Article thématique

L'huilerie van der Straeten — le Bekemolen de Mullem

1794 – 1993
Histoire du moulin à eau et pressoir à huile de Mullem

Article de synthèse. Sources : acte d'achat 1794 (traduction dactylographiée, 13 p.) ; Gazette van Gend, 6, 10 et 20 mars 1794 ; comptes de l'huilerie 1799-1813 (analyse complète, 54 p.) ; lettre Verheyden, Lokeren, 30 décembre 1807 ; bilan 15 juin 1875 ; documents cadastraux Bekemolen (succession complète 1794-1993) ; Paul Bauters, Het Oostvlaams molenbestand, 1986 ; archives familiales.

Dernière mise à jour : 24 mars 2026.


Origines du Bekemolen (avant 1794)

Le Bekemolen de Mullem est attesté depuis le milieu du XIIIe siècle. Les premières traces remontent à environ 1250, lorsque les seigneurs de Mullem possédaient un moulin à eau sur la Molenbeek (appelée aussi Stampkotbeek en aval, sur le territoire de Zingem). Le 17 juin 1360, ces seigneurs vendirent leur bien, la seigneurie de « De Boeverije », à Pieter van Rokegem, seigneur de Kerkem et futur bourgmestre d'Audenarde.

Les penningkohieren (registres fiscaux) de Mullem de 1571 décrivent le moulin en ces termes : « Joos Devenyns haut in pachte van Jonckvr. Agnes van der Banck eenen watermeulen voor 120 L.P. en 12 carpers en 8 meukens taerwe tjaers... »[1] Le fermage annuel s'élevait donc à 120 livres parisis, 12 carpes et 8 meuken de froment. Pour donner un ordre de grandeur, un ouvrier agricole flamand gagnait environ 30 à 50 livres parisis par an au XVIe siècle : le loyer du moulin représentait donc 2,5 à 4 fois un salaire annuel (±60 000-100 000 euros mars 2026, estimation très approximative). Le meunier devait en outre entretenir les cames et les fuseaux du moulin à ses frais[4]. Les carpes du vivier avaient une valeur estimée à 48 sous parisis[2] (soit 2 livres 8 sous, ±1 200-2 000 euros mars 2026). Agnes van der Banck, propriétaire du moulin, était la seconde épouse de Joos Cabliau[3].

Le moulin à eau, initialement un moulin à grain (korenmolen), fut également équipé d'un pressoir à huile (oliestampkot) avant 1794. La beek qui alimentait le domaine, la Frankaertsbeek en amont (près de Wortegem), devenait la Molenbeek à Mullem, puis la Stampkotbeek à Zingem, avant de se jeter dans l'Escaut au-delà d'Asper. Le dénivelé de la beek étant insuffisant et le débit inconstant, un vivier de 30 ares avait été aménagé de longue date, complété par un bassin de retenue d'environ un hectare. Le vivier servait également de pêcherie, le droit de pêche étant attaché au seigneur local sous l'Ancien Régime.


L'acquisition de 1794

La vente aux enchères

Le 29 mars 1794, dans un contexte de profonde instabilité politique[5], Liévin François van der Straeten, alors greffier de la seigneurie d'Eyne, Heurne et Mullem, se porta acquéreur du Bekemolen, lors d'une vente aux enchères annoncée dans la Gazette van Gend les 6, 10 et 20 mars 1794.

Le bien, vendu à la requête de Pieter Joannes De Lepeleere (filius Francies) et de Jeanne Catharine Van Der Straete, était situé « ter Beke tegen de Kalsydeweg van Gend op Audenaerde » (au lieu-dit « ter Beke », le long de la chaussée de Gand à Audenarde, « en alzoo zeer gemakkelyk tot den transport »). Il comprenait :

Le domaine était divisé en cinq lots (coopen), avec possibilité d'accumulation.

Le mécanisme de l'enchère

La vente se déroula en trois séances (zitdagen), de quinze jours en quinze jours, précédées de trois publications dominicales dans les paroisses de Mullem, Zingem, Eyne, Heurne, Huysse, Lede, Auwegem et à la porte des Bègues d'Audenarde. Les séances eurent lieu « in de Herberge de Zwaene tegen de Kerke van het zelve Mullem »[7] (à l'auberge du Cygne, en face de l'église de Mullem), tenue par Emanuel De Coninck.

Lors de la première séance (1er mars 1794), le premier lot (la ferme, le moulin à eau et le pressoir à huile) fut mis à prix par Jacques Vander Straeten, de Gand, pour 350 livres de gros, monnaie de change[8], et un stoop de vin[6].

Lors de la troisième et dernière séance (29 mars 1794), les cinq lots furent accumulés et les enchères s'engagèrent entre plusieurs parties :

EnchérisseurMontant (livres de gros, monnaie de change)Vin
Joannes Francies Van Damme846
Joannes Francies Van Damme871
Emanuel De Coninck9508 stoopen
Bourgmestre Van Damme9752 stoopen
Emanuel De Coninck1 0004 stoopen
Joannes Francies Van Damme1 000 livres 10 schellingen (= 1 000½ livres)1 stoop
Emanuel De Coninck (adjudication)1 0011 stoop

Emanuel De Coninck, aubergiste de de Zwaene, déclara immédiatement agir pour le compte (commend) de Livinus Francies Van Der Straeten, greffier de cette paroisse, qui, présent, accepta le commandement. Joannes Francies Van Damme, bourgmestre de Mullem, se porta caution. Le prix total s'élevait à 1 001 livres de gros, monnaie de change (±230 000 euros mars 2026), augmenté du vingtième denier, des frais d'acte, des droits seigneuriaux et du droit de mutation[9].

Double enregistrement féodal et de droit commun[10]

L'acquisition, portant sur un bien tenu en fief du leenhove de Gavre, nécessita des actes distincts devant la juridiction de droit commun (burgemeester en schepenen de Mullem, 29 mars 1794) et devant la cour féodale (leenhove de Gavre, 16 avril 1794). Un acte complémentaire fut passé devant la juridiction de la seigneurie de Bertegem (enclavée dans Auwegem), le 14 avril 1794, pour les parcelles relevant de cette heerlijkheid. Liévin François prêta le serment de féauté (eedt van feauteytschap) et déposa un dénombrement (rapport ende dénombrement) de son fief auprès du greffier Varenbergh (12 mai 1794).

Le rôle de Liévin François dans cette transaction est remarquable : greffier de Mullem, c'est lui-même qui avait été « geauthoriseert » pour diriger la vente, recevoir les penningen et délivrer les quittances. La Gazette van Gend dirigeait d'ailleurs les intéressés vers « den Greffier van der Straeten tot Eyne bij Audenaerde ». Il était donc à la fois l'organisateur de la vente et l'acquéreur final, un cumul qui, s'il n'était pas illégal dans le droit flamand du XVIIIe siècle, témoigne de sa position dominante dans les affaires locales.

Un investissement stratégique

Ce n'était pas un achat de circonstance. Liévin François, juriste de formation, greffier en exercice, choisissait un actif productif déjà équipé d'une infrastructure opérationnelle : moulin à eau, pressoir à huile, bâtiments d'exploitation. La localisation, le long de l'axe Gand-Audenarde, garantissait un accès aux marchés urbains. Âgé de 40 ans, père de famille avec deux enfants en bas âge, il diversifiait ses revenus au moment précis où les institutions d'Ancien Régime commençaient à vaciller.


L'exploitation sous Liévin François (1794-1828)

La reconversion après le Temple

Avant même d'exploiter pleinement le Bekemolen, Liévin François traversa la tourmente de la Guerre des Paysans. Arrêté le 15 décembre 1798 comme otage du département de l'Escaut, il fut incarcéré au Temple à Paris pendant cinq mois, jusqu'à sa libération le 14 mai 1799.

Sa capacité de rebond fut remarquable. Le 18 floréal an VII (7 mai 1799), à peine cinq jours après sa libération, il adressait déjà à son homme de confiance De Meulemeester des directives architecturales détaillées pour l'extension du moulin de Mullem, accompagnées d'un croquis indiquant l'implantation des bâtiments et les calculs de capacité des réservoirs. Le 6 juillet 1799, soit 52 jours après sa sortie de prison, la première écriture comptable post-Temple apparaissait dans ses registres.

Le Bekemolen avait continué à fonctionner pendant sa détention. En 1797, Liévin François avait affermé le moulin à Jan-Baptist De Bosschere, qui assura la continuité de l'exploitation.

Les produits

L'huilerie produisait principalement :

  1. Zaepolie (huiles de graines) :

- Lijnolie (huile de lin), utilisée pour les textiles et la peinture ;

- Raapstij / Zaepolie (huile de colza), employée pour l'éclairage, la cuisine et la lubrification des machines.

- Vendues par stoop (±1,3-1,5 litres) au prix de 1,10-1,14 florins le stoop (1810-1811), soit environ 220-260 euros mars 2026.

  1. Raephoeken (tourteaux de colza) :

- Sous-produit du pressage, à haute teneur en protéines ;

- Utilisés comme engrais agricole et comme aliment pour le bétail ;

- Entre 4 000 et 5 000 unités documentées dans les registres (1808-1813) ;

- Prix moyen : 0,09 florins l'unité en vrac (±18-21 euros mars 2026).

Le cycle de production

Le cycle saisonnier de 1809 est documenté en détail dans le Grand Registre Comptable (page 40) :

La clientèle

Les registres comptables livrent un panorama de la clientèle régionale :

Le contexte du Blocus continental

Pendant le Blocus continental (1806-1813), les huiles locales devinrent stratégiquement essentielles. Les importations d'huiles coloniales (palme, coco) et méditerranéennes (olive) étant coupées, la demande intérieure pour le colza et le lin s'accrut considérablement. La région entre Gand et Audenarde, productrice abondante de lin et de colza, était idéalement positionnée. Les prix restèrent stables malgré l'instabilité monétaire (1809-1811), signe de la solidité des réseaux commerciaux de Liévin François.


Analyse financière : les fondements d'une fortune

L'analyse des 54 pages du Grand Registre Comptable Financier (item 224, fonds Duermael, Rijksarchief Gent), complétée par la lettre commerciale de Lokeren (1807), permet de reconstituer l'échelle des opérations de l'huilerie.

Revenus annuels estimés (période 1808-1813)

Source de revenusRecettes annuelles (florins)Équivalent mars 2026
Huile au détail (30-50 stoops/an)33-57 fl.±7 000-13 000 euros
Tourteaux (700-900 unités/an)63-81 fl.±13 000-19 000 euros
Commerce de gros (huiles et graines)1 100-1 500 fl.±220 000-345 000 euros
Fermages fonciers (pacht)290-360 fl.±58 000-83 000 euros
Mouture de grain, riz, activités annexes50-300 fl.±10 000-69 000 euros
Total estimé±1 500-2 300 fl./an±300 000-530 000 euros

Ce total représente 8 à 15 fois le salaire annuel d'un ouvrier agricole de l'époque (150-180 florins/an). Liévin François n'était pas un petit meunier artisanal : il contrôlait un réseau commercial d'envergure régionale.

La lettre de Lokeren : preuve du commerce de gros

La lettre de P.M. Verheyden l'aîné, datée de Lokeren le 30 décembre 1807, constitue un document clé. Elle documente un règlement unique de £ 2 196-7-10 (livres de gros, ±440 000-500 000 euros mars 2026) pour des livraisons d'huile de colza. Ce montant, correspondant à un seul partenaire commercial et à un seul règlement, dépasse à lui seul plusieurs années de recettes de détail. Il démontre que l'essentiel du chiffre d'affaires de l'huilerie provenait du commerce de gros, non de la vente au stoop.

Les grands comptes

Le registre comptable révèle cinq à sept partenaires commerciaux dont les comptes dépassent chacun 300 florins :

PartenaireMontant (florins)Équivalent mars 2026
Sieur Williams (Williame Debaerez ?)1 275 + 1 094±475 000 euros
Joannes Prap1 199±240 000 euros
Frances Broche980±196 000 euros
Conterych368 + 213±116 000 euros
Frances de Cock376±75 000 euros
P.M. Verheyden (Lokeren)£ 2 196-7-10±440 000-500 000 euros

Ces grands comptes cumulent environ 7 700 florins sur 5 à 7 ans, auxquels s'ajoutent les milliers de florins du compte Verheyden. Le Rijksarchief a raison de qualifier Liévin François de « zakenman/olieslager in Eine » : homme d'affaires et presseur d'huile.

Un bailleur de crédit informel

Plusieurs comptes montrent que Liévin François prêtait de l'argent ou consentait des délais de paiement considérables. Les créances Broche (980 florins) et Prap (1 199 florins) représentent chacune plusieurs années de revenus agricoles pour les débiteurs, ce qui suggère un rôle de banquier informel, position classique du greffier-notaire dans la Flandre rurale.


La transition (1828-1873)

Au décès de Liévin François le 8 novembre 1828, la veuve Isabelle Duermael et le fils aîné Amand poursuivirent l'exploitation. La liasse de comptes du fonds Duermael (item 249, IMG_0974-1 à 26) couvre les années 1814-1839, documentant la transition progressive de Liévin François à la veuve, puis à Amand.

En juillet 1838, des ventes de « stoop olie » et de « raephoekre » sont encore enregistrées. Cette même année, Amand acheta 50 sacs de graines de lin (lijnzaed) à Louis Maryns pour 666 florins 5 stuivers (±133 000-153 000 euros mars 2026), signe que l'activité de gros se maintenait.

L'huilerie semble avoir fonctionné en arrière-plan pendant toute la carrière d'Amand comme bourgmestre (1830-1873), parallèlement à ses engagements politiques et à la création de la leerwerkhuis (1856) puis de la filature de lin (1864). L'acte de partage du 11 juin 1847 (notaire Heyse) attribua formellement le Bekemolen à Amand Jean Norbert van der Straeten, bourgmestre d'Eine.


Les modernisations techniques

La machine à vapeur (1836)

Le 27 août 1836, la Bestendige Deputatie (Députation permanente) de la province de Flandre orientale autorisa l'installation d'une première machine à vapeur au Bekemolen. Le moulin à grain et le pressoir à huile furent dès lors actionnés par la combinaison de l'eau et de la vapeur. Cette modernisation, intervenue sous la gestion d'Amand, témoigne d'un investissement continu dans l'outil de production.

La machine Sulzer (45 CV)

D'après les affiches de mise en vente de 1891, le stoomtuig (machine à vapeur) installé au Bekemolen était du type Sulzer, d'une puissance de 45 chevaux-vapeur. Les frères Sulzer de Winterthur (Suisse), fabricants réputés depuis 1834, fournissaient des machines à vapeur dans toute l'Europe. Vers 1880, la firme Carels de Gand fabriquait des machines à vapeur du type Sulzer, ce qui expliquerait le fournisseur local.

Évolution ultérieure

Le bilan de 1875 : l'huilerie sous Achille

Le bilan arrêté le 15 juin 1875 porte le titre : « Duplicata du 29e Bilan arrêté le 15 juin 1875, fabrique d'huile de Lin à Mullem. » Il est signé par Achille van der Straeten et enregistré à Audenarde le 31 décembre 1875.

Le total des actifs s'élevait à 166 847 florins (±33-38 millions euros mars 2026), dont :

La mention de « fabrique d'huile de Lin » (et non plus simplement d'huile de colza) dans le titre du bilan suggère que la production s'était adaptée à l'évolution du marché. L'ampleur des actifs indique une exploitation industrielle, bien au-delà de l'artisanat initial. En 1875, l'huilerie représentait 16 847 florins d'actifs nets, au moment même où Achille consolidait la filature de lin et d'étoupes avec un capital de 750 000 francs.


La succession cadastrale complète (1794-1993)

Les documents cadastraux du Bekemolen permettent de reconstituer l'intégralité de la chaîne de propriété sur deux siècles :

DateActePropriétaire
Avant mars 1794De Lepeleere Pieter Joannes, Mullem
29 mars 1794Vente publiquevan der Straeten Livinus Francies, greffier, Eine
Avant 1834Veuve van der Straeten-Duermael, sans profession, Eine
11 juin 1847Partage (not. Heyse)van der Straeten Amand Jean Norbert, bourgmestre, Eine
25 nov. 1873Succession (décès Amand)Veuve (½ usufruit) et enfants
27 sept. 1880Partagea) van der Straeten Achille, propriétaire, Mullem ; b) van der Straeten Adilie, propriétaire, Eine
22 déc. 1913Succession (décès Adilie)van der Straeten-Van den Peereboom Achille, propriétaire, Eine
14 juin 1918Succession (décès Mme Van den Peereboom)Achille et enfants
9 avril 1921Succession (décès Achille)Les enfants
5 juin 1924Partage (not. Verleyen)van der Straeten Pierre Marie Joseph, industriel, Eine ; « ferme avec moulin à eau »
3 déc. 1954Partage (not. De Staercke)van der Straeten-de Neve de Roden Jacques, employé, Bruxelles
15 juil. 1963Vente (not. De Staercke)van der Straeten-Solvijns Achille Theodore Marie Joseph, industriel, Mullem ; « gebouwen van water- en stoommolen en windmolen »
1993Succession (décès Achille)Veuve (usufruit) et 6 enfants (chacun ⅙ nue-propriété)

L'échange entre Jacques et Achille (1954-1963)

Parmi les transferts les plus significatifs de la fin du XXe siècle figure le passage du Bekemolen entre deux frères, fils de Pierre van der Straeten (1889-1926) : Jacques van der Straeten (époux de Neve de Roden, employé à Bruxelles) et Achille van der Straeten (époux Solvijns, industriel à Mullem). Le 3 décembre 1954, lors du partage successoral (notaire De Staercke), le Bekemolen échut à Jacques, qui résidait à Bruxelles. Moins de neuf ans plus tard, le 15 juillet 1963, Jacques revendit l'ensemble des bâtiments (moulin à eau, moulin à vapeur et moulin à vent) à son frère Achille, qui vivait et travaillait sur place à Mullem. Cet achat par Achille assura le maintien du domaine dans les mains d'un van der Straeten résidant à Mullem, perpétuant le lien physique entre la famille et le site. Les enfants d'Achille héritèrent en 1993.


Cinq générations, 199 ans (1794-1993)

Le Bekemolen resta dans les mains de la famille van der Straeten de 1794 à 1993, soit 199 ans et cinq générations consécutives :

GénérationExploitantPériode
Sosa 128Liévin François van der Straeten (1754-1828)1794-1828
Sosa 64Amand van der Straeten (1807-1873)1828-1873
Sosa 32Achille van der Straeten (1843-1921)1873-1921
Sosa 16Pierre van der Straeten (1889-1926)1921-1926
Sosa 8Achille van der Straeten (1914-2001)1926-1993

L'inventaire des moulins de Flandre orientale réalisé en 1986 par Paul Bauters (Het Oostvlaams molenbestand) recense encore deux moulins à Mullem, Staatsbaan 1, propriété d'« Achiel van der Straeten » [= Achille, Sosa 8] :

En 2014-2017, l'ensemble du domaine, incluant le bâtiment du moulin à eau, fut mis en vente.


Sources

Sources primaires (archives familiales)

Sources publiées

Analyses

[1] Documents cadastraux Bekemolen (archives familiales), section « Beschrijving / Geschiedenis », citant les penningkohieren de Mullem de 1571.

[2] Le schelling parisis, en français sou parisis, est une subdivision de la livre parisis : 1 livre parisis = 20 sous parisis. Le système parisis, en usage dans les Flandres jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, coexistait avec le système tournois (1 livre tournois = 20 sous tournois), la livre parisis valant 1,25 livre tournois.

[3] L'identité de Joos Cabliau n'est pas précisée dans les documents cadastraux du Bekemolen, qui mentionnent simplement qu'Agnes van der Banck était sa seconde épouse. La famille Cabliau (ou Cabillau) est attestée dans la noblesse flamande depuis le XIIIe siècle, notamment à Audenarde et dans le pays d'Alost, mais le lien avec ce Joos reste à établir.

[4] Les cames (nl. kammen) sont les dents en bois dur fixées sur l'arbre moteur du moulin ; elles engrènent avec les fuseaux (nl. spillen), tiges verticales disposées en cercle sur le rouet, pour transmettre la rotation de la roue à eau aux meules. L'entretien de ces pièces d'usure, soumises à des contraintes mécaniques importantes, représentait un coût récurrent significatif pour le meunier.

[5] En mars 1794, les Pays-Bas autrichiens étaient repassés sous contrôle des Habsbourg depuis la victoire autrichienne de Neerwinden (18 mars 1793), après une première occupation française (novembre 1792, bataille de Jemappes). Mais la situation restait précaire : trois mois plus tard, la victoire française de Fleurus (26 juin 1794) marqua la conquête définitive de la Belgique par la France révolutionnaire. La vente du Bekemolen eut donc lieu dans un entre-deux, sous souveraineté autrichienne restaurée mais menacée.

[6] Ce « Sieur Jacques Vander Staaeten tôt Gendt » (graphie exacte de l'acte ; lire « Vander Straeten », le double « a » étant une erreur manifeste du scribe ou de la transcription dactylographiée) est un homonyme résidant à Gand, sans lien de parenté établi avec Liévin François. Les frères et sœurs connus de ce dernier (Sébastien, Marie Alexandrine, Jean François, Marie Lucie, Jean Antoine, Constantin, Caroline Livine, Adrien, Norbert), documentés par l'inventaire Standaert de 1782 et la généalogie Claeys Boúúaert, ne comptent aucun Jacques. Le nom van der Straeten était fréquent en Flandre orientale.

[7] Gazette van Gend, 6 mars 1794. La graphie « de Zwaene » (le Cygne) est celle de l'annonce originale. L'auberge, tenue par Emanuel De Coninck (graphie alternative « de Koningh » dans la Gazette), était située en face de l'église paroissiale de Mullem. C'est dans cette même auberge que se tinrent les trois séances de la vente et que le « schepenhuis » (maison échevinal) avait son siège, comme le précise l'acte : « ten huize van Emmanuel De Coninck bij de Kercke te Mullem ».

[8] En néerlandais : ponden grooten wisselgheldt. La livre de gros, monnaie de change (pond groot wisselgeld) était l'unité de compte standard pour les transactions immobilières dans les Flandres à la fin de l'Ancien Régime. Elle se distinguait de la livre de gros courante (courant geld) par un taux de change fixe : 1 livre de gros wisselgeld = 6 florins de change. Une livre de gros se subdivisait en 20 escalins (schellingen) de gros. L'acte de 1794 est intégralement libellé dans cette monnaie.

[9] L'acte détaille quatre catégories de frais qui s'ajoutaient au prix d'adjudication : (1) le vingtième denier (nl. twintigsten penning), soit 5 % du prix de vente, taxe de mutation perçue au profit du seigneur féodal (ici le prince de Gavre) ; sur 1 001 livres, cela représente environ 50 livres (±11 500 euros mars 2026) ; (2) les frais d'acte (nl. conditien), comprenant la rédaction des conditions de vente, les publications dans les paroisses, l'insertion dans la Gazette van Gend, les journées et vacations de l'homme de confiance du vendeur, le mesurage et la régulation de la vente ; (3) les droits seigneuriaux (nl. heeren rechten), variables selon les seigneuries dont relevaient les parcelles (leenhove de Gavre, heerlijkheid de Mullem, heerlijkheid de Bertegem) : relief, droit de chambrelage, dixième denier en cas de mutation par achat ; le relief (nl. relief) était la taxe due au seigneur féodal chaque fois qu'un fief changeait de main (par vente, héritage ou donation), sorte de « droit d'entrée » payé par le nouveau vassal pour être admis à tenir le fief ; le chambrelage (nl. camerlijnck geldt, littéralement « argent de chambre ») était une redevance complémentaire au relief, versée au chambellan ou à la chambre du seigneur pour couvrir les frais administratifs de l'investiture ; l'acte fixe ces montants à 10 livres parisis de relief et 20 sous parisis de chambrelage (±2 500-4 000 euros mars 2026 au total, estimation approximative pour des livres parisis de 1794) ; (4) le droit de mutation (nl. wandelcoop, aussi appelé marckgelt), taxe due au seigneur foncier lors de tout transfert de propriété, variable selon les coutumes locales (du dixième au vingtième denier selon les seigneuries). Au total, ces frais pouvaient représenter 10 à 15 % du prix d'adjudication, soit 100 à 150 livres supplémentaires (±23 000-34 500 euros mars 2026), portant le coût réel de l'acquisition à environ 1 100-1 150 livres (±253 000-265 000 euros mars 2026).

[10] Ce double enregistrement, étranger au système juridique actuel, s'explique par la coexistence, sous l'Ancien Régime, de deux régimes fonciers superposés. Le droit commun (ou droit échevin) régissait les biens « allodiales » (libres de toute charge féodale) : la vente se concluait devant le bourgmestre et les échevins (burgemeester en schepenen) de la paroisse, qui procédaient au « dessaisissement et saisissement » (uuterffenisse ende erffenisse), l'équivalent de notre actuelle transcription hypothécaire. Le droit féodal, lui, régissait les biens « tenus en fief » (leengoederen) d'un seigneur suzerain : l'acquéreur devait en outre se présenter devant la cour féodale (leenhove) dont relevait le fief, y prêter le serment de féauté (eedt van feauteytschap) et y déposer un dénombrement (rapport ende dénombrement), description détaillée du bien, de ses limites et de ses charges. Le Bekemolen relevait du leenhove du « princelijken lande van Gavre », c'est-à-dire de la cour féodale de la principauté de Gavere, dont le seigneur était en 1794 le comte d'Egmont, prince de Gavere et du Saint-Empire, chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or. Le bien chevauchant en outre plusieurs seigneuries (Mullem, Bertegem), chaque juridiction locale exigeait un acte séparé. En pratique, l'acheteur subissait donc une double ponction, chacune prélevée par un circuit distinct. Au niveau paroissial, c'est le greffier de la paroisse qui percevait les droits échevinaux (frais de greffe, de sceau, d'enregistrement) ; l'acte de Mullem le dit explicitement : Liévin François van der Straeten, greffier, est « geauthoriseert [...] omme de penningen daer van staende te provenieren te ontfangen ende de coopers daer van quittentie informels verlenen » (autorisé à recevoir les deniers provenant de la vente et à délivrer aux acheteurs les quittances). Au niveau féodal, c'est le greffier de la cour féodale qui percevait les droits seigneuriaux pour le compte du seigneur suzerain ; pour le leenhove de Gavre, le greffier P.B. Varenbergh délivra un reçu attestant que Liévin François avait payé « de som van drij ponden drij schellingen » (3 livres 3 sous) pour la formalité féodale, et déclara recevoir « over sijne Hoogheijt den grave van Egmont » (au nom de Son Altesse le comte d'Egmont) le dénombrement du fief. Lorsque le bien chevauchait en outre plusieurs seigneuries, comme c'était le cas du Bekemolen (leenhove de Gavre, heerlijkheid de Mullem, heerlijkheid de Bertegem), chaque juridiction prélevait ses propres droits via son propre greffier ou receveur, multipliant d'autant le coût et la paperasse. La situation de Liévin François est ici piquante : en tant que greffier de Mullem, il était, pour la partie échevinal, à la fois le percepteur des droits et l'acheteur qui les devait. Ce système disparut avec l'annexion française (1795-1796), qui abolit la féodalité et instaura le régime hypothécaire moderne, avec un seul bureau d'enregistrement et un seul droit de mutation.

Sommaire
Origines du Bekemolen (avant 1794)L'acquisition de 1794L'exploitation sous Liévin François (1794-182…Analyse financière : les fondements d'une for…La transition (1828-1873)Les modernisations techniquesLe bilan de 1875 : l'huilerie sous AchilleLa succession cadastrale complète (1794-1993)Cinq générations, 199 ans (1794-1993)Sources