Sur quoi repose cette filiation. La généalogie de la famille a été établie par le généalogiste Leo Lindemans (1923-2008), dans une série de travaux publiés entre 1955 et 2002 — dont son étude du Land van Aalst (1955), sa notice sur le geslacht van der Straeten parue dans Vlaamse Stam (1989), son relevé des meiseniers (1998) et les Oude Opwijkse Geslachten (2002). Le fonds familial conserve par ailleurs une généalogie antérieure, due à Robert Schoorman (1905) ; on ignore si Lindemans en a eu connaissance. Les pages de ce site suivent leur reconstitution ; elles la complètent par les pièces du fonds familial et signalent les points où elle reste discutée.
Bruxelles. Les deux plus anciens porteurs du nom que les actes rattachent à cette famille sont Amelrijc et Goswin van der Straeten, cités à Bruxelles en 1344. Leurs descendants portent les mêmes armes — de gueules au lion d'argent couronné d'or — ce qui atteste leur parenté sans qu'on ait pu en établir le degré. La branche dont nous descendons quitte la ville pour la campagne du nord-ouest : Laeken, où elle exploite pendant cinq générations la ferme du hof te Drootbeke, et où l'on relève encore aujourd'hui la dalle funéraire de Corneille, mort en 1562. La famille appartient aux meiseniers, ces tenanciers du Land van Grimbergen dont le droit se transmet par le sang.
Le passage en Flandre. À la mort de Machiel, avant décembre 1580, le 10 décembre ses trois fils orphelins — Jacob, Machiel et Anthoen — font enregistrer leur droit de meisenier à Bruxelles. C'est la dernière trace bruxelloise de la famille. On les retrouve en Flandre : Jacques van der Straeten, bourgmestre de Burst, Bambrugge, Zonnegem et Kottem. Le raccord entre ces deux moitiés est le point le plus discuté de cette généalogie, et nous lui consacrons une page entière.
Vlierzele, puis Eyne. Pendant deux siècles la famille tient des charges dans le pays d'Alost — échevins, bourgmestres, greffiers de seigneuries. Le lien avec les Lichtervelde est ancien : Maximilien est greffier de leur seigneurie de Ter Breemt, et son fils Sébastien lui succède dans cette charge. En 1763, le comte de Lichtervelde achète la baronnie d'Eine ; c'est un autre fils de Maximilien, Liévin François, qui en tient le greffe à partir de 1778 et vient s'y installer. Ce sont des officiers de seigneurie : ils tiennent les écritures et la justice locale, prêtent serment sur les placards impériaux et passent du néerlandais au français selon les actes, au service de seigneurs eux-mêmes attachés à la cour de Vienne — le comte de Lichtervelde est chambellan de l'empereur Joseph II. José Claeys Boúúaert y voit même la clé de la carrière de Liévin François : « le gouvernement autrichien continuait à exiger le bilinguisme chez ses fonctionnaires, et c'est peut-être sa qualité de bilingue qui vaudra au jeune Liévin-François de commencer très jeune sa carrière dans l'administration ».
Mullem. En 1794, il achète le Bekemolen — une ferme, un moulin à eau et un pressoir à huile. L'huilerie restera dans la famille près de deux siècles.
Eyne au XIXe siècle. Son fils Amand devient bourgmestre dès l'indépendance, à vingt-trois ans, et le reste quarante-trois ans. Face à la crise économique des Flandres de 1845-1850 — maladie de la pomme de terre et effondrement de l'industrie linière domestique, que les contemporains ont appelée la Misère des Flandres —, il fonde un atelier-école de tissage pour les enfants, puis la filature de lin en 1865 : l'industrie naît à Eyne de sa main. Achille lui succède pour quarante-sept ans, puis son gendre Léon Claeys Bouüaert jusqu'en 1944. Quatre-vingt-dix ans de mayorat sans interruption, sur les cent trente-cinq ans d'existence de la commune.
Le retour au moulin. Le carnet de Léon porte, à l'année 1965, cette ligne sans emphase : « les Achille van der Straeten habitent à Mullem, près de l'ancien moulin ». Cent soixante et onze ans après l'achat de 1794, la famille est revenue habiter à côté de la Bekemolen.