Source primaire · transcription intégrale

Le carnet de Léon, page à page

1879 – 1971 · les 102 pages
La version complète : tout ce que contient le carnet, y compris ce qui ne touche pas les van der Straeten — et ce que nous n'avons pas su lire.

Établi d'après le carnet manuscrit de Léon Claeys Bouüaert (°Gand, 25 août 1879 — †Audenarde, 27 septembre 1971), 102 pages, lu en août 2026. Chaque page a été lue par au moins deux lecteurs indépendants et les passages décisifs arbitrés sur l'image — mais toutes ne sont pas encore transcrites mot à mot : voir plus bas. Les lectures incertaines sont signalées par [?] et les points non tranchés figurent en fin de page. Une version abrégée, limitée à ce qui touche la famille van der Straeten, est disponible : le carnet, année par année.

Ce que cette page est

Léon Claeys Bouüaert épouse en 1905 Thérèse van der Straeten, fille du bourgmestre d'Eyne. Il tient ce carnet de 1907 à 1970, en reprenant d'abord sa vie depuis sa naissance. Il y note, année après année, les naissances et les morts, la marche de la filature, la politique belge, les guerres, le temps qu'il fait. C'est la source la plus continue que nous ayons sur la famille au XXe siècle.

La chronique n'en retient que les entrées van der Straeten. Cette page-ci donne le tout : la vie propre des Claeys Bouüaert, la carrière congolaise d'un fils, les mariages de cousins, la grande Histoire vue d'Eyne. Un carnet ne se comprend pas par extraits — on ne voit pas ce qui compte pour son auteur si l'on ne voit que ce qui compte pour nous.

Avant le carnet : 1879-1905 pages 1 à 9

Le carnet commence par une page de titre autographe : « A.M.D.G. Léon Claeys Bouüaert, rue Haut-Port, 59. Commencé en mai 1907 (de 1905 au [?] avril 1907, cfr carnet de notes). Voir plus loin, Résumé complet par années. » Les premières pages sont donc rétrospectives. Une photographie est collée en page 3 : un jeune garçon en costume marin, vraisemblablement Léon enfant.

1879-1891. Né à Gand, rue d'Orange n° 6, le 25 août 1879 ; parrain l'oncle Léon de Bruyn, marraine la tante Élodie. Scolarité au Nouveau Bois, puis au collège Sainte-Barbe à partir de 1886. Les morts s'égrènent : la grand-mère de Bruyn en 1885, le grand-père Claeys le 31 décembre 1887 à 87 ans, le grand-père de Bruyn le 29 mai 1889 à 79 ans, la grand-mère Claeys Bouüaert le 24 octobre 1889 à 81 ans, la tante Hortense, clarisse, en 1891. Naissance de sa sœur Hélène au mardi gras 1888 — l'année où leur oncle Léon de Bruyn devient ministre de l'Agriculture. En 1889, la famille adjoint « Bouüaert » à son nom — de Claeys à Claeys Bouüaert ; première communion et confirmation le 11 avril par Mgr Lambrechts.

1897-1899. Philosophie à Namur puis à Gand, où il note chez certains professeurs une « tendance antireligieuse ». En 1898 il reçoit une bicyclette et achète un appareil photographique — ce qui explique les photographies collées tout au long du carnet. Voyage en Angleterre avec son père et son frère José pour conduire Marie-Christine en pension chez les bénédictines de Ventnor, île de Wight ; tour de l'île en coach, séjour à Londres au Holborn Viaduct Hotel. Il commence son droit à Gand et entre à la conférence Saint-Vincent-de-Paul. En 1899, son frère Fernand est ordonné prêtre le 24 septembre ; la fête à Mariakerke réunit le même jour la première communion d'Hélène et les noces d'argent des parents.

1903-1904. Entré au Musée commercial le 8 janvier 1903, il rédige le Bulletin commercial et le Recueil consulaire ; nommé « attaché » au ministère en juillet 1903, au traitement de 1 800 francs l'an. En janvier 1904, « rencontre Th. à dîner chez Amelot » — la première mention de Thérèse, seize mois avant le mariage. Accident de chemin de fer près de Bruxelles-Nord le 19 février. Promotion doctorale de son frère Fernand en droit canon à Louvain le 11 juillet. Et, le 1er octobre 1904, une visite à Eyne et un tour de la fabrique avec son père — première mention du lien avec la filature van der Straeten, sept mois avant son mariage.

Le mariage. Les pages 7 à 9 portent le manuscrit de l'allocution prononcée le 6 mai 1905 à Eyne par son frère, l'abbé Fernand Claeys Bouüaert. Ce n'est pas une copie au propre mais le brouillon de l'orateur, avec ses ratures et ses ajouts en marge. Il en manque deux feuillets — les trois conservés portent les numéros 1, 3 et 5 — mais cela ne prive de rien : l'allocution a été imprimée après la cérémonie, en une plaquette de sept pages chez Sauer à Gand, qui se trouve dans la correspondance d'Achille. Nous avons donc le brouillon et le texte définitif. Les deux sont donnés ici, avec ce que les repentirs de Fernand laissent voir.

Les premières années : 1907-1913 pages 10 à 19

1907. En janvier, maladie grave de Joseph van der Straeten — une pleurésie, le médecin pessimiste. Joseph a dix-neuf ans ; il mourra de la grippe espagnole onze ans plus tard. Premiers pas d'Alfred en février. Naissance de Marie-Thérèse en octobre. En décembre, cours de danse pour Madeleine, Anne-Marie, Joseph et Pierre, les enfants d'Achille et de Marie van den Peereboom, chez Mlle Duriez.

1908. Mort de l'oncle Léon de Bruyn, parrain de Léon. Naissance de Marie-Christine le 21 décembre à neuf heures et demie du soir ; parrain Fernand, marraine la tante Adélie. Froid rigoureux, −16°. Tremblement de terre de Messine et de Calabre, deux cent mille victimes. Ordination de Paul Claeys Bouüaert en août. Blanche van den Peereboom entre au carmel de Ciney fin juin ; prise d'habit en octobre.

1909. Chute du collège échevinal libéral à Gand sur la question de la soupe scolaire. Fêtes du vingt-cinquième anniversaire du gouvernement catholique. Voyage du prince Albert au Congo. Mort de Léopold II le 18 novembre, deux jours après avoir signé la loi sur le service militaire ; Joyeuse Entrée et prestation de serment du roi Albert le 23 décembre.

1910-1912. La vie de la filature d'Eyne : nouveaux métiers, carderie, transport de force par AEG, conflits avec les syndicats chrétiens. Au-dehors, le naufrage du Titanic en 1912 et la première guerre balkanique.

1913. Une photographie de famille est collée en page 17, légendée de sa main : « 27 août 1913 » — Léon, Thérèse et leurs enfants au jardin. Le 13 septembre, doubles noces : Pierre van der Straeten et Anne-Marie van der Straeten se marient le même jour ; voyage de noces en Italie pour les premiers, en Espagne pour les seconds. On commence, au-delà du jardin, la construction du « petit château » de Pierre et Yvonne, sur un terrain acheté en 1911. Et la mort de la tante Adélie, qu'il raconte en détail. Elle a eu toute l'année des indispositions — « cystite, entérite etc. » — et vieillit vite ; les médecins consultés disent « tempérament usé ». À partir du 8 décembre une sœur de l'hospice vient la nuit, puis le jour aussi ; Adélie continue pourtant à descendre et à recevoir des visites, « mais le moral paraît atteint ». Le jeudi 18 décembre, Léon et Thérèse sont à Alost chez Paul et Anne-Marie ; ils apprennent en rentrant le soir que depuis quatre heures elle va brusquement plus mal. Le curé lui donne l'extrême-onction le soir même, « dans la grande salle à manger ». « Elle semble presque heureuse de mourir et dit : Je voudrais tant aller au ciel. »

La guerre : 1914-1918 pages 20 à 32

1914, l'entrée en guerre. Léon tient l'année sous quatre rubriques, et celle qu'il intitule Guerre est la plus serrée du carnet. « Le 31 juillet, mobilisation, ordre arrivant pendant la nuit ; réquisition immédiate de la grosse auto Minerva qui part à 3 h. matin. » — la voiture de son beau-père, réquisitionnée avant l'aube. « Le 3 août ultimatum et déclaration de guerre de l'Allemagne ; indignation générale et désordres. » Puis, du 23 août à la fin de l'année, « presque journellement entendons le canon ; le plus fort au bombardement d'Anvers et vers 18 octobre du côté d'Ypres ». Le 24 août, « panique de la population mâle, au bruit que les hommes sont faits prisonniers (ce qui est arrivé en plusieurs endroits) ». Le 6 septembre, des hussards de la mort en reconnaissance sont attaqués à Neder-Eename ; le lieutenant von Plessen est blessé et fait prisonnier. Le 4 octobre, du côté d'Eename, on donne la chasse à environ quatre-vingts cyclistes allemands, « de part et d'autre plusieurs tués et blessés ». Les 11 et 12 octobre, on fait sauter le pont du chemin de fer et le pont-route. Le 13, l'occupation devient définitive.

À l'usine, la guerre tombe d'un coup : « crise monétaire, disparition de la monnaie d'argent et difficultés pour le paiement des salaires. Ne travaillons plus que demi-temps (33 heures). Arrêt complet à partir du 16 octobre. »

La dispersion. Paul et Anne-Marie sont bloqués à Knokke ; Pierre et Yvonne restent à Gand chez Mme Moens ; Madeleine van der Straeten fuit en Angleterre avec les religieuses de Wetteren, à Newcastle-upon-Tyne. Joseph van der Straeten part le 10 octobre par Flessingue, Folkestone et Calais vers Paris, où il devient surveillant au collège Sainte-Croix de Neuilly. Paul Claeys Bouüaert est fait prisonnier avec les jésuites de Louvain et voit fusiller le père Dupierreux. À Eyne même : les hussards de la mort attaqués à Neder-Eename le 6 septembre, les ponts sautés les 11 et 12 octobre.

1915, l'arrêt. « Fin septembre, arrêt définitif de la filature ; plus de matières premières ; le ministère de la guerre allemand réquisitionne 14 wagons de fils (de 4 à 500 000 francs) ; en paiement, des bons de réquisition. » Dans la commune, « réquisitions sans fin pour l'armée allemande : seigle (toute la récolte), avoine, foin, bêtes à cornes & porcs, pommes de terre » — et cette phrase, que Léon écrit six ans avant de devenir bourgmestre : « Sans l'intervention du Comité de Secours & d'Alimentation, la population serait livrée à la famine et à une misère affreuse. » Sous la rubrique Famille : « Absence de nouvelles directes de tous ceux qui sont à l'étranger. En octobre, naissance chez Pierre d'un second fils : Louis. »

C'est la naissance de Louis van der Straeten, que l'état civil date du 12 octobre 1915. Notre résumé antérieur la plaçait en 1914 : l'erreur était de notre côté, pas dans le carnet, qui la situe bien où il faut.

1916-1917, l'occupation. Des tensions dans le village — des accusations de connivence avec les Allemands au moment des déportations. Le 6 juin 1916, naissance d'Albert, huitième enfant de Léon et Thérèse. Épidémie de coqueluche chez les enfants. Ravitaillement difficile, régie de la viande. Alfred entre en sixième latine au collège épiscopal d'Audenarde, troisième en excellence.

La fabrique occupée. C'est l'apport le plus net de ces pages : l'usine n'est pas seulement pillée, elle est occupée. « De mai à décembre, elle sert de dépôt de bombes et d'atelier de réparations à une escadre d'aviateurs de combat ; une trentaine de prisonniers français y sont internés et y travaillent ; la carderie qui sert de garage d'autos subit beaucoup de dégâts. » Puis l'inventaire du pillage : le cuivre « jusqu'aux robinets des chaudières », les courroies, les dynamos, toute l'installation électrique « jusqu'aux câbles souterrains », les mécaniques de la forge, les tuyaux de chauffage.

Les morts van den Peereboom. Antoine van den Peereboom, sous-lieutenant au 43e régiment d'infanterie française, est tué en avril 1917 sur le plateau de Craonne, pendant l'offensive du Chemin des Dames. L'oncle Étienne van den Peereboom meurt subitement à Liège en juin 1917.

L'agonie du petit Fernand. Ferdinand Claeys Bouüaert, septième enfant de Léon et de Thérèse, né à Eine le 13 juillet 1914 — l'année de la guerre. Elle commence le dimanche 30 décembre 1917 : des accès de suffocation soudains ; le docteur Haerens parle du croup et injecte du sérum. « Est-ce le croup ? un abcès dans la gorge ? une laryngite striduleuse ? Le médecin ne sait trop. » L'enfant a trois ans et demi. La page s'interrompt là : la suite du récit est sur une page qui manque. Elle n'aurait tenu qu'une ligne. Ferdinand meurt le lendemain, le 31 décembre 1917 — la date vient de l'état civil, non du carnet. Léon écrit l'agonie de son fils et n'écrit pas sa mort. Sur la même page, les conditions de vie : plus de calorifère, on vit dans la cuisine, « en général de 7° à 8° centigrade », on abat les arbres en masse, « la campagne se dénude ».

La mort de Marie Emma van den Peereboom, épouse d'Achille van der Straeten, le lundi 17 juin 1918. Léon lui consacre une page entière, qu'il faut lire telle qu'il l'a écrite. Il l'appelle « maman » et appelle Achille « papa » : ce sont ses beaux-parents.

Le vendredi 14 juin, vers 11 heures du matin, elle faisait avec Papa sa promenade journalière au potager, tout en disant leur chapelet ; tout à coup elle cesse de répondre et, papa la regardant, elle porte la main à la tête en disant : « attaque, je vais mourir ». Elle rentre péniblement au bras de papa, en disant encore quelques mots inachevés, et peut encore monter et se coucher. À peine au lit elle perd connaissance, pour ne plus revenir à elle. — Le médecin militaire allemand, Dr Samuel (qui s'est montré très obligeant pour nous à cette occasion) se trouvait tout juste à la maison et a donné les premiers soins. C'est une attaque d'apoplexie, bientôt suivie d'une seconde, plus tard d'une troisième attaque. Dès le dimanche il n'y a quasi plus d'espoir et maman s'éteint doucement, sans agonie, le lundi 17 juin vers 6 h ½ du soir. Paul et Anne-Marie ont pu arriver d'Alost juste à temps, grâce au Dr Samuel. Les funérailles ont eu lieu le vendredi. Hors la famille d'Eyne, personne n'a pu venir, sauf Alfred Amelot de Synghem.

Quel grand vide sa disparition doit faire à Papa ; elle ne le quittait pour ainsi dire pas de toute la journée ; rarement vécurent époux plus unis ; ils étaient inséparables. Épouse modèle, mère pleine de sollicitudes, chrétienne d'une piété profonde et solide, caractère enjoué et excellent, intelligente et instruite,

La page s'arrête là, au bas du feuillet, sur cette virgule. La suite de l'éloge manque.

1918, la fin. Grippe espagnole légère chez tous les enfants en juillet et août, Antoine le plus touché. Naissance de Madeleine le 8 août. Le 26 août, il se risque à sortir de la kommandantur d'Audenarde avec les enfants pour aller dîner chez le curé de Dikkelvenne, où l'on retrouve la famille de Gand. Et tout cet été, « perquisitions nombreuses, surtout chez les parents ; plus que jamais il faut tout cacher, démonter lustres et foyers ; nous enterrons dans notre jardin, en 14 places différentes, cuivres, laine, vin, beurre, viandes, œufs, etc. » Fernand vient les voir « en cachette, à pied, sans passe-port, par les chemins de terre ; expéditions périlleuses ». Puis Thérèse rechute : broncho-pneumonie, « violent mal de gorge et aphonie totale », rétablie seulement vers le 18 décembre ; la petite Madeleine est « brusquement sevrée ».

La mort de Joseph van der Straeten, le 12 octobre 1918. Léon le traite en rubrique, d'un seul bloc, sous le titre qu'il écrit lui-même — « Notre frère Joseph », alors que Joseph est son beau-frère :

Notre frère Joseph. — parti en octobre 1914 — a été quelques mois au collège Ste Croix à Neuilly, comme surveillant et professeur — puis incorporé dans l'armée belge : camp d'instruction d'Auvours, service des hôpitaux à St-Lô, puis au Havre ; — réformé en 1917 pour cause de maladie ; entré ensuite au Séminaire d'Issy-les-Moulineaux, et puis au Séminaire St-Sulpice à Paris ; — venait de prendre la soutane en octobre 1918 ; — a gagné une grippe infectieuse qui l'a emporté après quatre jours, le 12 octobre ; — est mort tout seul, à l'hôpital St-Joseph, personne de la famille n'ayant pu être prévenu à temps ; enterré au cimetière Montparnasse, caveau des Sulpiciens. (Voir note spéciale)

La note spéciale à laquelle il renvoie n'a pas été retrouvée. En revanche nous avons la lettre du prêtre qui l'a assisté, écrite cinq semaines plus tard : elle est donnée ici en entier. Elle apprend que le prêtre non plus n'était pas au chevet de Joseph à l'heure de sa mort — il avait six mourants ce jour-là — et que Joseph, lucide, avait dicté la liste des personnes à prévenir, chacune avec son message.

« Notre frère » n'est pas une facilité de langage. C'est le mot que l'aîné des Claeys Bouüaert avait posé lui-même, treize ans plus tôt, en mariant Léon : « Mon cher frère, et vous, Mademoiselle, que dans quelques instants je pourrai saluer du nom de sœur… » Du jour du mariage, les frères et sœurs de Thérèse sont frères et sœurs. Léon écrit « papa » et « maman » de ses beaux-parents, et « notre frère Joseph » d'un van der Straeten. Ce n'est pas un relâchement : c'est une règle, énoncée publiquement à l'autel le 6 mai 1905 — voir l'allocution.

Elle a un prix, et nous l'avons payé : c'est exactement là que les lectures automatiques se sont trompées. Un lecteur a fait de Marie Emma la mère de Léon, un autre a fait de Joseph van der Straeten son frère. Le carnet ne les avait pas induits en erreur — il disait vrai dans la langue de la famille.

L'après-guerre et les deuils : 1919-1926 pages 33 à 48

1919. Visite du roi Albert, du maréchal Foch et du président Poincaré à Gand le 22 juillet. Excursion à Saint-Omer, dans une famille de France très éprouvée par la guerre ; on visite les ruines d'Ypres, de Passchendaele et de Zonnebeke. Alfred est troisième en excellence. Et cette ligne, qu'il faut porter au crédit de son humour : « Atteignant l'âge de 40 ans, j'ai le désagrément de devenir éligible au Sénat, grâce aux couvents dont je suis devenu propriétaire. »

La remise en route de l'usine. « C'est après bien des hésitations que Papa V.d.S. se décide à la restaurer. » Nouvelle cheminée, nouvelle toiture ; « nos machines électriques rentrent d'Allemagne lentement et en mauvais état » ; un moteur à gaz pauvre « qui marche fort mal ». Puis, le 24 décembre 1919 au matin, la grande machine est remise en marche« grâce à Dieu, le volant fêlé se tient bien ».

Achille : la Minerva et l'œil. « Papa V.d.Str. reçoit enfin sa nouvelle voiture Minerva, commandée depuis longtemps. Malheureusement il doit bientôt renoncer à voyager. » Une affection d'un œil : « d'abord vision double, puis une des paupières se referme, comme paralysée » ; cinq mois de traitement chez l'oculiste Leyman à Audenarde ; guéri, mais « la vue vite fatiguée ». Deux ans avant sa mort.

Décès collatéraux de 1919 : Victorine van den Peereboom le 7 février ; son père Maurice une quinzaine de jours plus tard ; sa sœur Ghislaine, épouse Jean Adam, morte en couches de son sixième enfant, en mars.

Une absence, dont on ne sait pas encore si c'est un silence. Le 29 juin 1921 meurt à Gand Louis van der Straeten, deuxième fils de Pierre, à cinq ans et demi — dix semaines après son grand-père Achille. Le carnet, tel qu'il nous est parvenu, n'en dit rien : les entrées de 1921 s'arrêtent au 31 mai, puis viennent les rubriques Affaires et Commune.

Mais la page du 31 mai est écrite jusqu'au bord inférieur du feuillet. Elle ne s'arrête pas, elle est pleine. Le feuillet suivant, celui qui portait juin à décembre 1921, n'est pas dans le carnet numérisé — et c'est là que la mort de Louis devrait se trouver. Voir plus bas : ce n'est pas un cas isolé.

1920. Reprise de la fabrication en février, « d'une façon très malheureuse ». En mai, « une grande partie du personnel féminin, sourdement travaillé depuis quelque temps, s'enrôle au syndicat socialiste. Cela nous met plus à l'aise pour instaurer le short time » — vingt-huit heures par semaine.

La mort d'Achille van der Straeten, 9 avril 1921. « Le 9 avril — samedi, au matin — on trouve mort, dans son lit, mon cher et vénéré beau-père Van der Straeten, dans l'attitude du sommeil le plus tranquille. Il sera donc mort en dormant, probablement d'une affection au cœur. Depuis quelques jours il se plaignait d'insomnies, sans être vraiment malade. » Et ceci, qui est un jugement : « Toute sa vie il fut le plus brave et le meilleur des hommes, mais les épreuves de ces dernières années, chrétiennement supportées, lui ont inspiré les sentiments d'un saint » — suit la liste de ces épreuves, entre parenthèses : la mort de sa sœur Adélie en 1913, la guerre et ses difficultés comme bourgmestre, la mort subite de sa femme, le bombardement et la fuite, la mort de Joseph à Paris, la ruine partielle de sa fortune. Son testament donne à Marie-Antoinette, Thérèse et Pierre la faculté de reprendre à prix modéré les maisons qu'ils occupent, et les meubles meublants à Marie-Antoinette. Funérailles le 14 avril dans une chapelle provisoire : l'église d'Eyne n'est pas encore reconstruite. Le 31 mai, mariage d'Alphonse, frère de Léon, avec Marie-Thérèse van den Peereboom.

La même année : « sécheresse persistante tout l'été ; manque d'eau absolu qui nous oblige à chômer de juillet à octobre », et l'exercice se solde en perte. On met en marche l'installation électrique Brown & Boveri en février ; on fait reconstruire les fermes de Langemark et d'Ypres contre cession des dommages de guerre ; et on fait réparer environ 78 maisons à Eyne et Mullem. L'église d'Eyne est reconstruite par l'État, pour plus de 800 000 francs. Léon reprend le siège électoral d'Achille aux communales d'avril — Achille l'avait désigné lui-même peu avant sa mort. C'est la première élection avec le vote des femmes et la représentation proportionnelle ; sa liste obtient sept élus sur onze.

1922. Alfred second au collège, entre en rhétorique en septembre. Le 23 novembre, naissance de Ghislaine, onzième et dernier enfant ; parrain Alfred. En janvier, « papa C.B. fait une nouvelle chute (congestion ou vertige) ; ses facultés intellectuelles commencent à baisser peu à peu, surtout la mémoire ; tout travail suivi lui est interdit » — il s'agit d'Alfred Claeys Bouüaert, le père de Léon. Notre résumé attribuait ces lignes à Achille van der Straeten, mort dix mois plus tôt ; la transcription verbatim l'a corrigé. Et la première mention du mal d'Yvonne, épouse de Pierre : « menacée de tuberculose » — deux ans avant sa mort.

1923-1924. Jubilé des cinquante ans de mariage des parents Claeys Bouüaert, le 24 octobre. Puis, le 4 mai 1924, la mort d'Yvonne van der Straeten, à trente-cinq ans, de tuberculose pulmonaire : « les deux derniers mois n'ont été qu'une longue agonie supportée avec beaucoup de courage et beaucoup de foi. Elle laisse Pierre veuf avec cinq jeunes enfants. »

1925. En avril, Marie-Thérèse est opérée d'urgence d'une mastoïdite à l'Institut de la Sainte-Famille à Gand ; elle rentre le 18 mai. Mois d'août à Westende, villa Victor ; offices au Kursaal en construction. Pèlerinage diocésain à Lourdes de Marie-Antoinette, Alfred et Marie-Thérèse. Voyage en Hollande en automobile avec les Dombrisourt [?]. Côté affaires : « baisse assez forte sur lins et fils. Vente difficile. Bénéfice nul. » Adjudication des égouts et trottoirs en juin, environ 460 000 francs. Et le 31 décembre, « pluies excessives — vers 2 heures de l'après-midi, inondation complète du jardin et de la cour ; l'eau ressortant par la grande porte ; toutes nos caves sont remplies d'eau. Désastres dans tout le pays. »

La mort de Pierre van der Straeten, 10 novembre 1926. Le témoignage est direct et sans détour : « Mon beau-frère Pierre Van der Straeten, malade depuis plusieurs mois, est administré fin octobre, meurt le 10 novembre (laryngite tuberculeuse — organisme usé par excès de boisson) — il laisse cinq enfants orphelins de père et de mère, et fait un testament instituant comme tutrice sa servante Alma De Cuyper !!! Cette histoire fait scandale, et à grand-peine et sur menaces de procès et difficultés, j'obtiens la renonciation d'Alma, moyennant indemnités. Est tutrice la grand'mère, Mme Théodore Moens de Hase, et moi-même subrogé-tuteur. »

La suite, la même année : Alma De Cuyper quitte la maison, « heureusement » ; Mme Moens s'installe provisoirement chez les orphelins, remplacée en décembre par une gouvernante, Mlle Maria De Vielder ; et Achille, le fils aîné de Pierre, est retiré du pensionnat des Frères de Saint-Amand « où il ne faisait rien et restait presque illettré », ramené à Eyne pour être éduqué avec Albert Claeys Bouüaert sous Mlle Paula Van den Bossche.

Entre deux guerres : 1927-1934 pages 49 à 60

Ces pages concernent presque uniquement la famille Claeys Bouüaert : le service militaire d'Alfred au 2e lanciers à Etterbeek, ses études de droit et son stage d'avocat à Gand, puis sa nomination comme administrateur territorial au Congo belge — départ d'Anvers le 29 avril 1932, poste à Sandoa sur la Lulua à partir du 1er juillet.

Des van der Straeten n'apparaissent qu'en marge, et toujours d'une ligne. En octobre 1929 : « Achille V. d. Straeten va en pension à Mons, collège des Jésuites. » En août 1932, il part à Lourdes avec Marie-Antoinette et trois des enfants Claeys Bouüaert. Vers 1933-1934 : « Madeleine V. d. Straeten passe au S-Cr de Linthout », et « Mlle De Vielder, chez enfants Pre, menacée dans sa situation » — la gouvernante des orphelins.

Et cette phrase de septembre 1930, qui est la plus importante du lot :

Septembre. Les enfants de Pierre v. d. Str. quittent définitivement leur maison du Dykbosch (louée au Dr Vindevogel) et

La page s'arrête là, au bas du feuillet. La phrase qui dit où les cinq orphelins sont allés vivre est sur le feuillet suivant, qui n'est pas dans le carnet numérisé. C'est une question ouverte de longue date dans la famille, et le carnet y répondait.

Au passage, la date est établie : septembre 1930, et non 1926 comme on le disait — quatre ans après la mort de leur père, pas immédiatement après.

La seconde guerre : 1935-1944 pages 61 à 72

Le fond de ces pages est la grande Histoire : dévaluations, Rex et Degrelle, guerre d'Espagne, Anschluss, Munich, puis la guerre. Au premier plan, la famille.

1936. Achille fait son service militaire à Bruxelles, au 2e lanciers. Madeleine van der Straeten est envoyée à La Ramée pour raison de santé. Daisy, fille de Pierre, rentre de pension ; difficultés avec Mlle De Vielder, la gouvernante.

1937, le conflit avec De Schrijver. Un conflit financier grave oppose Agnès van der Straeten, fille du bourgmestre, à son homme d'affaires De Schrijver : tentative de faire arrêter la filature, menaces de procès. Léon doit racheter seul la part d'Agnès, qu'il juge trop chère. Le notaire Verleyen est accusé de surestimer les biens pour la déclaration de succession de Marie-Antoinette.

1937-1938. « Année difficile, crise dans le textile, bénéfice réduit à 36 000 frs. — Sortie de l'indivision avec Agnès V.d.S. » Le partage de l'indivision van der Straeten se fait au prix d'une « héroïque reddition des comptes depuis 1921 » — dix-sept ans. Et sous la rubrique Famille : « Joe entre au noviciat des Jésuites à Tronchiennes. — Achille entre à l'usine Moens. » Les deux orphelins de Pierre, le même mois, l'un au noviciat et l'autre à l'usine.

1940. Achille van der Straeten et Eugène Moens sont faits prisonniers de guerre, mais rapidement libérés.

1941-1942. Fiançailles et mariage d'Achille ; il vient ensuite régulièrement à la filature pour se former, et remplace Léon « aux affaires » à Gand à partir de 1942.

1940-1941, la mise à l'écart. C'est le passage que le résumé avait entièrement manqué. « Suspension des conseils communaux par l'occupant ; mise à la retraite d'office des échevins et bourgmestres de plus de 60 ans. — Léon Gevaert désigné bourgmestre. » Léon a soixante et un ans : l'occupant le destitue par une mesure d'âge. Il restera écarté de la commune jusqu'en septembre 1944. À l'usine : « Grande pénurie de matières premières et de charbon, arrêt fréquent des machines, manque d'huiles de graissage. — Tracas et exigences continuelles du fisc. »

1943. Antoine est prisonnier de guerre à Prenzlau, Oflag II A ; Alfred est au Katanga, « correspondance difficile via le Portugal ». Les 24 et 29 août, ordination sacerdotale et première messe de leur fils José. En automne, « Ignace prête serment d'avocat au barreau (stagiaire chez son patron Armand Van der Straeten) » — le prénom est maintenant lu en entier, mais le lien de parenté reste à établir. Et : « Multiples alertes aériennes et passages de bombardiers. — Restrictions alimentaires toujours très sévères ; marché noir. »

1944. « Mariage de Jacques Van der Straeten avec Josette de Neve de Roden. » La maison se remplit : « nous hébergeons plusieurs familles de réfugiés d'Ostende fuyant les bombardements côtiers ». Et l'attente : « L'angoisse grandit devant les opérations militaires et les menaces de destruction. »

La libération d'Eyne, septembre 1944. « Début septembre : retraite précipitée des troupes allemandes. — Journées inoubliables de la Libération. — Violents combats le 6 septembre à Eenaeme et aux abords de la ville pour le passage de l'Escaut. — Troupes anglaises et canadiennes logées chez nous et à l'usine. — Grande joie de retrouver la liberté après plus de quatre années d'oppression. »

Le prix, noté sans emphase, sous la rubrique Décès : « Albert Coppieters ; trois personnes fusillées au coin de notre maison le 6 septembre. » Et sous Maison : « Un éclat d'obus a endommagé la toiture lors des combats de septembre ; réparations urgentes avant l'hiver. » À l'usine : « Arrêt complet de la filature faute de charbon et d'électricité ; ouvriers au chômage forcé. » En octobre viennent les mesures monétaires du ministre Gutt — dépôt obligatoire des billets et déclaration des titres au porteur. Une photographie de famille est collée en page 71, légendée « 1944 — la guerre s'achève ».

L'après-guerre : 1945-1956 pages 73 à 84

Ces pages suivent surtout la carrière d'Alfred : administrateur territorial au Congo, destitué par le ministre Buisseret en mars 1955 pour des raisons liées aux écoles laïques, procès gagné devant le Conseil d'État en 1956, puis délégation belge à l'ONU à New York. Autour, la grande Histoire : fin de guerre, Question royale, guerre de Corée, avènement de Baudouin, Diên Biên Phu, crise de Suez.

Deux mentions van der Straeten. En 1946, Marguerite van der Straeten figure dans la liste des décès de l'année. Et en 1955, dans une rubrique Famille qui enfile les mariages et les retours de mission, cette ligne qui ferme la page : « Jean Pierre (10 ans) fils d'Achille V. d. Str. a la polyomyélite — jambe paralysée. » Sept mots, au bas du feuillet, et la page suivante commence 1956. La même année : « Mariage de Daisy V. d. Straeten et Emmanuel de Loën (veuf). »

Les dernières années : 1955-1967 pages 85 à 96

1955-1959. Voyage d'Alfred à New York pour l'ONU ; l'abbé Bozowski [?], réfugié de Varsovie, reçu deux fois ; épidémie de « grippe asiatique ». En 1958, Chantal est retirée du Sacré-Cœur de Turnhout pour raisons de santé ; Exposition universelle de Bruxelles au Heysel ; élections générales et chute du ministère Van Acker ; mention d'un « Étienne V.d.Straeten » assistant au noviciat en Tyrol, non rattaché à ce jour à la lignée. En 1959, voyage d'inspection d'Alfred pour l'ONU — Hawaï, Micronésie, Nouvelle-Guinée, Australie ; il achète une maison rue Général Lotz à Bruxelles ; mort d'Hélène, sœur de Léon, au petit Béguinage de Gand ; Alfred rentre « pessimiste sur le Congo ».

1960-1962. Achat du chien Bento, un setter. Le 11 juillet 1960, retour précipité de Hetty et de deux filles de Léopoldville — c'est la crise de l'indépendance du Congo. En 1961, Léon est confiné cinq semaines pour une rupture d'artère au mollet ; achat d'une Mercedes ; voyage de Christine avec Antoine à Nazareth, Haïfa, Tel-Aviv ; visite de Mgr Hakim, évêque de Galilée. En février 1962, mort de José Claeys Bouüaert, frère de Léon ; Anne Coppieters entre au carmel de Bruges le 25 mars ; succession imprévue d'une cousine à Abbeville, au huitième degré.

Une photographie pleine page occupe la page 91 : un homme âgé en canotier et gilet, sous une arche de pierre — vraisemblablement Léon lui-même. Sans légende.

1963-1964. Hiver très rude, cinquante-quatre jours de gel. Naissance d'Alexis, sixième garçon, chez Kitty à Winterslag. Agrégation d'enseignement supérieur d'Ignace à l'université de Gand. Expropriation pour le ring d'Audenarde d'une parcelle de Thérèse : 600 000 francs, répartis entre les sept enfants — et du vin. En 1964, mariage à Uitbergen de Jean-Christian Coppieters et de Rose-Marie van de Walle ; Ignace ne se représente plus en politique ; Chantal ouvre un cabinet de kinésithérapie.

1965. Inondations et corvées d'eau. Le 8 mai, réception pour les noces de diamant — environ cent soixante personnes. En juin ou juillet, mariage de Chantal Claeys Bouüaert et de Paul Émile Glénisson. Et, au récapitulatif de fin d'année, cette ligne : « les Achille V. d. Straeten habitent à Mullem (près anc. Moulin) ». En septembre, fiançailles de Marie-Rose Coppieters avec Hubert d'Ydewalle ; mariage à Gand d'Anne-Marie Claeys Bouüaert et de Baudouin Goeminne.

1966. Le début de la paralysie de Thérèse. En janvier : « Thérèse peu à peu paralysée et sans paroles. Extrême-Onction. » En février : « location de voiturette et cessons tout traitement. » En avril : « installons Thérèse en bas, en grand salon. » Le 14 mai, naissance de Renaud, fils de Chantal Glénisson. Mariage de Martine Claeys Bouüaert. Agnès et Édouard Claeys Bouüaert meurent le même jour.

Et, au récapitulatif de la même année : « mort de M. C[?]nudde, homme d'affaires d'Agnès (sœur de Thér.), heureusement remplacé par Achille — qui obtient nouveau Testament. » Achille van der Straeten reprend les affaires de sa tante Agnès en 1966 — vingt-neuf ans après le conflit de 1937 avec De Schrijver, un autre homme d'affaires.

1967. Le 20 janvier, mort de Fernand, frère aîné de Léon. Mariage de Claire-Noëlle et de Michel Imperioli à Eyne. Naissance de Geoffroy Glénisson chez Chantal — le carnet ne donne pas le mois. Mariage de Myriam avec Bernard de Haan, mariage de Marc Claeys Bouüaert avec Édith Corbeau. Décès du chanoine Fernand Claeys Bouüaert et de Paul Moens de Hase, beau-frère de Léon. Et la crise persistante de la filature : remboursement d'un emprunt de guerre, partages successoraux à sept enfants.

La fin : 1968-1971 pages 97 à 102

1968. Naissance de Donatienne Imperioli. Naissance et mort le même mois d'un fils de Martine, Bertrand. La page porte une rubrique inédite, « Travaux » : peinture du bureau, réparations du ruisseau et de la toiture, le fruitier transformé en bibliothèque, le puits artésien abandonné, une pompe pour la citerne d'eau de pluie — et, à Noël, le placement d'un Monolift au petit escalier, un monte-escalier de la maison De Reus à Rotterdam. Deux ans après le début de la paralysie de Thérèse. La même rubrique note que « transports de Th. matin et soir supprimés ». Côté affaires : « sit. filature à peine meilleure — vente des terres d'Inghem — expropriations à Eine, Ypres ».

1969. Le 12 avril, mariage de Marie-Rose Coppieters avec l'aviateur militaire Alexis Ruzette. En mai, naissance de Florence Glénisson. En août, « ai 90 ans ». Et le 22 juin : « décès calme de ma chère femme Thérèse — après huit jours refus de toute nourriture — Service le 26. »

L'homélie. Deux feuillets dactylographiés sont insérés aux pages 99 et 100, numérotés « - 2 - » et « - 4 - » : l'homélie funèbre de Thérèse, lue au service du 26 juin. Les feuillets 1 et 3 manquent. Le texte est construit sur Jean 17, 21 et 24 et sur Éphésiens 4, 4, autour de l'unité familiale : « le grand souci de sa vie fut l'union, la concorde, la compréhension et l'entente tout d'abord et particulièrement parmi les siens, mais aussi au sein de la grande famille des peuples. C'est dans le même esprit qu'elle s'intéressa aux Églises orientales, accueillant chez elle évêques et séminaristes. » Ce qui éclaire, rétrospectivement, les visites de Mgr Hakim et de Mgr Saad relevées au fil des années.

1970, la dernière page de sa main. Sept lignes, puis la page s'arrête net aux trois quarts, sur de la réglure vierge. Il note l'été chaud et sec, l'automne à la neige persistante, l'hiver long — chauffé jusqu'en mai. En janvier, la neige tenace et des ennuis de bandage herniaire. En février, la clinique de Thielt avec Éliane, l'opération le 6, le retour le 17 avec Antoine. En avril, « tous les Crombr. à Pâques ». En mai, « Jo achète auto Citroën ». Et en juin, la dernière entrée : « réception pour Ignace (200 invités) — les Ign. à ferme Astene ». Les rubriques « Famille » et « Affaires », qu'il tenait depuis soixante-trois ans, n'y sont plus.

Les derniers jours. La page 102 porte un feuillet dactylographié, d'une autre main — un proche s'adressant à un « tu » : « C'est ta tante M.Th. qui le gardera. » Le chapelet devenu trop lourd à égrener, et gardé près de lui. Le 26 juillet 1971, la dernière descente de l'étage. La canne « devenue trop légère, ne servant plus d'appui ». Les appels nocturnes, « maman, maman »« après avoir été plongé dans le monde pendant 92 ans, gardé toute la limpidité d'un cœur d'enfant ». Et ses paroles : « Le Bon Dieu d'abord », « Aidez-moi à bien mourir… Priez pour ma bonne mort. »

Le feuillet s'arrête sur cette phrase : « Le samedi 25 septembre 1971, la fièvre le prit : 39° et ne le quitta plus. » Il ne dit pas la mort. Léon Claeys Bouüaert meurt le 27 septembre 1971, deux jours plus tard — la date est donnée par la page de titre du carnet et par son souvenir mortuaire.


Comment ce carnet a été lu

Le manuscrit n'avait jamais été transcrit. Chaque page a été lue indépendamment par plusieurs modèles de lecture automatique, et les passages décisifs arbitrés directement sur l'image. Les cent deux pages ont au moins deux lecteurs ; les pages 85 à 102, trois.

Le carnet est désormais transcrit en entier. Au 11 septembre 2026, les cent deux pages existent en transcription mot à mot — les pages 1 à 84 ont été faites ce jour-là, les pages 85 à 102 l'avaient été en août. C'est de là que viennent tous les passages entre guillemets de cette page. Il n'y a plus de résumé entre le manuscrit et ce qu'on lit ici.

Cela n'a pas été sans conséquence. Le passage au mot à mot a corrigé quatre affirmations que nous avions publiées — l'attribution d'un déclin au mauvais homme, l'âge d'un grand-père, la date de naissance d'un enfant, le destinataire d'une lettre —, tranché plusieurs lectures restées douteuses, et surtout révélé ce qui suit.

En cherchant les feuillets manquants de l'allocution de 1905, on a par ailleurs retrouvé dans le fonds la plaquette imprimée qui en donne le texte entier — elle y était depuis toujours, sous une couche d'OCR si dégradée qu'aucune recherche ne pouvait la faire remonter.

Il manque des pages au carnet numérisé

C'est le résultat le plus important de la journée, et il n'apparaît qu'en travaillant au mot près. En plusieurs endroits, une page est écrite jusqu'au bord inférieur du feuillet et la page suivante ne la continue pas. Sur les cent deux pages, treize coupures ont été relevées — des phrases interrompues en plein milieu, parfois au milieu d'un mot. Les voici :

Il faut y ajouter l'homélie funèbre de Thérèse, dont nous avons les feuillets 2 et 4 et pas le 1 ni le 3.

Ces treize lacunes ont été établies par deux indices croisés : une observation matérielle relevée page par page — le texte descend-il jusqu'au bas du feuillet, la page suivante reprend-elle la phrase — et la grammaire, une page qui se clôt sur une virgule ou sur un mot coupé. Compter les lacunes vaut mieux que les deviner : cela donne la liste des feuillets à chercher.

Nous ne savons pas si ces pages ont été perdues ou si elles n'ont simplement pas été photographiées lorsque le carnet a été numérisé en 2018. La seconde hypothèse est la plus probable, et elle est vérifiable : il suffit d'ouvrir l'objet. Si elle est juste, le carnet compte sensiblement plus de cent deux pages, et une part de ce qui manque à cette page-ci existe toujours.

Le dispositif a servi à quelque chose, et pas là où on l'attendait. Il ne désigne pas un bon lecteur : sur les pages 85 à 96, le meilleur lecteur était l'un ; sur la page 101, l'autre. Et sur cette page 101, la lecture juste — « auto Citroën » — n'avait été trouvée par aucun des deux. La divergence entre lecteurs indique où regarder ; elle ne dit pas qui a raison.

Trois erreurs méritent d'être consignées, parce qu'elles se ressemblent :

Chez ces lecteurs, la transcription est fiable ; les titres, les résumés et les attributions ne le sont pas. Ils arrivent dans le même message et se lisent comme un tout. Il faut les séparer.

Une quatrième erreur nous revient en propre. Pour orienter une relecture, nous avions signalé qu'une page mentionnait « des van der Straeten et un lieu-dit avec un moulin ». Le lecteur a placé un van der Straeten dans la mauvaise ligne — le manuscrit portait d'Ydewalle — et fabriqué un moulin là où il n'y en avait pas. Le point de vigilance, censé concentrer l'attention, avait fonctionné comme une suggestion. Depuis, les pages sont lues à l'aveugle d'abord, et les questions ne viennent qu'après.

Ce que nous n'avons pas su lire

Ces points restent ouverts. Ils sont énumérés ici pour qu'un lecteur de la famille puisse les trancher.

Deux pages manquent physiquement : la suite du récit de l'agonie du petit Fernand, interrompue en page 26 ; et les feuillets 1 et 3 de l'homélie funèbre de Thérèse, dont nous n'avons que le 2 et le 4.

Source : carnet manuscrit de Léon Claeys Bouüaert, 102 pages, archives familiales. Transcription intégrale établie en août 2026 ; contrôle croisé multi-lecteurs sur les 102 pages, arbitrage sur image pour les pages 25-36 et 85-102. Dates d'état civil recoupées avec le fichier généalogique familial.

Voir aussi : le carnet comme objet · le carnet, année par année · les carnets de la famille · Léon Claeys Bouüaert

Sommaire
Ce que cette page est 1879-1905 · avant le carnet 1907-1913 · les premières années 1914-1918 · la guerre 1919-1926 · l'après-guerre et les deuils 1927-1934 · entre deux guerres 1935-1944 · la seconde guerre 1945-1956 · l'après-guerre 1955-1967 · les dernières années 1968-1971 · la fin Comment ce carnet a été lu Ce que nous n'avons pas su lire