Article thématique, pour/contre, sans trancher

Le mythe de la descendance de Jeanne d'Arc

La branche Macquart de Terline
Une tradition orale familiale examinée à la lumière des sources : d'où vient-elle, que peut-on établir, que reste-t-il en débat ?

Article de synthèse. Sources : Hamelin/GenNPdC ; thierryprouvost.com ; arcdulys.genealovies.com ; toutsurlagenealogie.blogspot.com ; Archives départementales du Pas-de-Calais ; H. Douxchamps, « Aux origines de la famille van der Straten-Waillet-Ponthoz », Le Parchemin, 1991 ; man8rove ; archives familiales (dossier Achille/06).

Dernière mise à jour : 1 août 2026.


Introduction

Une tradition orale, transmise dans la famille van der Straeten et rapportée en général sur le mode plaisant, voulait que la famille descendît de Jeanne d'Arc. L'objection généralement opposée dans la famille elle-même, la Pucelle, n'ayant pas eu de postérité, ne pouvait avoir de descendants, est logiquement irréfutable mais historiquement mal posée : la prétention, telle qu'elle fut consignée par écrit dès le XVIIIe siècle, ne porte pas sur Jeanne d'Arc elle-même mais sur sa nièce, Jeanne du Lys, fille de son frère Pierre d'Arc dit « le chevalier du Lys ». La présente étude se propose d'examiner l'origine documentaire de cette tradition, le chaînon qui la rattache à la généalogie de la famille, et l'état de la controverse qui l'entoure, sans prétendre la trancher.

Le chaînon en question passe par la famille Macquart de Terline, alliée à la famille van der Straeten (branche fixée à Eyne, issue de Bruxelles, Lindemans) par le mariage de Marie Emma van den Peereboom, elle-même petite-fille de Marie-Victorine Macquart de Terline, avec Achille van der Straeten (1843-1921), donc par une branche maternelle, sans rapport avec la lignée patrilinéaire directe étudiée par ailleurs.1


I. Le chaînon vers la famille van der Straeten

Catherine van der Straeten2, née vers 1558-1565, † Merville 21 octobre 1629, fille de Jean van der Straten, chevalier, seigneur de Burcht, et de Marie Catherine de Pape de Hallebast,3 x Merville/Lille 8 janvier 1585 Jean Macquart (†1626), écuyer, seigneur de Dainville, mayeur de Merville, en secondes noces (1res noces : Catherine de Smits, †1581).4

De ce mariage descend, six générations plus bas, Nicolas Philippe Macquart (1679-1755), acquéreur de la seigneurie de Terline (Vieux-Berquin, Nord), qui donne son nom à la branche « Macquart de Terline ».5 Celle-ci se prolonge jusqu'à Marie-Victorine Macquart de Terline, x Charles-Auguste van den Peereboom, dont la fille Marie Emma van den Peereboom (†1918) épouse Achille van der Straeten (1843-1921), bourgmestre d'Eyne, d'où la présence, dans les archives familiales, de quatre faire-part Macquart de Terline (1879, 1886, 1890, 1919) et d'une fiche généalogique de 1960, conservés au dossier « Achille/06, Famille van den Peereboom et Macquart de Terline » (78 pièces).6

Note d'avertissement : cette Catherine van der Straeten n'entretient aucun lien démontré avec la lignée patrilinéaire directe de la présente famille (issue de Bruxelles), simple homonymie de patronyme, alors répandu en Flandre. À ne pas confondre non plus avec la famille dite « van der Straeten d'Eyne » (originaire d'Audenarde, ayant ajouté « Eyne » à son nom via un lointain cousin seigneur d'Eyne), sans lien avec la présente famille, qui a résidé à Eyne sans porter ce nom de branche. L'ascendance qu'on lui prête (voir II ci-dessous) est rapportée par des compilations généalogiques en ligne non vérifiées sur pièce et doit être traitée avec la prudence méthodologique appliquée dans le reste de cette étude.

II. Ascendance paternelle attribuée à Catherine van der Straeten (non vérifiée sur pièce)

Avertissement renforcé : l'étude critique de référence sur cette famille, Hervé Douxchamps, « Aux origines de la famille van der Straten-Waillet-Ponthoz », Le Parchemin, 1991, publiée à la demande de l'Association familiale van der Straten-Waillet-Ponthoz elle-même, démontre que la généalogie imprimée au XIXe siècle (Van Dycke 1851, Goethals 1852, Poplimont 1867, et surtout Charles Piot 1877) faisant remonter cette famille à un chevalier croisé de 1096 (Athélard, sire de Straten, près de Bruges), puis à des « sires de Straten » de Flandre (jusque 1300), puis à des « ministériaux » de Gueldre (1300-1500), est une fabrication généalogique, remise en cause dès 1968 par plusieurs travaux universitaires (thèses d'Ernest Warlop et de Stefan Frankewitz) et définitivement démontée par Douxchamps sur la base des ruptures héraldiques (changement complet d'armoiries à chaque « charnière » de pays), nobiliaires et onomastiques entre les trois segments du récit. Le véritable point de départ documenté et fiable de la lignée est Pierre van der Straten (†1533), marchand d'envergure internationale, waradin (garde) de la Monnaie d'Anvers, seigneur de Cleydael, pas un chevalier médiéval ni un ambassadeur du XVe siècle. Ses armes (fascé d'azur et d'argent au chef d'or, chargé de trois pattes d'aigle de sable) sont attestées pour la première fois sur la chevalière portée par l'un de ses fils dans un portrait de Josse van Cleve, vers 1528 (Berlin-Dahlem).7

B. Pierre van der Straten, marchand, °1479, †1533, waradin de la Monnaie d'Anvers, seigneur de Cleydael, Steevers, Schelles et Nyele ; armoiries augmentées en 1521 par Charles Quint. Point de départ documenté et fiable de la lignée van der Straten-Waillet-Ponthoz selon Douxchamps (1991), à préférer à toute ascendance antérieure (croisades, sires de Straten, Gueldre) présentée par les généalogies du XIXe siècle. Selon Douxchamps, sur pièces d'archives (actes notariés, pierre tombale d'Aertselaer), Pierre épouse à Termonde en 1505 Catherine van BELLE (†1554), et non « Claire de Hoens/de Moens » comme l'indique man8rove.7

Le rattachement de Catherine van der Straeten (1585, épouse de Jean Macquart) à ce Pierre van der Straten, via un fils « François, seigneur de Burcht et Bouchotte » puis un petit-fils « Jean, seigneur de Burcht », n'apparaît pas dans le texte de l'étude Douxchamps elle-même (celle-ci ne mentionne ni cette branche « Burcht », ni Catherine van der Straeten, ni les Macquart), mais Geoffroy van der Straeten signale que ce lien est indiqué sur plusieurs autres généalogies en ligne, ce qui en fait une piste plausible plutôt qu'une invention pure. Douxchamps signale par ailleurs le risque de confondre plusieurs van der Straten homonymes de la même génération (il cite par exemple un « Jean van der Straten †1522, conseiller au Grand Conseil de Malines », totalement distinct de Pierre le waradin, avec épouse et enfants différents), un rappel utile pour rester prudent tant que la filiation Pierre (†1533) → Catherine (1585) n'a pas été recoupée sur pièce d'archive. Ce qui reste solide dans tous les cas : le mariage de 1585 lui-même (Jean Macquart × Catherine van der Straeten, coté « G » dans la supplique de 1777) et son absence totale de lien avec la lignée patrilinéaire directe de la famille van der Straeten étudiée par ailleurs.

→ Catherine van der Straeten, voir I ci-dessus.

Les mêmes compilations rattachent cette souche Cleydael/Burcht aux futurs comtes van der Straten Ponthoz et barons van der Straten Waillet (XIXe s.)8, hypothèse plausible mais non recoupée sur pièce d'archive à ce jour ; le titre « gouverneur de la forteresse de Beveren, commandant d'une division de cavalerie au service de l'Espagne », relevé dans une source antérieure d'inspiration XIXe s., paraît une amplification ou une confusion toponymique avec Burcht (aujourd'hui section de Zwijndrecht, proche de Beveren-Waas) ; il convient de lui préférer la version plus sobre « chevalier, seigneur de Burcht ». Aucune passerelle n'est établie entre cette maison noble anversoise/brabançonne et la lignée directe, en dépit d'une coïncidence toponymique notée (Bouchaute en Alost touchant le Land van Aalst).

III. La prétention Macquart-du Lys : état de la controverse

Pour

Le dossier généalogique déposé en 1776-1777 au greffe de la Chambre des Comptes à Paris par Philippe Charles Félix Macquart, baron de Rullecourt, et Philippe Joseph Massiet, comprenait vingt-cinq pièces justificatives, dont le contrat de mariage de 1585 (coté « G ») et des actes remontant à Raoul Macquart, anobli en avril 1317 par Philippe le Long.9 Cette généalogie fut publiée par de La Chesnaye-Desbois et Badier dans le Dictionnaire de la noblesse de France (1778, t. XII), puis reprise sans contestation notable par Van Dycke (1851) et Magon de la Giclais (1891).10

Une dalle funéraire de Jehan Macquart (†1626), en l'église de Merville, portait les quartiers héraldiques Macquart-Englebert, Macquart-Rodoan, Macquart-du Lys et Macquart-Mitry, monument réellement attesté jusqu'à sa destruction dans l'incendie de l'église en 1881.11 La lignée du Lys elle-même, authentique descendance de Jeanne d'Arc par son frère Pierre, fut confirmée par des lettres patentes royales de 1612 en faveur de Charles et Luc du Lys, les autorisant à porter le lis dans leurs noms et armoiries12, l'anoblissement de 1429 s'étendant, fait rare pour l'époque, à toute la parentèle de la Pucelle, hommes et femmes confondus. Enfin, la prétention ne s'est jamais éteinte : Jehan Maquart de Terline (1892-1916), aviateur né à Blendecques, mort le 27 juillet 1916 après avoir délibérément percuté un avion allemand à court de munitions (la citation officielle parle d'un choc à 3000 mètres d'altitude), décoré à titre posthume de la Légion d'honneur, est présenté sans réserve par les Archives départementales du Pas-de-Calais comme « arrière-petit-neveu direct de Jeanne d'Arc ».13

Contre

L'étude critique de David Hamelin, confrontant le dossier de 1776 aux sources d'archives indépendantes, relève plusieurs incohérences majeures.14 En premier lieu, les pièces les plus anciennes, le contrat de mariage de Philippe Macquart et Jeanne du Lys (8 juin 1456) et le testament de Jean Macquart (12 avril 1459), sont l'une comme l'autre qualifiées, y compris par les sources favorables à la thèse, de documents « souvent cités mais aujourd'hui perdus » ; aucun état civil ou compte municipal contemporain (notamment les comptes de la ville d'Orléans de 1455-1458) ne les corrobore.15 En second lieu, les deux pièces reliant la branche flamande (Jean Macquart × Catherine van der Straeten, 1585) à l'ascendance lorraine ne « resurgirent » qu'en 1771, retrouvées chez un descendant, François Michel Macquart, qui ne s'en était jamais prévalu, pas même lors de sa propre demande d'anoblissement de 1723. Or l'acte de partage du 11 décembre 1629, pièce centrale de cette redécouverte, est directement contredit par une transaction indépendante de 1679 attribuant à Georges Macquart des parents différents (François Macquart × Françoise Rodouan), ce qui conduit Hamelin à le qualifier d'« acte manifestement confectionné de toutes pièces ». Aucun Macquart de Merville, enfin, ne porte le titre d'écuyer dans un acte contemporain avant le milieu du XVIIIe siècle, en contradiction avec la généalogie imprimée qui les qualifie tous ainsi dès le XVe siècle. Les spécialistes de la descendance de Jeanne d'Arc elle-même partagent cette prudence : l'un d'eux qualifie l'ensemble de ses propres sources de « preuves (vraies ou fausses) » et reconnaît qu'« il est difficile de démêler le vrai du faux » dans ce corpus troublé par « des faux documents ou témoignages ».16

Conclusion

Le dossier reste ouvert et ne sera pas tranché ici. Ce qui est établi, indépendamment de l'issue de cette controverse, c'est le fait généalogique qui concerne directement la famille van der Straeten : le mariage de 1585 entre Catherine van der Straeten et Jean Macquart, souche réelle et documentée de la branche Macquart de Terline, laquelle entre authentiquement dans l'arbre par l'union de Marie-Victorine Macquart de Terline avec Charles-Auguste van den Peereboom. Que la lignée descende ou non de Jeanne d'Arc, elle est, elle, sans conteste rattachée à la famille.

1 Cf. l'article de synthèse préexistant sur la généalogie de la famille directe (patronyme « van der Straeten », introduction et section Généalogie), à ne pas confondre avec la famille dite « van der Straeten d'Eyne » distincte, originaire d'Audenarde.

2 Dates et filiation : man8rove (compilation en ligne, non sourcée sur pièce) ; naissance 1565 selon thierryprouvost.com/Macquart.html.

3 man8rove, ascendance de Jean van der Straten, seigneur de Burcht.

4 D. Hamelin, « Contribution à la généalogie de la Famille MACQUART, Sa prétendue parenté avec Jeanne d'Arc », reproduit sur le forum GenNPdC (topic 18607, message de fhecart, 18/10/2013).

5 thierryprouvost.com/Macquart.html.

6 Archives familiales, dossier Achille/06 (78 pièces, faire-part 1879/1886/1890/1919, fiche généalogique 1960).

7 H. Douxchamps, « Aux origines de la famille van der Straten-Waillet-Ponthoz », Le Parchemin, 1991 ; man8rove (pour la partie non vérifiée, degrés antérieurs à Pierre van der Straten †1533).

8 Geneanet, notice sur les comtes van der Straten Ponthoz et barons van der Straten Waillet, lien avec la souche Cleydael/Burcht non recoupé sur pièce.

9 toutsurlagenealogie.blogspot.com, « Supplique de Philippe Macquart de Rullecourt » (1777).

10 Hamelin, op. cit.

11 toutsurlagenealogie.blogspot.com, archive du 25/04/2010 (dalle funéraire de Jehan Macquart, 1626) ; Hamelin, op. cit.

12 toutsurlagenealogie.blogspot.com, archive du 25/04/2010 (lettres patentes de Charles et Luc du Lys, 1612).

13 Archives départementales du Pas-de-Calais, notice « Mort de Jehan de Terline, premier kamikaze de l'histoire », commune de Blendecques.

14 Hamelin, op. cit., intégralement.

15 arcdulys.genealovies.com, billets « Mariage de Jehanne du Lys d'Arc et Philippe Macquart » et « Testament de Jehan Macquart (1459) » ; Hamelin, op. cit.

16 arcdulys.genealovies.com, page « Preuves » et « Généalogie descendante de Jeanne d'Arc » (toutsurlagenealogie.blogspot.com, 2014).

Sommaire
Introduction I. Le chaînon II. Ascendance attribuée III. La controverse