Génération IV

Pierre van der Straeten

1889 – 1926
Estimation d'après le GEDCOM du 28 juillet 2026 : environ 87 descendants, dont 50 nés van der Straeten.
Dernière génération à la tête de l'usine

Établie par Geoffroy van der Straeten, mai 2026.


Pierre van der Straeten
vers 1913. Pierre van der Straeten. photo n° 24

Fiche d'identité

NomPierre Marie Joseph Liévin Ignace Henri van der Straeten
NaissanceEyne, 15 novembre 1889
DécèsEyne, 10 novembre 1926, à 36 ans
ParentsAchille van der Straeten (1843-1921) et Marie Emma van den Peereboom (1854-1918)
ÉpouseYvonne Moens de Hase (1889-1924), mariage le 13 septembre 1913
EnfantsSix, dont Louis mort à cinq ans en 1921 ; les cinq survivants seront les orphelins d'Eyne placés sous tutelle en 1926
ParticularitéDernière génération à la tête de la fabrique d'Eyne ; sa succession ouvre la crise de tutelle de 1926

Repères chronologiques

I. Famille et milieu

Pierre Marie Joseph Liévin Ignace Henri van der Straeten naît à Eyne le 15 novembre 1889. Il est le neuvième des dix enfants d'Achille François Justin van der Straeten (1843-1921) et de Marie Emma Joanna Xaveria Cornelia van den Peereboom (1854-1918).

Atteignent l'âge adulte : Marie-Antoinette (1877-1937), Marie-Thérèse (1880-1969, épouse de Léon Claeys Boúúaert), Madeleine (1885-1951, Dame du Sacré-Cœur, Newcastle-on-Tyne, 1918), Anne-Marie (1886-1965, épouse de Paul Moens de Hase), Joseph (1888-1918, mort de la grippe espagnole à Paris), Pierre, et Agnès (1892-1966).

Deux enfants meurent en bas âge : Joseph (°1881, †4 avril 1885, à trois ans) et Paula (°1882, †8 septembre 1885, à trois ans). La survenue de ces deux décès la même année évoque une cause épidémique : la variole sévissait encore en Flandre dans les années 1880, aux côtés de la diphtérie, de la scarlatine et de la fièvre typhoïde. Un troisième enfant, Amand François (1878-1893), meurt à quinze ans, mort précoce mais distincte des épidémies infantiles de 1885, dont la cause reste à établir par les registres paroissiaux d'Eyne.

Son père Achille dirige à la fois la commune d'Eyne, dont il est bourgmestre depuis 1873, et la filature de lin d'Eyne, fondée en 1864 et rachetée en 1885. Pierre est le cadet des fils survivants. Son frère Joseph, d'un an son aîné, s'était engagé dans la voie du séminaire avant la guerre ; il meurt de la grippe espagnole en octobre 1918. Léon Claeys Boúúaert, beau-frère de Pierre, assurait déjà la direction effective de la fabrique.


II. Yvonne Moens de Hase

Yvonne Pauline Émilie Marie Hubertine Joséphine Moens de Hase naît à Alost le 1er mars 1889, fille de Théodore Moens de Hase (1859-1904) et de Marguerite De Coen (1868-1961), d'une famille de la bourgeoisie alostoise alliée aux van der Noot de Vrechem. Son père meurt quand elle a quinze ans ; sa mère lui survivra trente-sept ans et deviendra tutrice de ses enfants. Ses origines, sa vie et sa descendance font l'objet de sa propre notice.

III. Le double mariage du 13 septembre 1913

Le 13 septembre 1913, une double cérémonie se tient à Eyne : Pierre épouse Yvonne Moens de Hase, tandis que sa sœur Anne-Marie épouse Paul Moens de Hase, frère d'Yvonne. Les faire-part établissent le fait : deux enfants d'une famille épousent deux enfants d'une autre, le même jour, au même endroit. [L'hypothèse d'une stratégie de consolidation d'alliance entre familles bourgeoises industrielles flamandes est plausible, mais aucune pièce du fonds n'établit l'intention des familles.]

Selon la tradition familiale transmise par la branche Claeys Boúúaert, le mariage de Pierre et d'Yvonne ne fut pas heureux. Pierre avait un penchant pour la boisson qui pesa sur la vie du ménage.

Le voyage de noces et la maison. Le carnet de Léon Claeys Boúúaert, beau-frère des deux mariés, note à la date : « Le 13 Septembre, doubles noces de Pierre & d'Anne-Marie. Voyage des premiers en Italie, des seconds en Espagne. […] Pour Pierre & Yvonne, on commence la construction d'un petit château, au-delà de notre jardin (achat 1911). »[carnet 1913] Le carnet est la seule source du voyage d'Italie, auquel se rattachent les photographies de Venise conservées dans le fonds, et de l'achat du terrain en 1911, deux ans avant le mariage, sur lequel s'élèvera la maison dite den Dyckbosch.


IV. Les six enfants (1914-1922)

Prénom(s)LieuDateDécès
Achille Théodore Marie Joseph GhislainGand11 juillet 191417 décembre 1987
Louis Marie JosephEyne12 octobre 1915Gand, 29 juin 1921 (5 ans)
Marguerite dite DaisyEyne19 juillet 1917décédée, date non relevée
Joseph dit JoeGand2 décembre 19182010
JacquesEyne20 avril 1920décédé, date non relevée
Étienne dit TournesolEyne5 août 19222005

Achille naît à Gand, vraisemblablement lors d'un séjour chez la famille maternelle Moens de Hase/De Coen. [Le lieu de naissance de Joseph, lui, n'est pas documenté.] Louis meurt à cinq ans en 1921, la même année que son grand-père Achille.

Achille Théodore (1914-1987) est Sosa 8 de Geoffroy van der Straeten.


V. Le patrimoine foncier (1909-1924)

Avant son mariage, Pierre constitue un patrimoine foncier propre à Eyne, souvent en indivision avec son frère Joseph. Le 9 décembre 1909, Georges De Graene, avocat à Bruxelles, leur vend conjointement des terres à Eyne (acte du notaire J.-E. De Beer, Sainte-Marie-Horebeke). Le 18 décembre 1913, quelques mois après son mariage, Pierre achète seul un bien de Joseph Maroy (notaire Vandermeersch, Audenarde). Après son veuvage, le 8 juillet 1924, Pierre échange deux parcelles de terre à Middelkouter/Marolle avec Alidor-Louis De Vriese (notaire Arthur Verleyen), d'environ 4a14ca chacune, valorisées à 1000 francs pièce.

VI. L'industriel et l'occupation (1911-1917)

Le congrès de Lille (1911). Le carnet de son beau-frère Léon Claeys Boúúaert atteste l'activité industrielle de Pierre : « Vais avec Pierre au Congrès des filateurs à Lille ; visitons filatures Laurent (à Halluin), Gantoise, Lieve et Ste Sauveur. » Le feuillet appartient aux années d'avant-guerre ; la mention, sur la même page, du projet de loi scolaire de Schollaert le situe en 1911.[carnet] Les deux beaux-frères visitent ainsi deux établissements gantois et une filature du Nord. Voir la filature d'Eyne.

Le terrain de football (1911). La même année, à vingt et un ans, Pierre prend à bail un pré d'Eyne pour y faire jouer au football. Le fermier Emiel D'haenens lui permet d'utiliser « mijne weide gelegen nabij mijne hofstede te Eyne » comme « footballplein », pour les entraînements, les matchs, le sport et d'autres fêtes, à partir du 1er octobre 1911, pour quarante francs la première année, puis vingt francs par an. Le bail est signé « P. van der Straeten ». Le pré entre ensuite dans la famille, à une date que les pièces conservées ne donnent pas : en 1945, ses « huidige eigenaars » sont les enfants de Pierre.[football]

Octobre 1914. « Le ménage Pierre & Yvonne, après tentative de fuite vers la Hollande, restent à Gand chez Mme Moens. » La même page rapporte que sa sœur Anne-Marie et son beau-frère Paul, eux, tentent la France, sont arrêtés par les combats et restent bloqués à Knokke, et que sa sœur Madeleine, religieuse, se réfugie à Newcastle-on-Tyne. Pierre et Yvonne passent donc le début de l'occupation chez la mère d'Yvonne, à Gand, et non au Dyckbosch.

1916-1917 : la régie de la viande. Sous l'occupation, Pierre siège à la commission locale de ravitaillement. « Difficultés de Pierre au sujet de la régie de la viande ; un règlement allemand subordonne cette régie à une sorte de nouveau comité (Provinz. Bevoorraadingscommissie). L'instituteur Matthys cherche des difficultés et crée des misères à la commission locale, si bien qu'il finit par s'y imposer comme membre, sur quoi Pierre se retire. » C'est la seule fonction publique connue de Pierre ; elle s'achève par son retrait.


VII. La décennie des deuils (1918-1926)

En moins de huit ans, Pierre perd successivement :

Arrivé à l'Hôpital Saint-Joseph de Paris le vendredi 11 octobre 1918 dans l'après-midi, il meurt le samedi 12 vers 15 h, moins de vingt-quatre heures plus tard. L'abbé G. Billecocq, appelé à son chevet le samedi matin (1 rue Pierre Larousse, Paris XIV), rapporte dans sa lettre du 16 novembre 1918 qu'il avait ce jour-là « 6 cas de mourants de la fameuse grippe » et qu'il avait rarement vu un malade accueillir la mort avec pareil héroïsme. À Eyne, en ce même octobre 1918, Yvonne était enceinte de huit mois ; son fils Joseph, né le 2 décembre 1918, reçoit le prénom de l'oncle mort sept semaines plus tôt.


VIII. Le décès d'Yvonne (1924)

Yvonne Moens de Hase meurt le 4 mai 1924, à trente-cinq ans, d'une tuberculose pulmonaire. La cause est nommée à l'époque même par Léon Claeys Boúúaert dans son carnet : « elle meurt le 4 mai (âgée de trente cinq ans) de la tuberculose pulmonaire » ; il avait noté la maladie dès 1922 : « Yvonne, la femme de Pierre V.d.S. est menacée de tuberculose. »[tuberculose]

La grippe de 1918. La grippe espagnole de 1918 a fait davantage de victimes dans la famille que les quatre années de guerre. Le beau-frère d'Yvonne, Joseph van der Straeten, séminariste à Saint-Sulpice, à Paris, meurt le 12 octobre 1918 : arrivé à l'hôpital Saint-Joseph le vendredi après-midi, mort le samedi vers trois heures ; le prêtre qui l'assista avait ce jour-là « 6 cas de mourants » de la grippe.[Billecocq] Du côté de la famille alliée Hambye, la fille Denise, vingt-cinq ans, tombe malade le 21 octobre et meurt le 25 ; sa mère Marie Descamps meurt le 12 novembre. Toutes deux soignaient des évacués français. Leur père note dans son journal de guerre : « au milieu de nos inquiétudes, les événements de la guerre, devenus si préoccupants, ne passent qu'au second rang ». Pour les Hambye, la grippe fut ainsi plus meurtrière en trois semaines que la Grande Guerre en cinquante-deux mois.[grippe]

La grossesse d'Yvonne. Pendant cette deuxième vague, la plus meurtrière, Yvonne est enceinte : son fils Joseph, prénommé d'après l'oncle mort en octobre, naît le 2 décembre 1918, quelques semaines après la libération d'Eyne le 2 novembre. La surmortalité des femmes enceintes lors de la pandémie de 1918 est un fait épidémiologique établi, de même que la propension de ce virus à frapper les adultes jeunes plutôt que les personnes âgées.

L'hypothèse proposée est celle d'une santé durablement entamée en 1918, qui aboutit six ans plus tard à la tuberculose qui l'emporte. Pleurésie et tuberculose ne sont pas deux causes concurrentes : chez un jeune adulte de cette époque, la pleurésie tuberculeuse est la forme d'entrée de la maladie. Elle peut régresser d'elle-même, mais elle est alors suivie, avec une forte probabilité, d'une tuberculose pulmonaire dans les cinq années suivantes ; l'intervalle qui sépare l'automne 1918 du printemps 1924 tombe dans cette fenêtre. S'y ajoute un usage d'époque : avant les antibiotiques, « pleurésie » servait couramment de mot public pour une tuberculose qu'on ne nommait pas. Le carnet de Léon, écrit privé, emploie le terme médical.[médecine]

[Attesté : la tuberculose pulmonaire, nommée par une source contemporaine et connue de la famille dès 1922. Non attesté : son point de départ. Aucune pièce médicale concernant Yvonne n'est conservée dans le fonds, et rien n'y documente une pleurésie. Le lien avec 1918 demeure une hypothèse.]

La mort de Pierre. Pierre meurt de la même maladie. Le carnet de Léon, deux ans et demi plus tard : « Mon beau-frère Pierre Van der Straeten, malade depuis plusieurs mois est administré fin octobre — meurt le 10 novembre (laryngite tuberculeuse — organisme usé par excès de boisson) — il laisse cinq enfants orphelins de père et de mère. » La forme laryngée est, à cette époque, une complication classique d'une atteinte pulmonaire.

La mention « organisme usé par excès de boisson » n'est pas un constat médical, mais l'appréciation d'un beau-frère, portée dans un carnet privé, sur le mode de vie d'un homme dont il allait devoir élever les enfants. Aucune autre pièce du fonds ne la confirme ni ne la contredit. [Une contamination de Pierre par son épouse est l'explication la plus simple de sa tuberculose ; aucune source ne l'atteste.]


IX. Alma De Cuyper, la gouvernante (1924-1926)

Après le décès d'Yvonne en mai 1924, Pierre confie la maison et l'éducation des cinq enfants à une gouvernante, Colette Alma De Cuyper, désignée "A. De Cuyper" ou "Alma De Cuyper" dans les pièces privées, son prénom Colette n'apparaissant que dans les procédures judiciaires de 1926. Elle s'installe durablement au foyer d'Eyne.

Selon la tradition familiale transmise par la branche Claeys Boúúaert, la présence d'Alma De Cuyper était une source de malaise dans la parenté catholique : elle vivait avec une autre femme, situation considérée comme scandaleuse dans les milieux du patriciat flamand catholique des années 1920.

Yvonne elle-même, avant sa mort, aurait exprimé à son notaire ses réticences à maintenir Alma De Cuyper de façon permanente au foyer, information relatée dans le brouillon d'entretien de Léon Claeys Boúúaert du 18 novembre 1926.


X. Le testament olographe, 4 juillet 1926

Description de la pièce. Le procès-verbal dressé au Palais de justice d'Audenarde le 18 novembre 1926, devant Hubert Van Lierde, président du Tribunal de première instance, sur présentation du notaire Arthur Verleyen et en exécution de l'article 1007 du Code civil, décrit l'écrit avant de le déposer : « Le testament dont question, rédigé en langue française et daté du quatre juillet mil neuf cent vingt-six, est écrit sur un timbre de dimension de cinq francs. Le texte remplit le recto et le verso du feuillet portant les empreintes du timbre et la moitié d'une troisième page. » Trente-huit lignes au recto, trente-huit au verso, dix-huit sur la page suivante. Pour identifier la pièce sans équivoque, le tribunal en cite trois fragments, les seuls mots de Pierre qui nous soient parvenus mot à mot : la première ligne de la troisième page, « Mère, mes frères et sœurs pour toutes » ; une ligne ne portant qu'une syllabe, « le », dernière du mot « intellectuelle » ; et l'avant-dernière, « Dans vos prières ».[PV 1926]

L'acte est trilingue par strates : l'acte de dépôt du notaire d'Eyne est rédigé en néerlandais, l'ordonnance du tribunal d'Audenarde en français, et l'écrit de Pierre lui-même en français.

Le 4 juillet 1926, soit quatre mois avant sa mort, Pierre rédige de sa main un testament olographe dans lequel il désigne Alma De Cuyper tutrice testamentaire de ses cinq enfants mineurs. Ce testament est légalement opposable en vertu de l'article 397 du Code civil, qui reconnaît au père survivant le droit de nommer un tuteur par testament. Il sera au cœur de la crise familiale de l'automne 1926.

Le texte intégral est donné à part : le testament de Pierre, 4 juillet 1926. On y trouve aussi ses dispositions funéraires, les legs à ses domestiques, et la seule trace connue dans le fonds d'une volonté testamentaire de son père Achille.

Pierre van der Straeten décède à Eyne le 10 novembre 1926, à trente-six ans, cinq jours avant son trente-septième anniversaire. Il laisse cinq enfants orphelins de père et de mère, âgés de quatre à douze ans.


XI. La crise de la tutelle (novembre-décembre 1926)

a. La mobilisation familiale

La désignation d'Alma De Cuyper comme tutrice testamentaire déclenche une mobilisation immédiate et concertée des deux branches familiales, van der Straeten et Moens de Hase. Léon Claeys Boúúaert, bourgmestre d'Eyne, beau-frère de Pierre (mari de sa sœur Marie-Thérèse) et figure d'autorité de la famille depuis la mort d'Achille en 1921, conduit les démarches.

b. L'entretien du 18 novembre 1926

Huit jours après la mort de Pierre, Léon Claeys Boúúaert conduit à Eyne un entretien privé avec Alma De Cuyper, dont il rédige un brouillon manuscrit pour ses archives personnelles. Alma refuse d'abord de renoncer, invoquant une promesse faite au père mourant, l'avis de son propre avocat, et un sentiment de légitimité morale. Léon contre-argumente : la famille conteste la capacité d'Alma à exercer la tutelle, et propose l'arbitrage du doyen ou de l'évêque.

c. Le pacte privé du 22 novembre 1926

Les négociations aboutissent le 22 novembre 1926 à un acte sous seing privé signé à Eyne. Alma De Cuyper renonce à la tutelle en échange de trois contreparties :

La troisième condition porte sur la conduite du ménage : Alma continue d'habiter la maison avec les enfants, avec les domestiques de son choix, et reçoit les fonds nécessaires pour les élever ; elle s'engage à rendre compte de toutes les dépenses. L'acceptation est signée au nom de la famille par Léon Claeys Boúúaert et par un second signataire, vraisemblablement Marie-Antoinette van der Straeten (1877-1937), sœur aînée de Pierre.

d. Le conseil de famille du 7 décembre 1926

Le 7 décembre 1926, le conseil de famille se réunit au greffe de la Justice de paix du canton d'Audenarde, sous la présidence du juge Paul Minne.

Ligne paternelle (van der Straeten) : Léon Claeys Boúúaert (industriel, bourgmestre d'Eyne, beau-frère de Pierre) ; Marie-Antoinette van der Straeten (sœur de Pierre, célibataire) ; Paul Moens de Hase (beau-frère par alliance, oncle maternel par le sang).

Ligne maternelle (Moens de Hase) : Marguerite De Coen (grand-mère maternelle, Gand) ; Antoine Moens de Hase (frère d'Yvonne, ingénieur à Alost) ; Willy Moens de Hase (frère d'Yvonne, Melle).

Alma De Cuyper démissionne officiellement sur le fondement de l'article 432 du Code civil (non-parenté), convertissant en acte légal la renonciation pécuniaire du 22 novembre. Le conseil nomme :

Le Tribunal de première instance d'Audenarde homologue la délibération le 28 décembre 1926. Jugement enregistré fiscalement le 18 janvier 1927. Expédition transmise par Me Albert De Riemaecker au bourgmestre d'Eyne le 8 mars 1927.

e. Ce que disent les pièces du conseil de famille

Six pièces nouvelles précisent le déroulement de ces trois semaines.

Les notes de séance du 7 décembre 1926. Une feuille double, manuscrite à l'encre violette avec des ajouts au crayon, est l'aide-mémoire de la réunion : valeurs, décisions, chiffres. Elle note d'abord ce que le conseil doit connaître du patrimoine : la valeur des immeubles de la succession d'Achille (partagés ou indivis, pour un sixième) et ceux des Moens de Hase, la valeur du portefeuille (« 200 000 », corrigé sur « 250 000 », en estimation globale), et « 1/6 de l'actif net de l'usine A.V.d.S. d'après le bilan », bilan arrêté au 19 novembre 1926 et remis en communication, avec l'indication que l'industrie sera continuée pour le compte des mineurs. Le mobilier, les bijoux et l'argenterie sont à inventorier ; s'y ajoutent à part un cheval et une voiture (4 000 francs), des chiens (200) et de la volaille (3 000).

Les décisions sont inscrites dans l'ordre : renonciation d'Alma ; tutrice, Mme Théodore Moens de Hase ; subrogé tuteur, Léon Claeys Boúúaert ; subrogé tuteur ad hoc, Rousseau (à mentionner dans l'acte de notoriété) ; le conseil autorise la tutrice à continuer l'industrie au nom des mineurs, à convoquer par le tribunal, aux soins de Me Albert De Riemaecker ; il fait relever les meubles et objets à conserver, avec estimation, et autorise leur conservation en nature ; les dépenses sont estimées « jusqu'à 80 000 » par an, sans obligation de remploi des revenus au-delà d'un certain chiffre ; la garantie de la tutelle est fixée à 600 000 francs par hypothèque sur immeubles ; la gestion des immeubles est confiée au notaire Verleyen, avec un droit de recette de 4 %.

La même feuille chiffre le coût de la vie des enfants dans la maison de leurs parents, « variable avec le coût de la vie » :

PosteFrancs par an
Service (jardinier 230 × 12 = 2 760 ; cuisinière 175 × 12 = 2 100 ; bonne 150 × 12 = 1 800 ; Alma, fixe, 4 000 : soit 10 660)11 000
Nourriture12 000
Vêtements8 000
Autres dépenses de ménage (chauffage, éclairage, lessive, etc.)8 000
Écolage900
Voyages, vêtements d'été et menus frais1 000
Entretien de la maison et du jardin2 000
Un enfant en pension chez les frères6 000
Entretien des enfants48 900
Contribution à l'entretien des propriétés et frais de recette11 100
Total (« minimum »)60 000

Les chiffres se recoupent : 11 000 + 12 000 + 8 000 + 8 000 + 900 + 1 000 + 2 000 + 6 000 = 48 900, et 48 900 + 11 100 = 60 000. Les salaires détaillés donnent 10 660 francs, arrondis à 11 000, dont les 4 000 francs d'Alma sont exactement la rente stipulée le 22 novembre. Alma semble donc figurer au budget du ménage au titre du pacte qu'elle avait signé. Le feuillet note en regard les revenus attendus : immeubles de la succession d'Achille partagés « 14 + 16 », indivis « 3 à 4 », portefeuille 11, plus les revenus des biens Moens de Hase et de l'usine « jusque 40 » chacun selon le dividende ; l'unité, le millier de francs, est sous-entendue. Au verso figurent les polices d'assurance de l'indivision et de l'usine auprès de la Banque de Bruxelles, dont les numéros ont été écrits au juge de paix le 13 décembre.

Les lettres de décembre 1926. Le 10 décembre, Me De Riemaecker écrit à « Monsieur Claeys-Boúúaert, Eyne » qu'il se chargera volontiers de demander l'homologation de la délibération et fera le nécessaire pour que la demande soit introduite dans le délai voulu. Le 11 décembre, un Moens de Hase, d'Alost, répond à Léon (« Mon cher Léon ») qu'il a envoyé le vendredi, par recommandé, au juge de paix d'Audenarde une liste de propriétés à hypothéquer en garantie de gestion, avec les matricules cadastrales, les dates des actes d'achat et de partage, les noms des cédants et des notaires. Ces propriétés, « évaluées très modérément », totalisent 615 000 francs, de quoi couvrir les 600 000 francs fixés. Il espère que le juge « se montrera le moins exigeant possible, ces hypothèques étant une source d'ennuis pour l'avenir ». Le 29 décembre, Me De Riemaecker annonce au bourgmestre que la délibération a été homologuée « hier » et demande s'il désire une expédition ou une copie simple.

L'exécution du testament, 8 et 9 février 1927. Les trois legs en argent du testament sont payés par la tutrice, « Mme Th. Moens de Hase, tutrice des enfants de feu M. Pierre van der Straeten », qui recueille un reçu « en exécution de la dernière volonté » : 5 000 francs à Léontine Van den Berghe, 2 000 à Maria De Weerdt (8 février), 2 000 à Adolphine De Cuypper (9 février). Ce sont les trois sommes prévues par le testament, versées trois mois après la mort de Pierre. Les reçus sont timbrés et datés de la main de chacune.

La maisonnée. Le carnet rapporte aussi le sort du foyer : « Chez Pierre, Alma De Cuyper s'en va (heureusement). Madame Moens vient s'installer provisoirement chez ses petits-enfants, remplacée en décembre par une excellente gouvernante. » L'année suivante, Léon envoie sa propre fille au même pensionnat que la fille de Pierre : « En octobre, Elisabeth ne retourne plus à Jette mais va au Sacré-Cœur de Liège (Bois l'Évêque), où se trouve Madeleine V.d.S. ma belle-sœur — motif : pour accompagner et aider la petite Daisy de feu Pierre V.d.S. qui n'a que dix ans. » La prise en charge des orphelins s'étend ainsi au-delà des décisions du conseil de famille, jusqu'au choix d'un pensionnat.


XII. Le patrimoine des cinq orphelins

Le patrimoine des cinq mineurs est évalué à environ 1 076 853 francs belges en 1926 (±1,36 M€). Structure :

Les montants de cette page sont convertis à 1,26 € par franc de 1926 — une exception sur ce site, expliquée dans les équivalences en euros.

La gestion tutelaire s'étend sur près de dix-sept ans, jusqu'à la majorité d'Étienne le 5 août 1943, documentée par une série de baux : bail aux Zusters van de Visitatie (1929), accord du 8 juin 1928 avec le fermier Emiel D'haenens sur le terrain de football loué par Pierre depuis 1911, baux Vaesken (1935), bail au Dr André Vindevoghel (1936).


XIII. La reprise de la fabrique par Léon Claeys Boúúaert

Simultanément à la gestion de la tutelle, Léon Claeys Boúúaert prend en main la direction de la filature de lin d'Eyne, fondée en 1864 et rachetée par Achille van der Straeten aux frères Vandeputte le 2 janvier 1885. Cette reprise consolide sa position comme chef de famille élargi, à la fois subrogé tuteur des orphelins et directeur de l'outil industriel familial.

Léon Claeys Boúúaert (1879-1971), mari de Marie-Thérèse van der Straeten depuis le 6 mai 1905, décède à nonante-deux ans en 1971. Sa longévité lui permet d'assurer une continuité familiale de 1926 jusqu'à la génération suivante. Son carnet de notes manuscrit, tenu quasi hebdomadairement de 1926 à 1971 et transmis par son petit-fils Vincent Claeys Bouuart, constitue la source primaire la plus dense sur la période post-Pierre de la famille van der Straeten.


XIV. Conclusion

Yvonne Moens de Hase meurt à trente-cinq ans après neuf ans de mariage et six maternités. Pierre van der Straeten lui survit deux ans et demi, et meurt à trente-six ans après avoir perdu, en moins de dix ans, sa mère, son frère Joseph, emporté par la grippe, son père, son fils Louis, âgé de cinq ans, et son épouse.

Son décès précipite une crise de tutelle résolue en quelques semaines par Léon Claeys Boúúaert. Le motif légal de non-parenté invoqué devant le conseil de famille recouvre l'arrangement privé conclu le 22 novembre.

Leurs cinq enfants, orphelins, traversent l'entre-deux-guerres, la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction. L'aîné, Achille Théodore Marie Joseph Ghislain van der Straeten (Gand 1914, 1987), grand-père paternel de Geoffroy van der Straeten, est Sosa 8 de la lignée directe. Sa sœur Marguerite dite Daisy, à qui le testament de Pierre léguait les bijoux féminins de la famille, épouse en 1955 le veuf Emmanuel de Loën.


Photographies

Enfants van der Straeten (Madeleine, Anne-Marie, Joseph et Pierre), vers 1893
Enfants van der Straeten (Madeleine, Anne-Marie, Joseph et Pierre), vers 1893 n° 4
Pierre van der Straeten, vers 1899
Pierre van der Straeten, vers 1899 n° 7
Joseph et Pierre van der Straeten et l'abbé précepteur, vers 1900
Joseph et Pierre van der Straeten et l'abbé précepteur, vers 1900 n° 14
Pierre & Yvonne van der Straeten, vers 1913
Pierre & Yvonne van der Straeten, vers 1913 n° 21
Enfants de Pierre et Yvonne van der Straeten, vers 1923
Enfants de Pierre et Yvonne van der Straeten, vers 1923 n° 45

Sources documentaires

Sources : archives familiales, dossier de tutelle 1926, faire-parts, actes d'état civil, lettre de l'abbé Billecocq (16 novembre 1918), carnet de notes de Léon Claeys Boúúaert, tableau chronologique, fiches Geneanet.

Sources primaires (archives familiales)

Sources secondaires

Le témoignage le plus direct sur sa mort et sur la crise de tutelle qui suit est celui de son beau-frère Léon Claeys Boúúaert, qui conduisit l'entretien du 18 novembre 1926 avec Alma De Cuyper et devint subrogé tuteur des cinq enfants lors du conseil de famille du 7 décembre. Son carnet nomme la cause médicale, le testament, la contestation de la tutelle et la négociation.

Voir aussi : Léon Claeys Boúúaert (1879-1971) · son carnet, année par année · les carnets de la famille.

[carnet 1913] ↑ Carnet de Léon Claeys Boúúaert, p. 018, notes de l'année 1913 (transcription verbatim du 11 septembre 2026).

[carnet] ↑ Carnet de Léon Claeys Boúúaert, transcription verbatim du 11 septembre 2026 : feuillet 15 (congrès des filateurs de Lille, filatures Laurent à Halluin, Gantoise, Lieve et Saint-Sauveur — la même page mentionne le projet de loi scolaire Schollaert, 1911) ; feuillet 20 (octobre 1914, tentative de fuite vers la Hollande) ; feuillet 26 (régie de la viande, 1916-1917) ; feuillets 47-48 (départ d'Alma De Cuyper, Mme Moens puis une gouvernante, Elisabeth envoyée au Sacré-Cœur de Liège pour accompagner Daisy). Voir le carnet, année par année.

[PV 1926] ↑ Procès-verbal du Tribunal de première instance d'Audenarde, 18 novembre 1926, annexé à l'acte de dépôt du testament (notaire Arthur Verleyen, Eyne) ; enregistré à Audenarde le 6 décembre 1926, livre 504, folio 33, case 7, droits de douze francs cinquante. Archives familiales.

[tuberculose] ↑ Carnet de Léon Claeys Boúúaert, beau-frère de Pierre, source contemporaine du décès : la cause qu'il inscrit est la tuberculose pulmonaire, et il annonce la maladie dès 1922. C'est l'attestation la plus directe dont nous disposions. Le mot « pleurésie » figure bien dans le carnet, mais à l'année 1907 et pour un autre malade — « maladie grave de Joseph V. d. St. (pleurésie). Dr Maere pessimiste. »

[médecine] ↑ Sur l'évolution de la pleurésie tuberculeuse chez le grand enfant et l'adulte jeune, et sur le délai de cinq ans avant la tuberculose pulmonaire, voir la littérature pneumologique courante ; sur les suites pulmonaires durables de la grippe de 1918 et la surmortalité tuberculeuse qui l'a suivie, voir les travaux d'histoire de la médecine consacrés à la pandémie. ⚠️ Références à préciser par des sources imprimées avant toute réutilisation savante.

[Billecocq] ↑ Lettre de l'abbé G. Billecocq, hôpital Saint-Joseph, Paris, novembre 1918, texte intégral conservé dans les archives familiales : « il a passé ici comme un météore — arrivé le vendredi 11 octobre dans l'après-midi, il est mort le samedi 12 vers 3h. […] il m'a donné une liste des personnes à qui je devrais écrire […]. J'ai revu ce jeune homme 3 fois, mais il est mort à un moment où je n'étais pas présent, car six personnes sont mortes ce jour-là de la fameuse grippe. »

[grippe] ↑ Spaanse Griep 1918-1919, dossier de synthèse établi par Geoffroy van der Straeten (archives familiales) : bilan de la pandémie, environ 282 165 morts en Belgique, relevé des victimes dans les familles van der Straeten et Hambye, et extraits du journal de guerre d'Adolphe Hambye.

[football] ↑ Bail entre Emiel D'haenens et Pierre van der Straeten, Eyne, 1911, sur papier timbré, avec l'accord verbal du 8 juin 1928 écrit au bas de la seconde page ; convention du 4 décembre 1945 entre le fermier D'haenens et le club de football « Willen is Kunnen » d'Eyne, « gezien en goedgekeurd door de huidige eigenaars de Kinderen van wylen Heer Pierre Van der Straeten », archives familiales.

Sommaire
Fiche d'identitéRepères chronologiquesI. Famille et milieuII. Yvonne Moens de HaseIII. Le double mariage du 13 septembre 1913IV. Les six enfants (1914-1922)V. Le patrimoine foncier (1909-1924)VI. L'industriel et l'occupation (1911-1917)VII. La décennie des deuils (1918-1926)VIII. Le décès d'Yvonne (1924)IX. Alma De Cuyper, la gouvernante (1924-1926)X. Le testament olographe, 4 juillet 1926XI. La crise de la tutelle (novembre-décembre 1926)XII. Le patrimoine des cinq orphelinsXIII. La reprise de la fabrique par Léon Claeys BoúúaertXIV. ConclusionPhotographiesSources documentaires