Héraldique

Les armes portées par la famille

Bruxelles · Laeken · Bodegem, XVe et XVIe siècles
Les armes relevées sur quelques monuments funéraires, et leur portée pour établir la parenté entre branches.

Les armes

Armes peintes de la famille van der Straeten : lion d'argent couronné d'or sur champ de gueules
Les armes de la famille, planche d'armorial peinte, légendée « Straeten (van der) ».
De gueules au lion d'argent, armé, lampassé et couronné d'or.

En français courant : sur un fond rouge, un lion d'argent dressé sur ses pattes arrière, dont les griffes, la langue et la couronne sont d'or. Le heaume est surmonté d'un cimier reprenant le même lion, mi-corps, et les lambrequins, ces feuillages découpés qui encadrent l'écu, sont aux mêmes couleurs, rouge et argent.

gueules (rouge)
argent
or

Ce blason est connu par des monuments funéraires. Les armes figurent sur la tombe de Gilles van der Straeten alias Meeus, mort le 23 novembre 1518, dans l'église de Forest, et sur la pierre tombale de Corneille van der Straeten, mort le 14 juillet 1562, et de son épouse Élisabeth t'Sas, dans l'ancienne église de Laeken.

Cette dernière pierre n'existe plus : l'église de Laeken a été démolie au XIXe siècle. Sa description n'est connue que par un ouvrage imprimé en 1883, la Notice généalogique sur la famille Van der Haeghen, donc de seconde main.

Portée du blason pour la parenté

La famille remonte à deux ancêtres attestés à Bruxelles en 1344, Amelrijc et Goswin. Les documents ne précisent pas le lien qui les unissait (frères ou cousins). Le blason apporte un argument.

Certains descendants d'Amelrijc et certains descendants de Goswin portent les mêmes armes. La tombe de Forest relève de la première souche, celle de Laeken de la seconde. Au Moyen Âge, on ne prend pas les armes d'autrui : leur port commun atteste une parenté, dont le degré reste inconnu.

Le raisonnement a une limite : toutes les branches ne portent pas le lion. Le blason atteste une parenté là où il est commun ; son absence ne prouve rien.

Bodegem : les fers de moulin

En 1454, Dierick van der Straeten dit Snoeck relève le fief de Bodegem : « Reeds het jaar nadien anno 1454 verhief Diericx van der Straeten ende wort heere van Bodegem ». Il en est seigneur en 1457. Il meurt en 1470 et repose dans l'église Saint-Martin de Sint-Martens-Bodegem, sous une dalle qui subsiste.

Dalle funéraire de Dierick van der Straeten, 1470, église Saint-Martin de Sint-Martens-Bodegem
Dalle funéraire de Dierick van der Straeten, seigneur de Bodegem, 1470. Église Saint-Martin de Sint-Martens-Bodegem.

Cette dalle ne porte pas le lion, mais trois fers de moulin.

L'explication tient au fief lui-même. Un moulin à eau est attesté à Sint-Martens-Bodegem dès 1295, dans le registre des censitaires de l'abbaye de Saint-Bavon de Gand. Ce moulin appartenait aux seigneurs du lieu, qui l'affermaient, et son histoire se confond avec celle du manoir seigneurial, le Castelhof, jusqu'en 1749.

Le moulin banal était un droit seigneurial ordinaire : les habitants étaient tenus d'y moudre leur grain contre redevance. En prenant les fers de moulin, Dierick paraît désigner sa seigneurie plutôt que sa filiation. La chronologie va dans ce sens : il relève le fief en 1454, il en est seigneur en 1457, et les armes apparaissent sur une dalle de 1470.

L'écu de la dalle est mi-parti, partagé verticalement en deux : à gauche les fers de moulin, à droite un second blason trop usé pour être lu aujourd'hui. Selon l'usage, un homme marié faisait figurer ses armes à gauche et celles de son épouse à droite, ce qui désignerait Marie Offhuys, qu'il épousa et qu'un acte de 1471 nomme expressément : « Dieric van der Straten, genoemd Snoec, man van Marie Ofhuys ». L'usage n'est cependant pas une preuve : le contenu du second écu reste inconnu. La moitié droite de la dalle est illisible, et les armes des Offhuys ne sont connues ni par le fonds familial ni par les armoriaux consultés.

Distinguer les homonymes

Plusieurs familles sans lien entre elles ont porté le nom van der Straeten. Le blason permet de les distinguer. Un article du XIXe siècle en distingue ainsi trois autres, uniquement par leurs armes :

Le généalogiste Hervé Douxchamps observe que, chez les familles de ce nom, le fascé (bandes horizontales) est une armoirie parlante. Il joue sur le mot strate, la rue, dont les bandes évoquent le tracé. Beaucoup de familles homonymes l'ont donc adopté indépendamment, et le porter en commun ne prouve aucune parenté.

Cette observation ne concerne pas les armes au lion : le lion n'est pas une armoirie parlante sur « Straeten ». L'argument tiré de la communauté du blason entre les descendances d'Amelrijc et de Goswin reste donc valable.

Les armes écartelées de maître Corneille van der Straeten

Maître Corneille van der Straeten, licencié ès lois, cité le 23 février 1577 comme avocat au Conseil souverain de Brabant, colonel de la garde bourgeoise de Bruxelles, membre des États généraux et du Conseil des XVIII, fut admis au lignage Sweerts le 27 mars 1578. Le registre de ce lignage lui donne des armes plus complexes :

Écartelé : aux 1 et 4, de gueules au lion d'argent, armé, lampassé et couronné d'or, qui est van der Straeten ; aux 2 et 3, de gueules à une rose d'argent barbée et percée d'or, au chef d'argent chargé de trois canettes de sable.

« Écartelé » signifie que l'écu est divisé en quatre : les quartiers 1 et 4 portent les armes van der Straeten, les quartiers 2 et 3 celles d'une famille alliée. L'écartelé exprime habituellement une double ascendance.

Un quartier sur un monument bruxellois

Les armes figurent enfin sur le monument funéraire du vicomte Juan de Alvarado y Bracamonte, dans l'église des Dominicains à Bruxelles. Du fronton pendent deux guirlandes de huit écus donnant ses seize quartiers, et le sixième porte le nom VAN STRAETEN.

Détail du monument Alvarado y Bracamonte : le quartier VAN STRAETEN
Détail de la guirlande : le bandeau « VAN STRAETEN » et l'écu qu'il désigne. Gravure du monument, église des Dominicains, Bruxelles.

Ce quartier s'explique par la filiation suivante : Anna van der Straeten épouse Nicolaes Hoffman ; leur fils Philippe Hoffman, seigneur d'Opdorp, mort à Lippelo le 6 décembre 1592, épouse Anne Boonaert ; leur fille Charlotte Hoffman, dame d'Opdorp, épouse Don Juan de Alvarado y Bracamonte. Les quatre quartiers qui se suivent sur le monument, soit HOFFMAN, VAN STRAETEN, DE BONAERT et DE WESEL, correspondent à cette suite d'alliances.

L'auteur qui a publié le monument parle toutefois de seize quartiers « supposés » et montre que l'un d'eux, Bracamonte, n'aurait pas dû y figurer. Le monument atteste que la famille comptait parmi les ascendances revendiquées ; il ne garantit pas l'exactitude de l'ensemble.

Sources. Leo LINDEMANS, « Het Brussels geslacht van der Straeten », Vlaamse Stam, 25e année, n° 2, février 1989. N. DECOSTRE, H.-Ch. VAN PARYS et J. ANNE DE MOLINA, Les registres du Lignage Sweerts, p. 72. Hervé DOUXCHAMPS (dir.) et al., Rubens et ses descendants, t. III, dans Le Parchemin, Office généalogique et héraldique de Belgique, 1980, p. 386-388 ; du même, Aux origines de la famille van der Straten-Waillet-Ponthoz, dans Le Parchemin, n° 274, 1991. Notice généalogique sur la famille Van der Haeghen, Paris, 1883, p. 19 note 2. Manuscrit GOETHALS n° 1553, Épitaphier de Bruxelles, I, f° 85. Bulletins de l'Académie royale des sciences, t. XIII. Heemkundige kring Bodegem, Het Castelhof te Sint-Martens-Bodegem, 1979, p. 4. Inventaris Onroerend Erfgoed, notice Sint-Martens-Bodegem. Dalle de Dierick van der Straeten : KIK-IRPA n° 145, cliché M135403.

Sommaire
Les armes Portée du blason Bodegem Distinguer les homonymes Les armes écartelées Un quartier bruxellois