Article · XVIIIe siècle

Une famille d'officiers

Maximilien, Sébastien et Liévin François van der Straeten
Trois hommes, deux générations, une même maison seigneuriale — et un fils qui finit par servir deux seigneurs en procès l'un contre l'autre.

Établi en août 2026 à partir de l'inventaire du fonds Familie Duermael (Rijksarchief Gent, BE-A0514.279G, 789 numéros), de l'Esquisse biographique de José Claeys Boúúaert et des fiches généalogiques familiales.


On résume souvent cette famille à une charge : greffier d'Eyne. L'inventaire du fonds Duermael, dressé par les Archives de l'État à Gand, en donne une image tout autre. Il ne classe pas des papiers de famille : il classe des papiers de fonction, et il en distingue six pour le seul Liévin François.

Ce qu'était un officier de seigneurie

Sous l'Ancien Régime, un village ne s'administre pas depuis un bureau lointain. Le greffier tient les écritures : ventes publiques, passations devant échevins, procès locaux. Le bailli représente le seigneur dans la justice et la police de la seigneurie. Le receveur encaisse : rentes, dîmes, fermages, arriérés.

Ces trois postes ne s'obtiennent pas par concours. Ils se confient — à des hommes qu'on connaît, dont on connaît le père, et qui savent écrire, compter et se taire. C'est exactement ce que montrent les archives.

Maximilien, le père

Maximilien van der Straeten (fils de Pieter, † 8 novembre 1780, « oud 63 jaer ») est bourgmestre de Vlierzele et de Bavegem, et greffier de la seigneurie de Ter Breemt — une seigneurie des Lichtervelde. Sa pierre tombale, dans le cimetière, énumère ses neuf enfants et leurs charges : c'est un homme qui se définit par ses fonctions.

Les pièces les plus anciennes des séries de recette du fonds remontent à 1699, 1728, 1752 — bien avant la naissance de ses fils. Quelqu'un tenait donc déjà ces comptes pour les Lichtervelde, et tout indique que c'était lui.

Sébastien, l'aîné — receveur des comtes

José Claeys Boúúaert le résume d'une phrase : « Son frère aîné, Sébastien, se fixa plus tard à Oordegem, succédant à son père comme greffier de ter Breemt ». L'inventaire d'archives va beaucoup plus loin : il lui consacre une série entière, les nos 543 à 549 — « Stukken betreffende Sebastiaan Vander Straeten als ontvanger van de graven van Lichtervelde, 1728-1817 ».

Le contenu dit le métier : la perception des dîmes de 1759 à 1817, les quittances de dettes et de frais (1776-1779), un dénombrement de fiefs à Termonde et à Eke, un compte de fournitures au comte. Et, forcément, un procès : en 1786-1787, Jacob Philippe Vande Boom l'assigne devant le bourgmestre et les échevins de Herzele. Celui qui encaisse finit toujours par être attaqué.

Liévin François, le cadet — six fonctions

L'archiviste a classé sa vie publique en six sections. Elles se lisent comme une carrière :

Il tenait donc, simultanément ou successivement, trois recettes distinctes : deux maisons seigneuriales et une châtellenie.

⭐ Le point remarquable : deux seigneurs, un seul receveur — et ils se faisaient un procès

Les comtes de Tienen (Tirlemont) ne sont pas les Lichtervelde : ce sont les Laurijns. Et les deux maisons étaient adversaires en justice. Le fonds conserve, sous les nos 339 à 359, vingt et un dossiers de procès qui les opposent entre 1756 et 1801 — dont, explicitement :

« Emanuel Marie Felix Hyachinte, comte de Lichtervelde, contre François Theodor Laurijns, comte de Tienen, devant le Conseil de Flandre, 1777-1779 »

Or Liévin François était le receveur des deux. Mieux : la pièce n° 369 est une procuration donnée par Laurijns, comte de Tienen, à « son receveur Lieven Francis Vander Straeten ».

Deux seigneurs qui se poursuivent devant la plus haute juridiction du comté confient leurs comptes au même homme, et l'un lui donne mandat pour agir en son nom. On ne confie pas ses comptes à l'homme de son adversaire — sauf si sa probité ne fait de doute pour personne. C'est le meilleur témoignage qu'on puisse avoir sur lui, et il ne vient pas d'un éloge funèbre : il vient d'un classement d'archives.

Quand le receveur devient créancier

En 1785, les comptes du comte de Lichtervelde portent deux obligations : 200 livres de gros au profit de Liévin François, et 100 livres au profit de Sebastiaen — soit, ensemble, l'équivalent d'environ 60 000 à 70 000 euros d'aujourd'hui. Les deux frères ne se contentaient plus d'encaisser pour leur seigneur : ils lui prêtaient.

Trente-deux ans plus tard, le 10 février 1817, sous le régime hollandais et vingt-deux ans après la disparition des seigneuries, le comte Auguste de Lichtervelde écrit encore à Liévin François pour lui confier une mission politique — faire signer par les notables les requêtes de rétablissement des anciennes seigneuries : « Je me repose du reste sur vos soins, M. van der Straeten, pour les mesures à prendre à cette occasion. »

Ce que cette page change

La charge de 1778 n'est pas un début : c'est une succession. Quand le comte de Lichtervelde confie le greffe d'Eine à un garçon de vingt-quatre ans, il ne prend pas un inconnu — il prend le fils de son receveur et le frère de son receveur. Et lorsque la Révolution emporte les seigneuries, ce qui reste à la famille n'est pas une charge, mais un savoir-faire : compter, écrire, tenir des comptes pour autrui. C'est avec cela que Liévin François devient huilier et négociant, et que ses descendants deviendront industriels.

Sources. Archives de l'État à Gand, Familie Duermael, BE-A0514.279G (inventaire, 789 numéros) : nos 274-294, 332-333, 335-359, 369, 543-549. Fiches généalogiques familiales (charges de Liévin François). José CLAEYS BOÚÚAERT S.J., Esquisse biographique de Liévin-François van der Straeten, archives familiales. Lettre d'Auguste de Lichtervelde à L. F. van der Straeten, Gand, 10 février 1817, archives familiales. Commission de bailli d'Eke, 23 octobre 1780 (RAG, Duermael n° 400). Obligations de 1785 (RAG, Duermael n° 393).

Sommaire
Le métier d'officier Maximilien, le père Sébastien, l'aîné Liévin François Deux seigneurs en procès Receveur et créancier Ce que ça change