Source : « Twee eeuwen musiceren bij Sint-Cecilia Eyne », dans Westerring, n° 107, juillet-septembre 2020, p. 7-15.
Au XIXe siècle, la société de musique est l'une des rares institutions villageoises où le bourgmestre, le brasseur, le savonnier et l'ouvrier se retrouvent le dimanche. Les van der Straeten ont présidé celle d'Eyne pendant plus de septante ans.
Le nom et les origines
La société s'appelle, dans les documents flamands, (Koninklijke) Harmoniemaatschappij Sinte Cecilia. Le Heemkring Westerring résume la place d'Amand en une ligne : il fut « ruim dertig jaar voorzitter » (plus de trente ans président) de cette société, « daarmee bewerkte hij de verbetering onder de bevolking », par là il travaillait à l'élévation de la population.[Westerring 2019]
Une source familiale place les débuts plus tôt que le registre. La chronologie établie par José Claeys Boúúaert en 1973 porte, à l'année 1843 : « Amand [premier] président de l'harmonie Ste Cécile de Eyne » (le mot « premier » est ajouté à la main sur le tapuscrit) et, à la même année : « À Eyne, création de l'harmonie. »[In Memoriam 1973] [Les plus anciennes mentions tirées du registre de la société datent de 1845 et 1849, et l'acte de fondation n'est pas connu. Si Amand préside dès 1843, la présidence familiale commence six ans plus tôt que la date de 1849. « Création de l'harmonie » n'implique pas une fondation par Amand ; les deux mentions viennent de la même source et ne sont pas recoupées.]
En 1843 également, le beau-père d'Amand, Jacques Chrétien Amelot, bourgmestre de Zingem, fonde dans sa commune une société lyrique, la Lyrisch Genootschap, « qui remporta plusieurs premiers prix et porta la renommée du petit village jusque sur les bords du Rhin ». En 1857, elle obtient le premier prix au concours de chant de rhétorique De Wyngaert, à Bruxelles. Amand avait épousé Eulalie Amelot trois ans plus tôt, en 1840 : gendre et beau-père dotent ainsi la même année leurs communes d'une société de musique.
L'harmonie dans les cérémonies familiales
L'harmonie participe aux principales cérémonies de la famille :
- 1873, obsèques d'Amand : parmi les six orateurs qui parlent sur sa tombe, Ad. De Maeght prend la parole au nom de l'Harmonie d'Eyne.
- 18 avril 1876, entrée solennelle d'Achille et de sa jeune épouse au retour du voyage de noces : cent cavaliers en habit de fête, cinquante voitures attelées, et un second cortège à pied (conseil communal, sociétés locales, enfants des écoles et une grande foule), avec « de harmoniemaatschappij op kop », l'harmonie en tête.
- 30 avril 1899, jubilé d'Achille : « 202 ruiters, 216 rijtuigen », et les harmonies et fanfares d'Audenarde, Bevere, Berchem, Ooike et Eyne accompagnent le jubilaire. À l'entrée du village, les pompiers lui offrent un bouquet « terwijl de harmonie de Brabançonne aanheft ». L'après-midi, concerts sur des kiosques dressés pour l'occasion ; le soir, une veillée musicale. De Maeght parle de nouveau « in naam der muziekmaatschappij », vingt-six ans après l'avoir fait sur la tombe d'Amand.[Jubelfeest 1899]
La société avait son local chez Richard Mespreuve, dont l'arc de triomphe de 1899 portait ces deux vers : « Hier speelt 't muziek / in zoete akkoorden » (ici la musique joue en doux accords).
La présidence d'Amand
En 1845, le receveur ayant compté plusieurs fois les mêmes recettes, la caisse se révèle insuffisante pour payer la fête de Sainte-Cécile. La Flandre connaît alors la famine, après plusieurs récoltes manquées d'affilée.
En 1849, un nouveau règlement est adopté « parce que les musiciens s'abandonnaient parfois à un usage excessif de la boisson ». Il prévoit vingt centimes d'amende pour fumer, blasphémer, tenir des propos inconvenants ou se quereller ; cinquante centimes pour une absence à la répétition du dimanche ; l'exclusion pour désobéissance, ivresse ou mauvaise conduite. Chaque membre jouant devait verser soixante centimes par mois.
Le bureau a pour président le bourgmestre Amand van der Straeten, avec le brasseur Joseph Ceuterick comme vice-président, Philip Antoon Heyse secrétaire et Joseph Prosper Vanden Berghe receveur.
Amand meurt en 1873, « ancien conseiller provincial et pendant quarante-trois ans bourgmestre d'Eyne ». Le fabricant Bruno Vermeulen, le cabaretier Joseph De Winter et le briquetier Emiel De Bock entrent alors au bureau.
La présidence d'Achille
L'année 1880 est prospère pour la société, dont le bureau est entièrement remanié : président d'honneur le docteur Frederic Adelard Vyvens, président le bourgmestre Achille van der Straeten, receveur le docteur Prosper Van Craenenbroeck, secrétaire le savonnier Hector Meheus, directeur Prosper De Maeght et sous-directeur son fils Adolphe.
Suivent les concours et les festivals (Nevele, Gand, Audenarde, Zingem, Eename) et les sérénades données aux anniversaires des membres du bureau.
Le concert du mariage de Thérèse van der Straeten
Le livre de caisse porte :
« En 1906, le président van der Straeten offre 50 francs en remerciement du concert donné lors du mariage de Léon Claeys Bouüaert avec Thérèse van der Straeten. »
Le mariage avait eu lieu le 6 mai 1905. L'harmonie avait joué au mariage de la fille du bourgmestre, qui la présidait et la remercia l'année suivante.
La guerre et l'après-guerre (1914-1921)
En 1914, l'activité cesse : « chez l'harmonie, tout est à l'arrêt ». La première activité réinscrite au livre de caisse date du 21 juillet 1919. Un nouveau bureau se forme en 1920, avec René Walraeve pour président, Kamiel Landrieu vice-président et Achille van der Straeten président d'honneur. Celui-ci meurt l'année suivante.
Voir aussi : Amand van der Straeten · Achille van der Straeten · Léon Claeys Boúúaert · la filature d'Eyne.