Biographie, version de travail enrichie. Sources : Esquisse Biographique de José Claeys Boúúaert S.J. (PDF, ~15 p.) ; version néerlandaise 2019 (docx) ; Lindemans, Land van Aalst, 1955 ; van Rynenghe de Voxvrie, Tablettes des Flandres, 1972.
Repères chronologiques
- 11 mars 1754 : naissance à Vlierzele (baptisé le 14 mars 1754 en l'église Saint-Frédéric). [Note : la pierre tombale d'Eyne donne "GEBOOREN TE VLIERZELE DEN 14 MAERTE 1754", soit la date de baptême.]
- Parents : Maximilien van der Straeten (filius Pieter ende van Joanne van Aelbrouck, †8 novembre 1780, "oud 63 jaer"), bourgmestre de Vlierzele et Bavegem, greffier de la Heerlijkheid van Ter Breemt (seigneurie des Lichtervelde) ; et Isabelle Theresia Standaert (1732-1791), "filia Rochus", native d'Hillegem.[tombMax] [Note : la tombe de Maximilien donne "2 novembre 1780" et "Isabelle Catharina Standaert filia Riochus", mais l'inventaire officiel (Archives de l'Etat a Gand, N. 98 f. 187bis, inv. Vlierzele) corrige en "8 Novembre 1780" et "Isabelle Theresia Standaert fa Rochus". L'inventaire, document juridique, est plus fiable que la pierre tombale. La mere de Maximilien est confirmee : Joanne van Aelbrouck (= van Kelbrouck).]
- Fratrie (d'après la tombe de Maximilien et l'inventaire Standaert de 1782, dans l'ordre) : Sebastianus (l'aîné, "greffier der selve heerlijkheid Ter Breemt", continue la charge de son père ; reside a Gand et agit comme vooght paternel des mineurs dans l'inventaire) ; Livinus Francies (= LF, "syn selfs" = majeur en 1780) ; Marie Alexandrinne (mariee a Ferdinandus Matthys, a Wetteren) ; Joannes Francies (22 ans en 1780, donc ne ca. 1758) ; Marie Lucie (19 ans en 1780, donc nee ca. 1761 ; °28 janvier 1763 selon d'autres sources, x Geeraard de Vuyst, notaire a Borsbeke, †ibid. 23 decembre 1817) ; Joannes Anthonius (13 ans en 1780, donc ne ca. 1767 ; moine premontré à l'abbaye du Parc, curé de N.-D. au Bois pendant trente ans) ; Caroline Livyne (11 ans en 1780, donc nee ca. 1769) ; et Norbertus vander Straeten (8 ans en 1780, donc ne ca. 1772). L'inventaire de 1782 ne liste que huit enfants ; Constantinus, present sur la tombe de Maximilien, est absent de l'inventaire, ce qui suggere qu'il est decede avant 1780 (en bas age). Le vooght maternel est Sieur Anthone-Francies vander Meiren, tot Velsicque (parent par la mere Standaert).
- Ter Breemt : la seigneurie de Ter Breemt appartenait aux Lichtervelde. Maximilien en était greffier, et Sebastianus (frère aîné de LF) lui succéda dans cette charge. La relation entre les van der Straeten et les Lichtervelde remonte donc au moins à la génération de Maximilien, bien avant la procuration de 1788.
- 1763 : le comte Charles-Franz de Lichtervelde achète la baronnie d'Eyne à la famille Rheingraf, princes de Salm. La "baronnie, heerlijcheyt en prochie van Eyne en Heurne" formait une des quatre Beerijen de Flandre. La charge de greffier est confiée à la famille van der Straeten : en 1763 à Sébastien, l'aîné.
- 1778 : Liévin François est nommé greffier d'Eyne, Heurne et Mullem et s'y installe définitivement à 24 ans ; il habite provisoirement la maison à pignon de la grand'rue portant aujourd'hui le numéro 19. La tombe de Maximilien le décrit alors comme "greffier der prochien ende baronie van Eyne en Heeurne, Baljuw der parochie end baronie van Auweghem ende van Eecke op de Schelde".
- 23 octobre 1780 : Charles Joseph François Xavier Hyacinthe, grave (comte) van Lichtervelde, "heere van het gemelde Eeke", lui octroie sa commission de bailli d'Eke. Acte conservé : DUERMAEL 400 — IMG_0506 (T-365, vue d'ensemble) ; IMG_0502 (pièce A recto, corps) ; IMG_0518 (signature autographe Lichtervelde + sceau cire rouge).
- 1783 : mentionné dans la Gazette van Gend (éditeur D.J. Vanderhaeghen) comme personne de contact officielle pour la vente publique d'une maison à Eyne. Titre : "Livinus Francies van der Straeten tot het voorzeyd Eyne." L'avis précise : "De gene die middelertyd van de Conditien willen onderricht zyn konnen hun addresseeren ten Huyze en Komptoire van Livinus Francies van der Straeten tot het voorzeyd Eyne." (Ceux qui souhaitent être informés des conditions peuvent s'adresser à la maison et au comptoir de Livinus Francies van der Straeten à Eyne.) Confirme que dès 1783, soit cinq ans après son arrivée, il dispose d'un "Huys en Komptoire" à Eyne et exerce pleinement son rôle d'officier public dans la paroisse. Le bien à vendre, au comptant à partir du 27 mai 1783, était situé "recht over de Kerk Deure" (juste en face de la porte de l'église d'Eyne), avec façade sur la "groote Kalfyde van Gend op Audenaerde" (grand chemin de Gand à Audenarde). Ancien domicile du "Heer Presbyter van der Guchte". Surface : environ 50 roeden mesure d'Audenarde, convenable pour trois logements.
- 31 juillet 1788 : le comte van Lichtervelde lui accorde une procuration générale et irrévocable pour gérer l'ensemble de ses biens et seigneuries (Luizele, Rooborst, Maerck, Jens, Vander Gracht). Acte scellé, château de Rooborst.[licht2]
- 1788 : achat de l'"Ammanye" à Gaspard Seyen. Propriété féodale requérant deux actes d'achat (l'un devant notaire, l'autre devant la cour féodale).
- 1790 : son nom figure sur la liste des corps de volontaires patriotes d'Audenarde (chronique De Rantere).
- 25 octobre 1798 : attaque des "brigands" à Eyne. Il défend les registres de la commune.
- Décembre 1798 : arrêté comme otage par le Directoire, transféré à Paris.
- 13 ou 14 ou 15 décembre 1798 : arrivée à la prison du Temple. [Trois sources discordantes : (1) la lettre n°2 (8 Nivôse an VII) dit "le 23 du dernier mois" = 23 frimaire = 13 décembre ; (2) le document d'admission est daté "24 frimaire an VII" = 14 décembre ; (3) les Tablettes des Flandres (van Rynenghe de Voxvrie, 1972, p. 167) donnent le 15 décembre. La lettre originale, source primaire de la main de LF, plaide pour le 13 décembre.]
- 14 mai 1799 : libération définitive. Cinq mois de détention.
- 29 septembre 1802 : dirige (depuis son comptoir à Eyne) la vente publique d'une maison à Eyne, appartenant au chapitre supprimé de Sint-Eloy, pour le compte du chapelain Jan Baptiste Belsens. Titre : "Livinus vander Straeten ex greffier tot Eyne Audenaerde deze verkoopinge dirigerende." Gazette van Gend, 1802 (éditeur Jan Meyer).
- 13 décembre 1803 : mariage civil avec Isabelle Jeanne Catherine Duermael (22 frimaire An XII, registre des mariages d'Eyne). Mariage religieux vraisemblablement le 18 décembre 1803 (dimanche), date donnée par Claeys Boúúaert. [La date du 15 décembre figurant dans le docx néerlandais 2019 est écartée par les deux autres sources.]
- 23 novembre 1811 : dirige la vente publique de la hofstede Allegaert à Mullem (wijk van Beke), pour le compte de Ludovicus Allegaert, percepteur. Ses propres terres à Mullem bordent les lots 1 et 2 de la vente. Titre : "Livinus Francies vander Straeten ex greffier tot Eyne by Audenaerde deze verkoopinge dirigerende." Annonces et avis divers du département de l'Escaut, Part 1, 1811 (éditeur de Goesin-Verhaeghe).
- 19 mai 1820 : dirige la vente de domaines agricoles à Eyne et Heurne pour les héritiers de Pieter Francies Maebe. Dispose d'un bureau à Gand, S. Jacobs-nieuwstraete, en plus de son comptoir à Eyne. Travaille en tandem avec le "notaris Heyse, oud greffier tot Eyne". Gazette van Gend, 1820 (éditeur Jan Meyer).
- 8 novembre 1828 : décès à Eyne, à 74 ans. Inhumé au cimetière d'Eyne, à la chapelle du calvaire flanquée de deux ifs. Deux grandes pierres tombales en pierre bleue érigées de part et d'autre du calvaire : celle de gauche commémore Lievin François et Isabelle avec la liste de leurs enfants ; celle de droite, érigée après 1879, commémore leur fils Amand et son épouse Eulalie Amelot.[tombales] Son épouse lui survivra trente ans (†31 mars 1858, à 90 ans ; la pierre confirme la date et précise qu'elle était "gebooren tot Gend", née à Gand).
Portrait physique
Claeys Boúúaert le décrit comme un "homme de taille moyenne (1,60 m.), solide de carrure, aux cheveux brun foncé tombant sur un front bas, aux yeux gris-bruns, le menton rond et le visage plein". La petite vérole, contractée dans l'enfance, marqua son visage pour le reste de ses jours. Aucun portrait peint de lui n'est conservé dans les archives familiales, vraisemblablement pour cette raison.
Le signalement du document d'admission au Temple (24 frimaire an VII) confirme et précise : "Vanderstraeten (Liévin François), âgé de 43 ans, natif de Vlierzele, département de l'Escaut, négociant et ex-greffier d'Eyne, même département, y demeurant. Taille 5'3'', cheveux bruns foncés mêlés de gris, sourcils châtains, front bas, yeux gris bruns, nez gros, bouche moyenne, menton rond, visage plein et fortement marqué de petite vérole."
Son écriture, arrondie et ornée, trahissait un tempérament facile, équilibré et une grande assurance (description Claeys Boúúaert).
Formation et entrée dans la carrière
Il reçut une solide instruction bilingue (français et flamand), qualité indispensable à l'administration autrichienne. Le gouvernement de Bruxelles exigeait le bilinguisme de ses fonctionnaires, et c'est sans doute cette maîtrise qui lui valut d'entrer très jeune dans l'administration.
En ce siècle des "lumières", les philosophes encyclopédistes étaient les maîtres de la pensée. Leurs théories révolutionnaires séduisaient les meilleurs esprits. Les opinions en Belgique se partageaient entre deux tendances qui se révèleront au grand jour pendant la Révolution brabançonne : les libéraux, partisans du changement et du progrès, et les conservateurs ou statistes, attachés aux anciennes institutions. Dans quel sens allaient les préférences de Liévin François ? Dans ses lettres, il n'y fait jamais allusion. D'un côté, par tradition familiale et par proximité avec le clergé, il penchait vraisemblablement vers la tendance conservatrice. De l'autre, son esprit éveillé et réaliste ne pouvait rester aveugle devant les tares de l'Ancien Régime, les injustices des privilèges, les complications byzantines d'une administration féodale décadente. Il est possible que les excès des conservateurs lors de leur triomphe éphémère en 1789, puis son séjour forcé à Paris, aient influencé son opinion en faveur des idées nouvelles — et l'aient poussé à donner à ses enfants une éducation plutôt libérale. Nous ne savons pas. Une chose est certaine : Liévin François avait trop de bon sens pour s'engager dans des querelles de doctrinaires. La souplesse avec laquelle il s'adapta successivement aux régimes autrichien, français et hollandais prouve qu'il était avant tout un homme d'ordre. Son fils aîné Amand, lui, tranchera clairement : libéral convaincu dès 1830, il ne ménagera pas ses démêlés avec le clergé intransigeant de la paroisse (voir biographie Amand).
La famille entretenait d'aimables relations avec le comte de Lichtervelde, baron du Herzele voisin, seigneur d'Eke sur l'Escaut, d'Ouweghem, de Berlaere. C'est la confiance de ce seigneur qui procura à Liévin François sa charge de greffier en 1778.
Charges et fonctions sous l'Ancien Régime
Arrivé à Eyne en 1778 à l'âge de 24 ans, il cumule trois charges distinctes :
- Greffier de la seigneurie d'Eyne, Heurne et Mullem.
- Bailli d'Eke et d'Auweghem (sur la pierre : "van Eeke en Auwegem").
- Gezworen pryser ende Deelman (priseur et partageur assermenté) de la Châtellenie d'Audenarde. [Note : CLAUDE.md indique "Receveur" ; la pierre tombale donne ce titre-ci. À réconcilier.]
- "Gezworen pryser ende Deelman van de stad en kasselr[ye] van Audenaerde" (priseur et partageur assermenté de la Châtellenie d'Audenarde) : titre gravé sur sa pierre tombale. "Pryser" = estimateur de biens ; "Deelman" = officier procédant aux partages successoraux et divisions foncières.[tombLF]
Les registres de la baronnie d'Eyne pour 1779-1781 mentionnent les noms de Sébastien van der Straeten et de Liévin van der Straeten comme faisant office de baillis et receveurs à Eyne (Claeys Boúúaert).
La commission de bailli d'Eke est octroyée le 23 octobre 1780 par Charles Joseph François Xavier Hyacinthe, grave ende Baron van Lichtervelde, suite au décès de son prédécesseur Sieur Frans Vander Cruijssen.[duermael400] Le dossier DUERMAEL 400 comprend deux pièces solidaires : la commission originale (IMG_0502, IMG_0504, IMG_0518) signée du comte et scellée de cire rouge, et la passeringe (procès-verbal de prestation de serment) devant le bourgmestre et les échevins d'Eke (IMG_0507–IMG_0517).
La charge conférée à LF est uniquement le baillage d'Eke op de Schelde, conféré "per interim et jusqu'à révocation" — formule typique de l'Ancien Régime autrichien, à la volonté du seigneur. La charge inclut également la direction du Leenhof (cour féodale) du château et du domaine d'Eke. LF doit prêter le serment anti-simoniaque prescrit par les placards de Marie-Thérèse du 12 janvier 1746, publiés au Consistoire du Conseil de Flandre le 17 mars 1749 : déclaration solennelle qu'il n'a ni offert ni promis argent ou autre chose pour obtenir l'office.
Le reste de l'acte est la titulature du signataire : le Comte y énumère l'ensemble de ses domaines pour asseoir sa légitimité seigneuriale. Le document le désigne comme "Charles Joseph François Xavier Hiachinte Grave ende Baron van Lichtervelde, Baron van Lijne ende Heurne, Heer van Vlaenderen, heere van Eecke op de Schelde, Vrijlande, Geluwe, Deerlijck, Diependaele, Afstele, Mallaerde, &c. &c., Chambellan actuel de Leurs Majestés Impériale, Royale et Apostolique" — soit le chambellan effectif de l'Empereur Joseph II. Le château d'Eke avait été reconstruit en 1753 par ce même Lichtervelde ; la commission de 1780 s'inscrit dans la continuité directe de cette implantation seigneuriale.
Note sur la titulature : parmi les seigneuries énumérées, Eyne et Heurne forment la « baronnie, heerlijcheyt en prochie van Eyne en Heurne », l'une des quatre Beerijen de Flandre ; Geluwe (Flandre occidentale, près de Wervik) et Deerlijk sont solidement attestées. Vrijlande, Diependaele, Afstele (ou Asche selon la pièce B) et Mallaerde (ou Malherde) restent à identifier — vérification sur les images [IMG_0504 (pièce A) et IMG_0512 (pièce B, copie au net).]
À son arrivée à Eyne en 1778, Liévin François alla vraisemblablement saluer le curé en charge, le Révérend M. de Cleene, chanoine de la troisième prébende. Celui-ci s'était rendu célèbre par un procès interminable intenté successivement à deux autres chanoines — le Révérend Fr. van der Straeten, puis le Révérend H. de Pestere, tous deux titulaires de la quatrième prébende. Ce n'est pas sans soulagement que l'on apprit, l'année suivante, la nomination d'un nouveau curé : le Révérend M. Belaen — le même dont la nièce Isabelle Duermael deviendra l'épouse de Liévin François vingt-cinq ans plus tard.
En 1788, il achète l'"Ammanye" à Gaspard Seyen. Cette maison, située au centre du village en face du schepenhuis (maison communale), s'appelait "Ammanye" ou "Ammanschap" (de ambtmanschap = maison du fonctionnaire). C'est là que se gardaient les "landboeken", les "renteboeken", les "leenboeken" et autres registres de la baronnie. Le village comptait alors près de 2.000 habitants, dont 350 chefs de famille (mémoire statistique de l'époque, cité par Claeys Boúúaert).
La propriété sera profondément transformée par les générations suivantes : en 1846 d'abord, Amand fit creuser l'étang dans le jardin pour donner du travail aux ouvriers pendant la crise de la pomme de terre ; vers 1875 ensuite, à l'occasion du mariage d'Achille avec Marie van den Peereboom, on fit construire l'étage et le jardin d'hiver (Claeys Boúúaert).
[À développer : nature exacte de ces charges, revenus, réseaux administratifs, archives de la Châtellenie d'Audenarde. Liste des baillis d'Eyne antérieurs : Pierre Bammydt (1512), Illaire Cabilliau (1557), Antoon Meere et Josse Nasins (1570), Phil. de Schietere (1574), Paul de Schrivere (1592), Arent de Bosscher (1598), Pierre Audoor (1603), Guillaume de Bosschere (1631) ; de 1661 à 1735 la fonction resta dans la famille Lanneau, père et fils. Voir : Archives Fonds Eyne, nos 147-153.]
La décennie révolutionnaire (1789-1798)
Liévin François a 35 ans lorsque les réformes de Joseph II soulèvent les Pays-Bas autrichiens. L'Empereur entend moderniser l'administration, abolir les privilèges provinciaux, supprimer les cours seigneuriales et réorganiser la justice. Pour un greffier de seigneurie comme LF, ces réformes ne sont pas une abstraction : elles menacent directement sa charge, ses revenus, son statut. La Révolution brabançonne de 1789 renverse temporairement la tutelle autrichienne ; les patriotes proclament les États belgiques unis (janvier 1790). LF s'engage : son nom figure sur la liste des corps de volontaires patriotes d'Audenarde dressée par le chroniqueur Bartolomeus De Rantere pour l'année 1790 (environ 300 noms). Mais l'épisode est bref. L'Autriche reprend le contrôle dès décembre 1790.
Les années suivantes bouleversent la région à un rythme inédit. L'invasion française de 1792, la défaite de Neerwinden (mars 1793) et le repli français, puis la victoire décisive de Fleurus (26 juin 1794) et l'occupation définitive se succèdent en l'espace de deux ans. Le 1er octobre 1795, les Pays-Bas autrichiens sont annexés par la France, découpés en neuf départements ; Eyne relève désormais du département de l'Escaut, chef-lieu Gand. Les cours seigneuriales sont supprimées. Du jour au lendemain, la charge de greffier de la seigneurie d'Eyne, Heurne et Mullem n'existe plus. LF perd le titre qu'il exerçait depuis dix-sept ans. Le 18 octobre 1796, le collège des chanoines d'Eyne est dissous par le citoyen Jonaud ; les biens d'Église sont confisqués et vendus comme biens nationaux.
Liévin François a vu venir le coup. Dès 1794, avant même l'annexion formelle, il fait preuve d'un sang-froid remarquable : il achète le Bekemolen (moulin à eau de Mullem) aux enchères volontaires, tenues à Audenarde le 29 mars 1794 (annoncé dans la Gazette van Gend du 6 mars 1794). L'acte de vente, conservé dans les archives familiales (transcription dactylographiée, 13 pages), décrit le bien en détail : une ferme avec grange et étables, un moulin à grains hydraulique (Koorn Water-Molen) et un pressoir à huile existant (Olie-Stamkot), le tout sur environ deux bonniers (2,8 hectares) de terres, viviers et prairies, bordés par la chaussée de Gand à Audenarde. L'annonce précise que pour les conditions de vente, il faut s'adresser "ten Komptoire van den Greffier van der Straeten tot Eyne". Cinq lots sont mis aux enchères, avec accumulation possible. La vente nécessite deux actes distincts : l'un devant les échevins de Mullem (droit commun), l'autre devant la cour féodale du Leenhove van Gavre (droit féodal), car le bien est tenu en fief. L'enchère monte progressivement de 350 livres de gros (mise initiale de Jacques Vander Straeten, de Gand) jusqu'à plus de 1 000 livres pour le premier lot seul. LF ne crée pas l'huilerie de zéro ; il acquiert un outil de production en état de marche, qu'il agrandira et modernisera dans les années suivantes. La chaîne de propriété remonte en réalité bien avant 1794 : en 1774, Joanna Catharina Vander Straeten (probable tante de LF) et son mari Pieter Joannes De Lepeleere habitaient et exploitaient eux-mêmes cette ferme-huilerie de Mullem, avant d'en mandater la vente pour liquider leurs dettes (DUERMAEL 227, IMG_0726, T-583).[bekemolen1774] En 1794, c'est LF lui-même — alors greffier en exercice — qui sert d'intermédiaire officiel pour la deuxième mise aux enchères du même bien, le comptoir d'inscription étant à sa propre adresse à Eyne (IMG_0735, T-592) ; et c'est là qu'il l'acquiert finalement. Un document de 1737 (IMG_1059, T-915) fait même remonter la présence de la famille VDS sur ce site jusqu'à la génération de Maximilien (né vers 1717). La séquence est donc : 1737 (ancêtres VDS) → 1774 (De Lepeleere × Joanna Catharina VDS, vente contrainte) → 1794 (LF acquiert aux enchères) → 1814 (huilerie hypothéquée, LF propriétaire confirmé) → 1875 (bilan Achille, 166 847 francs d'actifs).
L'occupation française s'accompagne de mesures qui frappent durement le monde rural flamand : dissolution des institutions locales, conscription militaire, réquisitions en nature, taxation lourde, persécution du clergé réfractaire. La loi Jourdan-Delbrel du 5 septembre 1798 impose la conscription générale. C'est l'étincelle. Les jeunes paysans flamands s'organisent en bandes armées sous la devise "Voor Outer en Heerd" (Pour l'Autel et le Foyer). Leur tactique : parcourir les villages et détruire les registres de l'état civil servant à établir les listes de conscrits. Liévin François, ex-greffier devenu gardien de fait des documents communaux, est placé devant un épineux cas de conscience.
La Boerenkrijg à Eyne et l'arrestation (1798)
Le soulèvement s'étend à une vitesse foudroyante depuis le premier incident d'Overmere (12 octobre). Le 24 octobre 1798, des incidents éclatent à Herzele et Burst, puis une escarmouche oppose 250 soldats français aux insurgés sur la route d'Audenarde ; les Français, dotés de deux canons, l'emportent facilement. Deux jours plus tard, les insurgés entrent dans Alost par la Geraardsbergsestraat. Herzele est à cinq kilomètres de Vlierzele (village natal de LF) ; Burst est le village ancestral des van der Straeten, celui dont Jacques, ancêtre de LF, était bourgemestre au XVIIe siècle. La révolte gronde au coeur même de la géographie familiale.
Le lendemain, 25 octobre 1798, Eyne reçoit la visite des "brigands". Certains tentent de pénétrer dans la sacristie de l'église, d'autres s'en prennent au domicile du garde-champêtre ; la majorité enfonce de force la maison communale qui se trouvait à cette époque devant la demeure du greffier. Ils commencent à détruire les registres.
Selon l'attestation signée par 37 notables du village, Liévin François "voyant que quelques brigands s'étaient déjà saisis des registres et papiers publics pour les détruire, les arracha de force, non sans péril de sa vie, et les porta dans sa maison." Les brigands revinrent à la charge et exigèrent les clés de la sacristie. "Il leur reprocha leur brigandage et leur dit qu'il était temps de se retirer, faute de quoi il en était fait d'eux."
L'attestation des 37 notables se concluait par cette déclaration : "que le prédit van der Straeten, leur concitoyen, a montré au temps des troubles une telle fermeté et un tel civisme contre les brigands, qu'on doit attribuer à ses soins et à sa ferme opposition à leurs desseins pervers que les troubles et brigandages dans la susdite commune n'ont eu aucune suite et que les attestants et autres habitants ont évité le pillage ou autres malheurs."
Le lendemain, les soldats français arrivèrent. L'ordre fut rétabli, mais un mandat d'arrêt visait Liévin François van der Straeten.
La prise d'otages pratiquée par le Directoire dans les départements belges est une innovation répressive sans véritable précédent dans le droit révolutionnaire. Aucune loi ne l'autorise encore formellement (la "loi des otages" du 24 messidor an VII, soit le 12 juillet 1799, ne sera votée que huit mois plus tard). Le Directoire agit en vertu d'arrêtés d'exception pris à la suite de la Boerenkrijg : les administrations départementales sont chargées de dresser des listes de "réquisitionnés" parmi les notables locaux, ex-fonctionnaires de l'Ancien Régime, nobles et parents d'émigrés, tenus pour responsables des troubles en raison de leur influence supposée sur la population. Le principe est simple et brutal : ces hommes répondent sur leur personne de l'ordre public dans leur commune. C'est un retour à une pratique d'Ancien Régime, la garantie par otage, réintroduite par un régime qui prétendait avoir aboli l'arbitraire.
Sur la liste des otages pour le département de l'Escaut figuraient 59 noms, dont Jean-Joseph Raepsaet, ami personnel de LF et greffier de la Châtellenie d'Audenarde (voir fiche séparée), le comte D'Hane Steenhuyse (Gand) et Della Faille (Gand). Le lien direct entre LF et D'Hane Steenhuyse reste à documenter. [La liste complète des 59 otages est conservée dans les archives familiales ; à localiser précisément.]
Le lien entre LF et Raepsaet est ancien et profond. Tous deux étaient des rouages de la même Châtellenie d'Audenarde : Raepsaet comme greffier depuis 1773, LF comme receveur. L'épouse de Raepsaet, Marie-Ursule Bauwens, était fille du receveur général héréditaire de cette même châtellenie. Deux familles, deux charges, la même institution. L'amitié se prolongera à la génération suivante : Amand, fils de LF, et les fils de Raepsaet évolueront dans les mêmes cercles politiques de la jeune Belgique indépendante.
"Lorsque j'ai quitté ma maison, écrit-il, j'ai versé quelques larmes, plus d'indignation et de colère que de tristesse."
La détention au Temple (décembre 1798 - mai 1799)
Le convoi des otages se dirigea vers Paris, aux frais des prisonniers eux-mêmes. La première lettre de Liévin François, écrite à M. De Meulemeester (ami et homme d'affaires), fut envoyée de Pont-Sainte-Maxence, petite ville sur l'Oise, le 12 décembre 1798 :
"Wij syn tot nu toe altyd voorts getransporteerd, maer het cost enorme geld... Daer werden overal mensen genomen. Wat dit alles seggen wilt, den heere wete et..." [Nous avons été transportés sans arrêt jusqu'ici, mais cela coûte énormément d'argent... Partout on prend des gens. Ce que tout cela veut dire, Dieu seul le sait...][temple1]
Les prisonniers arrivèrent à la prison du Temple le 14 ou 15 décembre 1798.[temple2] L'enclos fortifié, bâti par les Templiers au XIIe siècle, servait de prison d'État depuis la Révolution. Louis XVI y avait passé les derniers mois de sa vie avant son exécution (1793). Sous le Directoire, le Temple accueillait les opposants politiques ; les otages belges y côtoyaient des prisonniers de droit commun et des détenus politiques français.
Le document d'admission (24 frimaire an VII) le désigne comme "négociant et ex-greffier d'Eyne" : qualification révélatrice, qui montre que ses charges ont été supprimées et qu'il se présente déjà sous sa nouvelle identité professionnelle.
LF comprend immédiatement le mécanisme de son arrestation. Il écrit à De Meulemeester : "Ick aensie ons gevang als otage ende dat de commissarissen bij de respectieve cantons gemachtigd syn geweest van op te geven die hun dogten meest influentie op het volk te hebben." [Je considère notre emprisonnement comme une prise d'otage, et que les commissaires des cantons respectifs ont été habilités à désigner ceux qu'ils estimaient avoir le plus d'influence sur le peuple.][temple3] Il se considère comme un otage, arrêté non pour un délit, mais pour son influence locale supposée. C'est exactement le mécanisme des arrêtés d'exception du Directoire dans les départements belges : les commissaires cantonaux désignent les notables qu'ils estiment capables de calmer la population, et les font arrêter pour garantir l'ordre public. Le détenu est une caution vivante.
Les conditions au Temple sont supportables, du moins comparées à celles de Sainte-Pélagie, l'autre grande prison parisienne où sont enfermés certains de ses compagnons, dont Raepsaet : "daer sy moeten met tweeën in eene bedde slaepen ende... in een tonneken staende aen hun voeten, 't gone sy s' morgens nog selven moeten weghdraegen... ende sonder dat sy wandelen hebben." [là-bas ils doivent dormir à deux dans un lit et... dans un tonnelet placé à leurs pieds, qu'ils doivent eux-mêmes emporter le matin... et sans qu'ils aient de promenade.][temple4]
Le ton des lettres oscille entre résignation lucide et humour : "Ten sy dat men op syn affairens dunkt, den tyt passeert alhier seer rapide, men doet niet anders dan drinken, eten ende met de caerte spelen." [À moins qu'on ne pense à ses affaires, le temps passe ici très vite ; on ne fait rien d'autre que boire, manger et jouer aux cartes.][temple5] Puis, ailleurs : "Spaart de wijn... voor het geval dat ik zekeren dag terug kom met enkele vrienden." [Épargnez le vin... pour le cas où je reviendrais un jour avec quelques amis.][temple6]
Le 22 Germinal an VII (10 avril 1799), lettre n°15, il écrit en français : "On me dit que je serois libre le 26 de ce mois, mais on m'a dit tant de mensonges que je ne crois rien, mais je le croirais quand je serois dans la rue ; ne dites rien de tout cela à personne."[temple7] Après quatre mois d'incertitude, sa patience est à bout. Mais son esprit est déjà tourné vers l'avenir.
Le 18 Floréal an VII (7 mai 1799), lettre n°16 : il envoie à De Meulemeester des directives précises pour l'agrandissement de l'huilerie de Mullem, accompagnées d'un croquis avec la place que chaque bâtiment doit occuper et des calculs de capacité des réservoirs.[temple8] En prison depuis cinq mois, il planifie l'extension de son entreprise. C'est tout le personnage : pragmatique, tourné vers l'action, incapable de rester inactif même derrière les barreaux. L'huilerie du Bekemolen, achetée en 1794 avec son pressoir existant, va devenir sous sa direction une affaire bien plus importante que le simple moulin d'origine.
Le 14 mai 1799, le décret de levée d'écrou reproduit de larges passages de "l'attestation signée par trente-sept notables d'Eyne en faveur de L. Van der Straeten".[temple9] C'est ce document, signé par les notables du village attestant que LF avait défendu les registres contre les brigands (et non encouragé la rébellion), qui emporte la décision. Le mécanisme est juridique, non politique : LF est libéré six semaines avant le coup du 30 prairial (18 juin 1799) qui changera la donne pour d'autres détenus. Raepsaet, moins bien protégé par les circonstances locales et inscrit sur la liste des déportables à Cayenne, ne sera libéré que le 20 mai, six jours plus tard.[temple10]
Cinq mois de détention. Liévin François quitta Paris par ses propres moyens, sans regret.
Retour à Eyne et reconversion (1799-1828)
La reprise foudroyante (été 1799)
À son retour de Paris, Liévin François trouve le monde qu'il avait connu définitivement aboli. Les cours seigneuriales ont disparu, le greffier n'a plus de greffe, le bailli n'a plus de juridiction, le receveur n'a plus de châtellenie. Lindemans résume sa reconversion en une formule laconique : "na de Franse revolutie olieslager te Eine" (après la Révolution française, huilier à Eyne).[retour1]
Mais cette formule masque l'ampleur et surtout la rapidité de l'opération. Le Grand Registre Comptable Financier de LF, dont 54 pages sont conservées dans les archives familiales (item 224 du fonds Duermael, Rijksarchief Gent : "Financiële dagboeken van Lieven Francis Vander Straeten, 1770-1832"), permet de dater précisément la reprise. La plus ancienne entrée de ce registre est datée du 6 juillet 1799 : soit 52 jours après sa libération du Temple.[retour1b] L'homme qui vient de passer cinq mois en prison est de retour dans ses affaires avant la fin de l'été. Ce compte porte sur des livraisons de lin et de graines : LF commerce déjà.
La rapidité de cette reprise n'est pas un miracle. Dès 1797, LF avait donné la Bekemolen (moulin de Mullem) en fermage à Jan-Baptist De Bosschere (item 229 du fonds Duermael), assurant la continuité de l'exploitation pendant son absence. Et depuis sa cellule du Temple, il n'avait pas cessé de travailler : le croquis envoyé à De Meulemeester le 7 mai 1799, une semaine avant sa libération, contenait des plans d'agrandissement de l'huilerie avec des calculs de capacité des réservoirs.[retour2] Le prisonnier planifiait l'expansion de son entreprise.
L'huilerie : les produits et le cycle de production
L'huilerie du Bekemolen, achetée en 1794 avec son pressoir existant (Olie-Stamkot), est agrandie selon ces plans.[retour2] L'activité porte sur deux filières complémentaires : l'huile de lin (lijnolie) et l'huile de colza (raapstij, zaepolie), deux produits essentiels dans l'économie flamande ; le lin pour la toile et la peinture, le colza pour l'éclairage domestique, la cuisine et le graissage des machines.
Le Grand Registre documente le processus de fabrication avec une précision remarquable. Un compte pour la saison 1809 (page 40 du registre) décrit le cycle complet : des ouvriers agricoles livrent au moulin du lijnpoot (plants de lin) et du koolzaet (graines de colza), transportés en charrette depuis les environs de Zingem. Le pressage (gestamp) s'effectue en juillet, après les récoltes. En 1809, l'opération mobilise au moins deux ouvriers presseurs pendant neuf jours. La production documentée pour cette seule saison comprend 485 tourteaux de colza (raephoeken) en trois lots successifs, plus 24 muythens de graines de lin livrées.[retour2b]
L'huile est vendue au détail par stoop (mesure liquide d'environ 1,3 à 1,5 litre) à une clientèle locale fidèle : artisans, boulangers, cultivateurs. Le prix de la zaepolie oscille entre 1.10 et 1.14 florin le stoop en 1810-1811, avec une légère baisse sur la période.[retour2b] Les tourteaux (raephoeken), sous-produit solide du pressage riche en protéines, servent d'engrais et d'alimentation animale. LF en vend par centaines : 600 unités à un seul client en février 1810, 500 à un autre en 1809, des lots de 100 à 300 à une quarantaine de contreparties.[retour2b]
Le Blocus continental et la conjoncture favorable (1806-1813)
Cette activité prend son essor dans un contexte économique exceptionnel. Le Blocus continental décrété par Napoléon en novembre 1806 bloque l'importation de produits coloniaux britanniques en Europe continentale, dont les huiles tropicales et méditerranéennes. Les huiles locales de colza et de lin deviennent stratégiques : elles sont désormais irremplaçables pour l'éclairage, la fabrication de savon, le traitement du bois et l'alimentation. La plaine flamande entre Gand et Audenarde, grande productrice de lin et de colza, est idéalement positionnée. LF se trouve dans le bon secteur au bon moment.
Le réseau commercial
Le Grand Registre révèle un réseau d'une quarantaine de contreparties commerciales, documentées sur les 54 pages conservées. LF entretient des comptes bilatéraux ("Rekeninge tusschen... en LF van der Straeten") où il récapitule ses prétentions et celles de l'autre partie, pour dégager un solde. Ses clients et partenaires le désignent systématiquement "heer greffier van der Straeten tot Eyne" : le titre de greffier, supprimé par la République, reste indissociable de son identité aux yeux de ses contemporains.[retour2c]
Parmi les contreparties identifiées :
- J.B. Bekaert (burgemeester d'Eine), qui achète de la bière et entretient un compte de crédit
- Emanuel Nachtergael (chirurgien d'Eine), qui fournit des prestations médicales et reçoit de l'huile
- Sieur Albert Pereboom, client récurrent de zaepolie et de tourteaux
- S.P. Francius Conterych, dont le compte dépasse 580 florins (±120 000-130 000 €), pour une vente de bois et des créances
- Olivia Frances de Cock, contrepartie importante : 376 fl. (±75 000-85 000 €)
- Joannes Prap, créance la plus élevée du registre : 1199 florins (±240 000-275 000 €) sur douze mois
- Sieur Williams, deux comptes totalisant plus de 2000 florins (±400 000-460 000 €). Ce correspondant pourrait être identifié avec Williame Debaerez, négociant gantois dont une lettre du 6 octobre 1824 (T-028) mentionne le commerce des grains, la kermesse d'Eyne et un navire de 800 tonneaux arrivant de Calcutta à Anvers pour la Compagnie des Indes orientales de Londres. Le prénom "Williame" (= William) expliquerait l'appellation "Sieur Williams" dans le registre, mais l'identification reste hypothétique. Une seconde lettre de "B. Williams" depuis Audenarde (22 décembre 1824, T-023) pourrait concerner le même réseau.[retour2d]
- Petrus Londrin, tenancier de LF pour un bail de 176 florins par an (±35 000-40 000 €)
Une pièce de nature différente illustre l'échelle atteinte par LF au sommet de la période napoléonienne. Le 23 octobre 1812, il souscrit devant le notaire Raman à Gand un billet à ordre de 3 450 florins argent courant de Brabant (±690 000–790 000 €) à paiement différé au 1er août 1816 — soit quatre ans de terme.[triest] Bénéficiaire : "Monsieur Triest fils à Gand", domicilié rue Hauteporte. La famille Triest était l'une des grandes familles patriciennes et négociantes de Gand. Un reçu de novembre 1815 (IMG_0717, T-574) confirme que LF servait annuellement 900 francs d'intérêts à l'agent de Triest (A.H. Macq), soit plus de trois ans de versements réguliers. Ce billet dépasse en volume tous les comptes individuels du Grand Registre et place LF au niveau du grand négoce gantois sous l'Empire.
La lettre commerciale de Lokeren, datée du 30 décembre 1807, confirme l'échelle de l'affaire : un seul fournisseur, P.M. Verheyden l'aîné, y règle une créance de £ 2 196-7-10 (livres, stuivers, penningen ; soit ±440 000-500 000 €), environ quatre à six ans de salaire d'un journalier agricole flamand.[retour3] LF n'est plus un petit fonctionnaire seigneurial ; il est devenu un négociant en gros, traitant des volumes importants avec des paiements à terme et des relevés comptables formels.
Revenus fonciers et crédit
En parallèle de l'huilerie, LF perçoit des baux agricoles (pacht) de plusieurs tenanciers : J.B. De LaVernier (90 fl./an, ±18 000-20 000 €), Frances Basyn (62 fl./an, ±12 000-14 000 €), Petrus Londrin (176 fl./an, ±35 000-40 000 €), soit plus de 300 florins (±60 000-70 000 €) de revenus locatifs annuels documentés dans le seul registre conservé.[retour2b]
La ferme-huilerie de Mullem fait l'objet d'un bail notarié signé en janvier 1811 devant le notaire Bruno Bouÿkins : LF la donne à ferme à Jean-Baptiste De Vriese pour 9 ans (1811–1819/1820) au loyer annuel de 109 francs 45 centimes (±2 200-2 500 €), paiement en août au domicile de LF à Eyne (DUERMAEL 235, IMG_0826, T-683).[bailmullem] L'état des inscriptions hypothécaires dressé le 25 février 1815 (DUERMAEL 242, IMG_0744–IMG_0750, T-601–T-607) révèle qu'en octobre 1814 cette ferme est grevée d'une inscription de 2 222,22 francs (±35 000-44 000 €) au bénéfice de Dame Rosalie Van Parys, veuve de Jean-Baptiste Delcroix, marchande de ferraille à Deinze. L'acte, passé le 14 octobre 1814 devant le notaire Maître Laurent François Adrien Soÿens à Asper (canton de Nazareth), désigne LF en toutes lettres comme "ci-devant greffier et présentement huillier" — qualification officielle et définitive.[hypomullem]
Il développe aussi une activité de prêteur et de conseiller financier. Certains comptes du Grand Registre montrent des débiteurs qui lui doivent des sommes considérables (Broche : 980 fl., ±200 000 € ; Prap : 1199 fl., ±240 000 €), suggérant qu'il consentait des délais de paiement importants ou prêtait directement de l'argent.
Ses correspondants, de Gand à Menin (Flandre occidentale), le désignent invariablement "Monsieur le Greffier" ou "Ex Greffier" : le titre est resté attaché à sa personne bien au-delà de l'exercice de la charge. Il tient un "Hantboek" (carnet de comptes personnel) où il consigne ses acquisitions foncières, qu'il appelle "syne conquesten", terme juridique standard des staten van goed flamands désignant les biens acquis pendant le mariage (par opposition aux biens hérités, erfgoed).[retour5] Claeys Boúúaert relève qu'il se refusa délibérément à l'acquisition des biens noirs — les biens ecclésiastiques mis aux enchères par la République, souvent bradés à vil prix —, quoique cette voie fût facile et tentante pour qui disposait des réseaux et du capital nécessaires. Ce choix, dans un contexte où beaucoup de notables profitèrent sans vergogne de la vente des biens d'Église, illustre une ligne de conduite morale constante.
L'huilerie restera dans la famille pendant trois générations : un bilan arrêté au 15 juin 1875 (sous Achille) totalisera 166 847 francs d'actifs (±750 000-800 000 € mars 2026, en appliquant un coefficient d'environ 4,5 pour le franc belge de 1875).[retour4]
Relations politiques et sociales
La relation avec les Lichtervelde ne se limitait pas au greffage, et elle précède la procuration de 1788. L'inventaire des obligations du comte de Lichtervelde conservé dans le fonds Duermael (DUERMAEL 393, IMG_0527–IMG_0529) révèle que dès 1785, LF et son frère aîné Sébastien figuraient tous deux comme créanciers personnels du seigneur — successeur de Charles Joseph, probablement Emanuel Marie Felix Hyacinthe : LF pour une obligation de £ 200 gros de capital en date du 6 juin 1785 (±40–46 000 €), Sébastien pour £ 3100 courant ≈ £ 516 gros en date du 19 août 1785 (±100 000-120 000 €).[licht3] La primogéniture se lit dans les montants : Sébastien prête deux fois et demi plus que Liévin. En 1785, à 31 ans, LF dispose donc déjà d'un capital suffisant pour soutenir financièrement la maison seigneuriale elle-même — phénomène caractéristique de l'ascension de la bourgeoisie d'office flamande à la veille de la Révolution.
Dès le 31 juillet 1788, le comte Emanuel Marie Felix Joachim van Lichtervelde, baron de Luizele, heer de Rooborst, Maerck, Jens et Vander Gracht, lui accorda par acte scellé une procuration générale et irrévocable ("volle macht ende procuratie") pour gérer l'ensemble de ses biens, revenus et seigneuries.[licht2] Le document, rédigé au château de Rooborst et muni du sceau de cire rouge aux armes des Lichtervelde, désigne explicitement "Lievinus Franciscus VanderStraeten fs Maximiliaen, In Steenen der prochie Van Eyne by Audenaerde". Les pouvoirs conférés étaient considérables : perception de tous les revenus, gestion des maisons, fermes, moulins, moulins à eau, terres, marais et prairies, délivrance de quittances, poursuites judiciaires contre les débiteurs, ventes aux enchères des récoltes sur pied. LF avait 34 ans ; il cumulait désormais le greffage d'Eyne, le baillage d'Eke et d'Auweghem, la recette de la Châtellenie d'Audenarde et l'administration de cinq seigneuries Lichtervelde.
Il prêta de l'argent au comte, ruiné par la Révolution. Le comte mourut à Paris en 1803 et fut inhumé à Berlaere. LF, qui gérait déjà ses biens depuis quinze ans, continua formellement comme administrateur des biens de feu François Joseph Guislain de Lichtervelde. Un contrat de bail conservé dans les archives, rédigé en français et daté du 27 février 1800, le désigne en toutes lettres : "Lievin Francois Vanderstraeten, demeurant dans la Commune d'Eyne, arrondissement d'Audenaerde, département de l'Escaut, en sa qualité d'administrateur de feu François Joseph Guislain de Lichtervelde, Rentier de la Commune d'Eine sur l'Escaut", donnant en bail des terres à Eyne mesurées en "verges anciennes".[licht1]
La relation avec la famille ne s'arrête pas là : en 1817, le marquis Auguste de Lichtervelde (successeur du comte) écrit depuis Gand à LF pour lui confier l'organisation d'une pétition des notables d'Eyne, Heurne et Mullem en faveur du rétablissement des anciennes seigneuries, en vertu de l'article 198 de la loi fondamentale du Royaume des Pays-Bas (1815).[retour6] Il lui enjoint la "plus grande accélération". La Belgique est alors sous souveraineté néerlandaise (Royaume-Uni des Pays-Bas, 1815-1830) et certains anciens seigneurs espèrent restaurer des formes de juridiction locale. LF est encore, quatorze ans après la mort du précédent seigneur, l'homme de confiance de la maison Lichtervelde dans la région.
Sa correspondance des dernières années illustre la vigueur de son activité. En mars 1816, un correspondant gantois lui règle via intermédiaire la somme de 106 florins 50 (±21 000-24 000 €) pour compte de la famille Delthauwe, et l'informe d'une affaire impliquant le comte Villain XIIII.[retour7] En février 1827, un membre de la famille Duermael lui écrit de Geraardshoutem pour contester une créance, reconnaissant une dette contractée en décembre 1825. En avril 1827, un débiteur de Menin reconnaît "la réalité de votre prétention" et promet de régulariser sa dette.[retour8]
Un document financier d'une tout autre ampleur éclaire les dernières années de LF : le patrimoine néerlandais de la famille Duermael. Depuis 1794, les Duermael détenaient des créances inscrites au Grootboek der Nationale Schuld — le grand-livre de la dette publique des Pays-Bas, créé par la République batave en 1798 pour consolider les anciennes dettes provinciales. En juillet 1814, LF, son épouse Isabelle Duermael, et d'autres membres de la fratrie Duermael mandatent le cabinet de solliciteurs De Vries Robbe & Compagnie à La Haye pour récupérer ou inscrire ces créances au Grootboek (IMG_0544–IMG_0551, T-401–T-408).[grootboek] La liquidation n'aboutit que douze ans plus tard : le 30 septembre 1826, LF reconnaît par acte écrit à Eyne avoir reçu des mains de son beau-frère Jean-Baptiste Augustin Duermael (substitut du procureur du Roi à Anvers) la somme de 12 238 florins néerlandais (IMG_0553, T-410) — soit ±1,2 à 1,5 M€ actuels, le montant le plus élevé documenté dans l'ensemble du corpus Duermael. L'acte comporte une clause de restitution en monnaie d'or. Deux ans avant sa mort, LF est encore au centre d'opérations financières de cette envergure.
À 73 ans, quelques mois avant sa mort, LF gère encore activement son portefeuille de créances.
Agent des ventes publiques (1783-1820)
Parallèlement à ses fonctions de greffier et à son activité d'huilier, LF joue pendant trente-sept ans le rôle d'agent officiel des ventes publiques dans la région d'Eyne et d'Audenarde. Quatre sources imprimées en témoignent de façon continue :
En 1783, la Gazette van Gend (éditeur D.J. Vanderhaeghen) l'indique comme personne de contact pour la vente d'une maison à Eyne "recht over de Kerk Deure" (juste en face de la porte de l'église), avec façade sur la route de Gand à Audenarde. À l'époque il est greffier actif depuis cinq ans, et dispose déjà d'un "Huys en Komptoire" à Eyne.
En 1802, la Gazette van Gend (même éditeur Jan Meyer) le désigne comme "Livinus vander Straeten ex greffier tot Eyne Audenaerde deze verkoopinge dirigerende" (Livinus vander Straeten, ex-greffier à Eyne Audenarde, dirigeant cette vente) pour la liquidation d'une maison ayant appartenu au "gewezen kapittel van S. Eloy tot Eyne" (chapitre de Sint-Eloy, supprimé par la Révolution), vendue pour le compte du chapelain Jan Baptiste Belsens. La propriété borde la même "beke" et le même "Pieter Joannes de Backer" que dans la vente de 1783 : il s'agit probablement de la même maison ou d'une maison voisine.
En 1811, les Annonces et avis divers du département de l'Escaut (éditeur de Goesin-Verhaeghe) le citent "Livinus Francies vander Straeten ex greffier tot Eyne by Audenaerde deze verkoopinge dirigerende" pour la vente d'une hofstede à Mullem (wijk van Beke), organisée par le percepteur Ludovicus Allegaert. Les lots 1 et 2 de la vente ont les terres de LF comme bordiers (côté ouest-nord et côté est-sud), confirmant l'étendue de ses possessions foncières autour de la Bekemolen.
En 1820, la Gazette van Gend l'indique comme co-responsable (avec le "notaris Heyse, oud greffier tot Eyne") de la vente de dix lots de terres agricoles à Eyne et Heurne, pour les héritiers de Pieter Francies Maebe. Fait notable : LF dispose désormais d'un bureau à Gand, S. Jacobs-nieuwstraete — révélant une présence gantoise en plus de son comptoir à Eyne. Il a 66 ans.
Ces quatre sources imprimées, issues de deux journaux distincts sur une période de 37 ans (1783-1820), montrent que LF était non seulement greffier, huilier et gestionnaire de domaines, mais aussi un agent de droit reconnu, à qui les notaires, chapelains et percepteurs de la région confiaient la direction de leurs ventes publiques. Le titre évolue de "tot het voorzeyd Eyne" (1783) à "ex greffier tot Eyne" (1802-1811) jusqu'à un bureau gantois (1820) — reflet de sa trajectoire : ancré localement sous l'Ancien Régime, réorienté vers les affaires privées sous le régime napoléonien, et rayonnant jusqu'à Gand dans ses dernières années. Le "notaris Heyse" mentionné en 1820 comme "oud greffier" (lui aussi ancien greffier d'Eyne) est vraisemblablement l'ancêtre du Heyse qui sera "notaire à Eyne, secrétaire" de la commission de surveillance de la leerwerkhuis en 1857 — signe d'une continuité institutionnelle remarquable dans la paroisse.
En décembre 1817, à 63 ans, LF adresse une pétition de quatre pages au Sous-Gouverneur d'Audenarde pour contester des irrégularités dans une vente communale à Eyne portant sur 5 716 francs 65 centimes en litige (±90 000-110 000 €, DUERMAEL 226, IMG_0709–IMG_0712, T-566–T-569).[petition1817] Le contentieux remonte à décembre 1816, soit un an de procédure : LF décrit les trois séances de publication légale — marché, publication dominicale à la porte de l'église d'Eyne — et les manquements qui en résultent. Le feuillet final (IMG_0712, T-569), signé "L Vander Straeten / Le très humble et obéissant Serviteur", révèle qu'il conserve en 1817 les formules de politesse d'Ancien Régime. Ce dossier confirme que l'ancien greffier, retiré de ses charges officielles depuis 1815 environ, restait un requérant administratif actif, parfaitement à l'aise avec les procédures du Royaume-Uni des Pays-Bas.
Le premier bourgmestre d'Eyne sous le régime français fut M. Bekaert (ami et cosignataire de la pétition de 1798, et par ailleurs client de LF pour des barils de bière, selon le Grand Registre) ; sous le régime hollandais ce fut Jean-Baptiste Amelot (famille amie, ancêtre de la belle-fille d'Amand).
Pour un traitement complet de l'huilerie, voir l'article dédié : L'huilerie van der Straeten : le Bekemolen de Mullem (1794-1986).
Mariage et famille (1803-1828)
Isabelle Jeanne Catherine Duermael (°Gand 19 mars 1768, †Eyne 31 mars 1858) était native de Gand, issue d'une famille patricienne. Claeys Boúúaert la désigne comme "dernière descendante d'une noble famille gantoise" portant d'azur avec cinq grappes d'argent et la devise DURA MALO, que l'on peut traduire par "Durer par la vigne".
Ses parents, selon le registre des mariages d'Eyne (22 frimaire An XII) : père Henri Duermael, mère Catherine Rosa Belaen. C'est par sa mère qu'elle était parente du dernier chanoine-pasteur d'Eyne, Jan Baptiste Belaen (docteur en droit et magistrat). Pendant l'occupation française, Isabelle avait caché chez elle le calice d'étain dont le curé Belaen se servait pour célébrer la messe en clandestinité. Ce calice fut longtemps conservé par la famille.
Mariage civil : 13 décembre 1803 (22 frimaire An XII, registre d'état civil d'Eyne). Mariage religieux : 18 décembre 1803 (dimanche), date donnée par Claeys Boúúaert. Liévin François avait 49 ans, Isabelle 35 ans. Claeys Boúúaert dit 48 ans pour LF, légère erreur de calcul (né mars 1754).
Enfants :
- Marie Athanasie (°Eyne 22 septembre 1804, †1833), "jeune personne d'une grande beauté, dont un portrait nous a conservé les traits" (Claeys Boúúaert). LF l'envoie en pension à Lille en 1820, à 16 ans, à la Maison d'Éducation des Dames Comère et Mairesse — établissement privé catholique de la Restauration. Deux lettres conservées de sa main (DUERMAEL 223, IMG_0648–IMG_0651), dont l'une datée du 23 décembre 1820, se conclut : "Votre attachée fille / Mᵉ Vanderstraeten". Son bulletin scolaire officiel imprimé (Comère et Mairesse) est également conservé (IMG_0707–IMG_0708, T-564–T-565). Épouse François Jean Maes (°Gand 23 juin 1795) le 28 avril 1830 à Eyne ; union malheureuse, décédée sans descendance à 28 ans. [Note : Claeys Boúúaert l'appelle simplement "Marie" ; le registre d'état civil d'Eyne donne "Marie Athanasie".]
- Amand Jean Norbert (°Eyne 28 février 1807, †25 novembre 1873), bourgmestre d'Eyne à un très jeune âge (21 ou 23 ans selon les sources familiales), qui suit. Au Collège Royal de Gand à partir de 1822 (15 ans), il entretient avec LF une correspondance régulière : sa lettre du 4 novembre 1822 (IMG_0685, T-542) décrit sa journée type à l'établissement ; celle du 16 avril 1823 (IMG_0696, T-553) identifie explicitement ses deux frères comme pensionnaires du même collège. Des tantes Duermael résidentes à Gand (Jeanne et Marie) les accompagnent le dimanche. [Notes : (1) la pierre tombale donne "25 FEBRUARIJ 1807" ; (2) "BURGEMEESTER VAN EYNE GEDURENDE 43 JAREN" : à vérifier si le mandat commence en 1828 ou 1830.]
- Liévin François Jean-Baptiste (°Eyne 12 décembre 1809, †24 novembre 1848), négociant en matériaux de construction. Également au Collège Royal de Gand en 1822-1823 (13-14 ans) : sa lettre d'excuse autographe du 11 février 1823 (IMG_0699, T-556), signée "L. Vanderstraten", fait suite à une plainte du directeur transmise à LF. Il est rétrogradé de la 6e à la 7e classe le 14 avril 1823 — premier indice documenté de ses difficultés scolaires. Épouse Justine Vyvens (°1819), fille de Lucie van der Straeten, ce qui fait de lui l'époux de sa propre cousine. Laissa trois enfants orphelins (12, 10 et 2 ans) dont Amand sera tuteur.
Les deux fils furent à l'origine d'une nombreuse postérité. Une branche de la famille émigra en Amérique, s'établissant à Tulsa, en Oklahoma (Claeys Boúúaert).
Il mourut le 8 novembre 1828 à 74 ans. Ses funérailles furent célébrées à l'église d'Eyne les 25 et 26 novembre 1828 (deux jours de cérémonie, vingt jours après le décès ; délai sans doute nécessaire pour rassembler la famille dispersée). Pour la cérémonie, la veuve fit livrer 42 cierges de cire blanche de première qualité, pour un montant de 79 florins et 16 stuyvers (±16 000-18 000 €), réglé le 28 novembre 1828 (facture signée Tacky, archives familiales). Il repose au cimetière d'Eyne, sa pierre tombale dressée devant le calvaire bordé de deux ifs. De part et d'autre du Christ, deux pierres tombales furent érigées. Son épouse lui survécut trente ans (†31 mars 1858, à 90 ans). Isabelle Duermael continua de gérer le patrimoine et l'huilerie avec une main ferme : en 1836, elle faisait encore réparer "l'horloge de Monsieur Lievin" chez Metchlien van Cauwenberghe, horloger à Audenarde (facture du 8 février 1837, fl. 45, ±9 000-10 000 €).[veuve1] L'huilerie resta active à grande échelle : un reçu de Louis Maryns atteste la livraison de 50 sacs de lijnzaed (graines de lin) pour 666 florins (±133 000-153 000 €), et les ventes de "stoop olie" et de tourteaux sont encore documentées en 1838.[veuve2] Son fils Liévin François (1809-1848) était actif dans la gestion des biens dès 1836 ("mynheer L. Van der Straeten", facture de vitrier C.J. Braems).
Portrait moral (Claeys Boúúaert)
José Claeys Boúúaert S.J. clôt son Esquisse par ce jugement, qui mérite d'être conservé intégralement :
"Il laissait derrière lui un souvenir bien attachant, par son dévouement à sa famille et les services rendus à ses concitoyens, par ses qualités foncières de travail persévérant, fécond et honnête, ainsi que par le succès qu'il mérita, et surtout par l'exemple d'une rare souplesse d'adaptation aux situations changeantes de la vie. Il avait servi son pays et ses compatriotes, en toute loyauté, sous des régimes politiques successifs bien différents les uns des autres ; il avait fait le pont entre l'ancien et le nouveau régime, toujours il était resté un homme droit et intègre, fidèle aux traditions et ouvert au progrès. Sans pour autant tomber dans l'opportunisme, il avait réussi cette chose bien difficile à réaliser : être et rester un homme de son temps, s'accomodant de tout, dans la mesure du possible, faisant son profit de tout, en toute honnêteté.
Et enfin, il avait été courageux. Les dangers qui l'avaient souvent environné, loin de le paraliser comme tant d'autres, avaient plutôt stimulé son audace et son goût de l'action."
Sources documentaires
- Claeys Boúúaert (J.), S.J., Esquisse biographique de Liévin-François van der Straeten (PDF, ~15 p., archives familiales). Texte de référence, avec citations de lettres originales.
- Claeys Boúúaert (J.), Lieven-Frans VAN DER STRAETEN (Vlierzele 1754 - Eine 1828), version néerlandaise 2019 (docx, archives familiales).
- L. LINDEMANS, Het Geslacht de Vuyst en verwante Familiën, dans Land van Aalst, 1955, p. 93.
- Ch. van RYNENGHE de VOXVRIE (dir.), W. van HILLE, Familles de Westflandre. Généalogies Erreboot, d'Obercourt-Duermael, t. II, dans Tablettes des Flandres, Document 6, Annexe 1, Bruges, 1972, p. 167 (épisode du Temple : dates 15/12/1798 et 14/05/1799).
- Document d'admission au Temple, 24 frimaire an VII (cité dans l'Esquisse).
- Attestation des 37 notables d'Eyne (cité dans l'Esquisse).
- Registres paroissiaux de Vlierzele (baptême 14 mars 1754).
- Registres paroissiaux d'Eyne (actes de naissance, acte de décès).
- Archives familiales (Luxembourg) : correspondance de la période du Temple (lettres numérotées conservées).
- Bartolomeus De Rantere, Dagboek (chroniqueur d'Audenarde) : liste des volontaires patriotes 1790.
- Grand Registre Comptable Financier ("1810 GRAND REGISTRE COMPTABLE FINANCIER pages IMG0831", 54 pages JPG, archives familiales). Correspond à l'item 224 du fonds Duermael (Rijksarchief Gent, BE-A0514_107901_110009_DUT) : "Financiële dagboeken van Lieven Francis Vander Straeten, 1770-1832". Lecture et analyse complètes le 22 mars 2026. Source directe de premier ordre pour la reconversion économique de LF. Voir : ANALYSE_COMPTES_HUILERIE_1799-1813.md.
- Inventaire du fonds Duermael, rédigé par Elke Van den Broecke (Rijksarchief Gent). Classement officiel de LF sous la rubrique "Zakenman/olieslager in Eine" (homme d'affaires / presseur d'huile à Eine).
- Liasse de comptes Familie Duermael 249 (IMG_0974-1 à 26, 26 pièces, 1814-1839). Reçus, factures d'artisans, comptes bilatéraux couvrant la transition LF → Veuve Isabelle Duermael → Amand. Source de premier ordre pour les funérailles (A. Tacky, cirier), la gestion post-mortem de l'huilerie (50 sacs lijnzaed, Louis Maryns, 666 fl.), et la vie quotidienne de la famille (horloger van Cauwenberghe, vitrier Braems, charron Henneghien).
Points à vérifier ou développer
- Date d'arrivée au Temple : 14 (document d'admission, 24 frimaire an VII) ou 15 décembre 1798 (Tablettes des Flandres) ? Vérifier sur l'original des Tablettes.
- Date du mariage : la pierre tombale donne "GETROUWT DEN 18 Xbre 1803" = 18 décembre 1803, confirmant Claeys Boúúaert. Le mariage civil fut le 13 décembre (22 frimaire An XII, registre d'Eyne). Le 15 décembre (docx néerlandais 2019) est écarté.
- Épitaphe de LF : transcription complète (docx "Calvaire du cimetière de Eine" par Geoffroy, confirmée par photos IMG_1241-1244, T-256). La pierre donne : "D'heer Livinus Francies Vander Straeten, fs D'heer Maximiliaen, en van Joffw Isabelle Therese Standaert, GEBOOREN TE VLIERZELE DEN 14 MAERTEN 1754" (date de baptême), titres : "Bailli van Eeke en Auwegem, Greffier van Eyne, Heurne en Mullem, Gezworen pryser ende Deelman van de stad en kasselr van Audenaerde". Isabelle née à Gand le 20 mars 1768, fille de Henricus Joannes Bernaerdus Durmael et [Catharina] Rosa Belaen. Trois enfants nommés. Pierre d'Amand : "25 FEBRUARIJ 1807" (pas 28), "Voorzitter van den Militieraad".
- Hantboek : localisation actuelle ? Contenu ? Claeys Boúúaert interprétait les "conquesten" comme une marque de fierté personnelle ; en réalité c'est le terme juridique standard des staten van goed flamands (= biens acquis pendant le mariage). Correction réservée à la version site web, pas au Parchemin.
- Date d'achat du moulin de Mullem : Claeys Boúúaert indique 1792, mais la Gazette van Gend du 6 mars 1794 annonce la vente aux enchères (date de l'enchère : 12 mars 1794), et le titre de l'acte traduit conservé est "1794 Traduction acte d'achat Mullem.pdf". La date 1794 semble nettement plus fiable. Il est possible que Claeys Boúúaert ait confondu avec une prospection antérieure ou avec une date approximative. À trancher en lisant l'acte original.
- Liste des otages du département de l'Escaut : à localiser dans les archives familiales. Confirmer les 59 noms, la place exacte de LF, et son lien avec J.J. Raepsaet.
- Correspondance familiale du Temple : numérisation systématique et transcription des lettres conservées dans les archives familiales (Luxembourg).
- Archives de la Châtellenie d'Audenarde : dossier Liévin François (charges administratives, rémunérations).
- "Sieur Williams" / Williame Debaerez : le fichier d'archive T-028 portait le nom erroné "Williams d'Boing" ; signature relue : Williame Debaerez, négociant gantois (lettre du 6 oct. 1824). L'identification de "Sieur Williams" du Grand Registre (1799-1813) avec Debaerez est hypothétique (prénom Williame = William). Lien avec "B. Williams" (T-023, 22 déc. 1824, Audenarde) à élucider. Nature exacte des comptes (2000+ fl., ±400 000-460 000 €) à préciser.
- Bekemolen et huilerie d'Eine : s'agit-il du même site ou de deux sites distincts ? Le bail Bekemolen à De Bosschere (1797, item 229 du fonds Duermael) et les comptes du Grand Registre (meuniers, moulenmester) pourraient concerner un ou deux établissements.
- Grand Registre pages 52-54 : document distinct, item 233 du fonds Duermael (acte officiel avec double sceau), à examiner séparément.
- Lire les pages restantes du Grand Registre (les 54 pages numérisées ne sont qu'un fragment du registre complet 1770-1832, qui doit être consulté au Rijksarchief Gent).
[temple1] Lettre n°1, Pont-Sainte-Maxence, 12 décembre 1798. Archives familiales (Luxembourg). Citée dans Claeys Boúúaert, Esquisse biographique, p. 6.
[temple2] Trois sources discordantes : (1) lettre n°2 (8 Nivôse an VII) : "le 23 du dernier mois" = 23 frimaire = 13 décembre ; (2) document d'admission au Temple : 24 frimaire = 14 décembre ; (3) van Rynenghe de Voxvrie, Tablettes des Flandres, 1972, p. 167 : 15 décembre. La lettre, source primaire de la main de LF, plaide pour le 13, soit une arrivée en fin de journée enregistrée administrativement le lendemain.
[temple3] Lettre sans numéro, non datée. Archives familiales. Citée dans Claeys Boúúaert, Esquisse, p. 7.
[temple4] Ibid., description des conditions à Sainte-Pélagie rapportée par LF.
[temple5] Lettre à De Meulemeester, non datée. Archives familiales. Citée dans Claeys Boúúaert, Esquisse, p. 8.
[temple6] Ibid.
[temple7] Lettre n°15, 22 Germinal an VII (10 avril 1799). Archives familiales. Citée dans Claeys Boúúaert, Esquisse, p. 9.
[temple8] Lettre n°16, 18 Floréal an VII (7 mai 1799). Archives familiales. Croquis joint. Citée dans Claeys Boúúaert, Esquisse, p. 10.
[temple9] Décret de levée d'écrou, 14 mai 1799. Cité dans Claeys Boúúaert, Esquisse, p. 10.
[temple10] V. Fris, "Raepsaet (Jean-Joseph)", dans Biographie nationale de Belgique, t. XVIII, col. 561-576. Voir aussi E.-N. Cornélissen, notice dans Annuaire de l'Académie royale, 1837, p. 104-133.
[retour1] L. Lindemans, Het Geslacht de Vuyst en verwante Familiën, dans Land van Aalst, 1955, p. 93.
[retour1b] Grand Registre Comptable Financier, p. 29, compte daté du 6 juillet 1799. Archives familiales (Luxembourg), item 224 du fonds Duermael (Rijksarchief Gent, BE-A0514_107901_110009_DUT).
[retour2] Lettre n°16, 18 Floréal an VII (7 mai 1799). Archives familiales (Luxembourg). Croquis joint.
[retour2b] Grand Registre Comptable Financier, pp. 1-54 (54 pages numérisées dans le dossier "A scanner"). Lecture et analyse complètes le 22 mars 2026. Voir ANALYSE_COMPTES_HUILERIE_1799-1813.md pour le détail des comptes, prix, volumes et contreparties.
[retour2c] Ibid., pp. 11, 14, 22, 30, 31, 42 : LF désigné "heer greffier van der Straeten tot Eyne" par ses clients.
[retour3] Lettre commerciale, Lokeren, 30 décembre 1807, P.M. Verheyden l'aîné à "Vander Straeten tot Eyne". Archives familiales. Transcription dans `Transcriptions/Lokeren_1807_Vander_Straeten_transcription.docx`.
[retour4] "Duplicata du 29e Bilan arrêté le 15 juin 1875, fabrique d'huile de Lin à Mullem", signé Vander Straeten. Archives familiales.
[retour5] Claeys Boúúaert, Esquisse biographique, p. 12. Le terme "conquesten" n'est pas, comme le supposait Claeys Boúúaert, une marque de fierté personnelle : c'est le vocabulaire juridique standard des staten van goed flamands, où il désigne les biens acquis pendant le mariage (par opposition à l'erfgoed, les biens hérités). Voir : K. Dekoster (UGent), correspondance avec G. van der Straeten, mai 2020 ; Bladwijzer 02, Heemkunde Vlaanderen, 2011 (article sur les staten van goed).
[retour6] Lettre du marquis Auguste de Lichtervelde à LF, "Gand ce 10 fever 1817" (IMG_1231-1234, T-256). Original conservé dans les archives familiales. Le marquis enjoint à LF de faire signer des pétitions "chaque village en son particulier" (Eyne, Heurne, Mullem) en faveur du rétablissement des heerlijkheden, conformément à l'article 198 de la loi fondamentale. PS : "je vous recommande la plus grande accélération". La pétition d'Eyne elle-même est conservée (IMG_1235-1236, T-256), adressée au roi Guillaume Ier en faveur de "Mher Joseph François graef de Lichtervelde". Citée aussi dans Claeys Boúúaert, Esquisse, p. 13.
[retour7] Correspondance commerciale, mars 1816. Archives familiales.
[retour8] Correspondance commerciale, février et avril 1827. Archives familiales.
[retour2d] Lettre de Williame Debaerez à [J.H.] van der Straeten, Gand, 6 octobre 1824 (IMG_0435-0440, T-028). Archives familiales. PS sur un navire de 800 tonneaux arrivant de Calcutta (Bengale) à Anvers, propriété de la Compagnie des Indes orientales de Londres. NB : le fichier d'archive portait le nom erroné "Williams d'Boing" ; signature relue par Geoffroy van der Straeten (mars 2026). Seconde lettre de "B. Williams" depuis Audenarde, 22 décembre 1824 (IMG_0418-0420, T-023) ; lien avec Debaerez à élucider.
[veuve1] Facture de Metchlien van Cauwenberghe, horlogie macker te Audenaerde, à "De Weduwe van der Straeten te Eyne", 8 février 1837 (IMG_0974-17, T-222). Mention de "horlogi van Myn heer Leijn" (horloge de Monsieur Lievin [= LF]), fl. 45.
[veuve2] Reçu de Louis Maryns pour 50 sacs de lijnzaed à 13 fl. 12 st. le sac, total 666 fl. 5 st. (IMG_0974-24, T-222). Comptes de ventes d'huile et tourteaux, juillet 1838 (IMG_0974-7, T-222).
[licht1] Contrat de bail, s.d. [début XIXe], archives familiales (IMG_1163-8, T-241, étiquette Familie Duermael 337). LF y est nommé : "Lievin Francois Vanderstraeten, demeurant dans la Commune d'Eyne, arrondissement d'Audenaerde, département de l'Escaut, en sa qualité d'administrateur de feu François Joseph Guislain de Lichtervelde, Rentier de la Commune d'Eine sur l'Escaut". Acte notarial signé "H. Vanderstraeten" et "De Baets", daté du 27 février 1800.
[licht2] Procuration du comte Emanuel Marie Felix Joachim van Lichtervelde, château de Rooborst, 31 juillet 1788, sur papier timbré "VIER" des Pays-Bas autrichiens, sceau de cire rouge. Archives familiales (IMG_1195-1209, T-252, étiquette Familie Duermael 370). Le document confère "volle macht ende procuratie" pour les seigneuries de Luizele, Rooborst, Maerck, Jens et Vander Gracht.
[licht3] Inventaire des obligations du comte de Lichtervelde, fonds Duermael (DUERMAEL 393, IMG_0527–IMG_0529, T-381–T-386). LF : obligation de £ 200 gros de capital (6 juin 1785) ; Sébastien : £ 3100 courant ≈ £ 516 gros (19 août 1785). Successeur du comte signataire de la commission de 1780 : probablement Emanuel Marie Felix Hyacinthe van Lichtervelde.
[triest] Billet à ordre, notaire Raman, Gand, 23 octobre 1812 (IMG_0716, T-573). Bénéficiaire : "Monsieur F. Triest fils à Gand", rue Hauteporte. Montant : 3 450 florins argent courant de Brabant, paiement différé au 1er août 1816 — quatre ans de terme. Confirmation par reçu du 17 novembre 1815 (IMG_0717, T-574) : A.H. Macq, agent de Triest, encaisse 900 francs d'intérêts annuels. LF fait appel au même notaire Raman en 1817 (acte Schoormans, T-941).
[duermael400] Commission de bailli d'Eke, 23 octobre 1780. RAG, Fonds Familie Duermael, n° 400. Transcription paléographique : Geoffroy van der Straeten, assisté de Claude Opus 4.7, 6 mai 2026. Dossier : `04 - Fonctions et actes officiels/17801023_RAG_DUERMAEL_400_COMMISSIE_BAILLIU_EECKE.md`. Pièce A (commission originale) : IMG_0502 · IMG_0504 · IMG_0505 (recto) ; IMG_0514 · IMG_0518 · IMG_0519 · IMG_0520 (verso, signature et sceau). Pièce B (passeringe) : IMG_0506 · IMG_0507–IMG_0513 · IMG_0515–IMG_0517 · IMG_0521. Pour les Beerijen de Flandre : Inventaris Onroerend Erfgoed. Pour le château d'Eke (reconstruction 1753) : Wikipedia NL.
[tombLF] Pierre tombale de Lievin François van der Straeten, chapelle du calvaire, cimetière d'Eyne (Sint-Salvator), côté gauche. Pierre bleue/ardoise, avec décor funéraire gravé en haut (sablier, crâne, os croisés). Texte en néerlandais. Photos : IMG_1240-1244 (T-256). Transcription par Geoffroy van der Straeten (docx "Calvaire du cimetière de Eine"). Le titre complet gravé est : "Bailli van Eeke en Auwegem, Greffier van Eyne, Heurne en Mullem, Gezworen pryser ende Deelman van de stad en kasselr van Audenaerde". Le greffiat s'étendait à trois localités (Eyne, Heurne et Mullem), confirmant la tombe de Maximilien ("Eyne en Heeurne"). [Le docx du Calvaire portait "Deurne", erreur de lecture : le H érodé de la pierre a été lu comme un D.] La pierre donne la date de baptême (14 mars 1754) et non de naissance (11 mars), l'âge de "omtretn de 75 jaeren" (74 ans et 8 mois au décès), et le mariage religieux le 18 décembre 1803. Parents d'Isabelle Duermael identifiés : Henricus Joannes Bernaerdus Durmael et [Catharina] Rosa Belaen.
[tombMax] Tombe de Maximilien van der Straeten (transcription par Geoffroy van der Straeten, docx "TOMBE Maximilien VAN DER STRAETEN"). Texte : "Sepulture van Maximilianus Van der Straeten filius Pieter overleden den 2 novembre 1780, oud 63 jaer in syn leven borgemeester der parochie van Vlierzele en Baveghem, greffier van de Heerlijkheid van Ter Breemt ende van joffrouw Isabelle Catharina Standaert filia Riochus suyne huysvrouwe overleden den 24 octobre 1791 ou 59 jaeren acheterlaetene de volgende kindere : Sebastianus greffier der selve heerlijkheid Ter Breemt ; Livinus Francies greffier der prochien ende baronie van Eyne en Heeurne, Baljuw der parochie end baronie van Auweghem ende van Eecke op de Schelde ; Marie Alexandrinne ; Joannes Francies ; Marie Lucie ; Joannes Anthonus ; Constantinus ; Caroline Livine ; Ende Norbertus." Note : cette tombe nomme l'épouse "Isabelle Catharina Standaert" (et non "Isabelle Thérèse" comme la pierre de LF et CLAUDE.md). Différence de prénom à élucider (Catharina vs Thérèse).
[tombales] Chapelle du calvaire, cimetière d'Eyne (Sint-Salvator). Deux monuments en pierre bleue flanquent un crucifix central protégé par une grille en fer. Pierre de gauche : commémore LF et Isabelle, avec "HEBBEN GEPROCREERT DES KINDEREN" (ont procréé les enfants) et la liste de leurs enfants nés à Eyne ; se clôt par "BID VOOR DE ZIELEN". Pierre de droite : commémore Amand Jan Norbert Van der Straeten ("ZOON VAN DEN HEER Lijvins Franciscus EN VAN JUFVROUW Isabella Joanna Catharina Duermael"), né à Eyne le 25 février 1807, Chevalier de l'Ordre de Léopold, ancien membre du Conseil provincial, ancien président du Conseil de milice, bourgmestre d'Eyne pendant 43 ans, décédé le 25 novembre 1873, et son épouse Eulalie Caroline Amelot (née à Synghem en 1820, décédée le 17 mars 1879). Photos : IMG_1245 à IMG_1255 (T-257/258).
[bekemolen1774] Acte de procuration de Pieter Joannes De Lepeleere × Joanna Catharina Vander Straeten pour la vente de leur ferme-huilerie de Mullem, 17 février 1774 (DUERMAEL 227, IMG_0726–IMG_0735, T-578–T-591). Le bien comprend "hofstede, Water-Meulen ende Olie-Stamkot" (ferme, moulin à eau et pressoir à huile). Cause de la vente : liquidation de dettes. Mandataire : Joannes Vander Straeten, greffier de Mullem. Deuxième mise aux enchères du même bien le 29 mars 1794 (annonce IMG_0735, T-592), avec LF Vander Straeten greffier à Eyne comme intermédiaire. Document de 1737 (T-915) suggère une présence VDS sur ce site dès la génération de Maximilien.
[bailmullem] Acte notarié de bail à ferme, janvier 1811, devant le notaire Bruno Bouÿkins à Mullem (DUERMAEL 235, IMG_0820–IMG_0826, T-677–T-683). Bailleur : LF Vander Straeten. Preneur : Jean-Baptiste De Vriese (et Jean De Vriese père, illettrés). Durée : 9 ans. Loyer : 109 F 45 par an, paiement en août au domicile de LF à Eyne. Honoraires notariaux : ~69 F. Chaîne locataire Mullem : quittance mai 1810 (T-640) + bail janvier 1811–1820 (T-683) + état hypothécaire 1814 (T-601–T-607).
[hypomullem] État des inscriptions hypothécaires, Conservation des hypothèques de Gand, 25 février 1815 (DUERMAEL 242, IMG_0744–IMG_0750, T-601–T-607). Acte source : notaire Maître Laurent François Adrien Soÿens à Asper (canton de Nazareth), 14 octobre 1814, enregistré à Cruyshautem le 2 décembre 1814. Bien hypothéqué : ferme-huilerie de Mullem, "koren-molen en stampkot", ~4,5 ha (T-606 : parcelle cadastrale). Créancière : Dame Rosalie Van Parys, veuve de Jean-Baptiste Delcroix, "koopvrauwe tot Deÿnse" (marchande de ferraille à Deinze). Capital : 2 222,22 francs (= 2222 F 22 c, rente héritée des héritiers de Joseph Delsoir + Vve Delcroix). LF désigné "ex-greffier en présentement huilier" en flamand dans l'acte source (T-608).
[petition1817] Pétition de LF au Sous-Gouverneur d'Audenarde, 10 décembre 1817 (DUERMAEL 226, IMG_0709–IMG_0712, T-566–T-569). Quatre pages, encre brune, papier non timbré. Objet : irrégularités dans une vente communale à Eyne portant sur 5 716 F 65 c en litige (±90 000-110 000 €). Contentieux initié en décembre 1816. Signature finale : "L Vander Straeten / Le très humble et obéissant Serviteur" (graphie 2 mots, formule d'Ancien Régime). Note paléographique : l'en-tête T-566 mentionne le baron de Keverberg (gouverneur de FO) ; le feuillet final T-569 précise que le destinataire effectif est le Sous-Gouverneur d'Audenarde.
[grootboek] Procuration de LF "oliestaecker" + Isabelle Duermael + Clara Anne Bernardine van Doorselle (veuve van der Broeck) + fratrie Duermael au cabinet De Vries Robbe & Compagnie à La Haye, ~5 juillet 1814 (IMG_0544–IMG_0551, T-401–T-408). Objet : récupération ou inscription au Grootboek der Nationale Schuld de créances sur bordereau du 28 octobre 1794. Liquidation : 30 septembre 1826, LF reçoit 12 238 florins néerlandais de JB Augustinus Duermael (IMG_0553–IMG_0556, T-410–T-413). JB Augustinus Duermael (1826) = substitut du procureur du Roi au tribunal de première instance d'Anvers ; beau-frère de LF (frère d'Isabelle Duermael). Clause de restitution en monnaie d'or.