première personne par « un père chargé d’une nombreuse famille », « en dépit de l’absence » ; la brochure ne dit pas de qui il s’agit.
Le curé d’Eyne, Jean Baptiste Stouthamer, 24 juin 1848
Brochure, p. 18
Bouquet présenté à Monsieur le curé d’Eyne Jean Baptiste Stouthamer, le jour de sa fête, le 24 juin 1848.
Vénérable pasteur, toi, ami de l’enfance,
Toi, qui par tes vertus attendris tous les cœurs,
En attendant du ciel ta juste récompense
Permets qu’en ce beau jour je t’offre quelques fleurs.
Tu le sais, ici-bas tout cède à la tempête,
La rose en un instant se flétrit à jamais;
Mais le laurier que Dieu réserve à tes bienfaits
De rameaux toujours verts ombragera ta tête.
Source : José CLAEYS BOÚÚAERT S.J., Amand van der Straeten, Eyne 1807 - 1873, brochure dactylographiée, 1973 : couverture, avant-propos, 18 pages numérotées, deux copies pâles, couverture de dos (24 faces). Archives familiales. Texte relu sur image, page par page.
Voir aussi : Amand van der Straeten · Eulalie Amelot · Achille van der Straeten · L’Harmonie d’Eyne · Les archives de la famille