Généalogie · point de jonction

Le rattachement de la lignée d'Eyne à la souche bruxelloise

Le maillon de 1580
Un seul chaînon relie les deux parties d'une généalogie familiale couvrant six siècles : la jonction posée par Leo Lindemans, et les sources et les indices qui la confirment.

Position du problème

La généalogie de la famille repose sur deux ensembles documentaires distincts, établis à des époques différentes et sur des fonds d'archives séparés.

Le premier couvre les XIVe au XVIe siècle à Bruxelles. Il a été établi par Leo Lindemans et publié dans le Vlaamse Stam en 1989, fondé sur les manuscrits Houwaert et le registre des meiseniers.

Le second couvre les XVIIe au XXe siècle dans le pays d'Alost, puis à Eyne. Il repose sur les registres paroissiaux, les inventaires de succession et les actes scabinaux conservés aux Archives de l'État à Gand.

Chacun de ces deux ensembles est bien documenté. Leur point de jonction est celui de Leo Lindemans, généalogiste de la maison royale belge, qui rattache la branche flamande à la souche bruxelloise dans le Tableau d'ascendance de la maison royale belge (2002). Son article de 1989 s'arrête à Machiel, meisenier en 1580 ; son étude de 1955 sur le pays d'Alost commence à Jacques. La note de 2002 les relie par l'argument des prénoms et du parrainage : Machiel, fils d'Adrien, avait pour oncles Jan et Philips van der Straeten, parrains de ses fils de mêmes prénoms. Les sources du fonds et l'étude des prénoms présentées ici confirment cette jonction.

Les trois générations de la jonction

La jonction se fait à la fin du XVIe siècle, sur trois générations :

Avec Jacques commence la lignée du pays d'Alost, documentée sans interruption jusqu'à l'époque contemporaine. Toute la généalogie antérieure dépend donc du rattachement de Jacques à Machiel.

Les sources

La source principale est le registre des meiseniers du Brabant inscrit nominativement, et à date fixe, des porteurs du nom à trois moments : Adrien, Jean et Philippe en 1555 ; Machiel le 21 janvier 1580 ; Jacques en 1640. Le registre atteste des personnes ; qu'elles forment trois générations d'une même descendance relève de la reconstitution, non de la déclaration du registre. S'y ajoutent la pierre tombale armoriée de Corneille à Laeken (1562), les registres paroissiaux de Zonnegem à partir de 1629, et l'état de biens dressé à la mort de son épouse Elisabeth Baeten, clos le 20 janvier 1644.

La filiation au XVIe siècle. Elle s'établit, comme pour la plupart des familles de cette période, par la convergence des sources.

Au début du XVIe siècle, il n'existe ni état civil, ni registres paroissiaux systématiques : le concile de Trente ne les rend obligatoires qu'en 1563, et leur tenue régulière s'installe plus tard encore. Pour Bruxelles, les registres échevinaux ont brûlé lors du bombardement de 1695, et l'on ne travaille que sur les copies qu'en avait faites Jean-Baptiste Houwaert au XVIIe siècle.

À cette période, un acte énonçant explicitement « untel, fils d'untel » est l'exception. La quasi-totalité des filiations du XVIe siècle s'établissent par convergence de sources, non par déclaration. Quatre générations successives d'individus nommés, datés et inscrits dans une même série institutionnelle constituent, pour une famille non princière du Brabant à cette époque, une documentation supérieure à la moyenne.

L'indice onomastique

À cette base documentaire s'ajoute un faisceau d'indices tiré des prénoms, dans le prolongement de l'argument de Lindemans.

Rareté des prénoms de la lignée

Dans le registre des meiseniers du Brabant pour la période 1540-1620, sur 2 668 attributions masculines relevées, aucun des cinq maillons de la ligne directe ne porte un prénom courant :

À titre de comparaison, le seul prénom Jan en représente 18,14 % : un garçon sur cinq et demi. Si l'on tire cinq prénoms au hasard dans ce répertoire, la chance qu'ils tombent tous les cinq dans sa moitié la plus rare est de l'ordre de trois pour cent. Ce calcul illustre un ordre de grandeur ; il suppose des tirages indépendants, alors que les prénoms se transmettent de parrain en filleul à l'intérieur d'une même famille.

Cette particularité ne démontre aucune filiation, mais elle réduit fortement le risque d'erreur d'homonymie, principal écueil des reconstitutions de cette période. Une lignée Jean, fils de Jean, fils de Jean est presque invérifiable, les candidats se comptant par dizaines à chaque génération. Une lignée Corneille, Adrien, Machiel, Jacques, Philippe est beaucoup plus spécifique.

Le prénom de Philippe (1635)

Jacques et Elisabeth Baeten ont quatre enfants dont les baptêmes sont conservés à Zonnegem : Marguerite en 1629, Jean en 1632, Philippe le 18 mai 1635, Liévin en 1639. Les parrains et marraines sont nommés dans les actes.

Le parrain de Philippe est Pierre Van der Haeghen. Or l'usage régional veut que l'enfant reçoive le prénom de son parrain : dans les registres de Rumst, en Brabant, 55 % des garçons le font entre 1590 et 1650, et à Rosières près de Wavre, 65 enfants sur 71 entre 1678 et 1700.

L'enfant ne porte pas le prénom de son parrain ; son prénom a donc une autre origine. Si la personne dont on reprenait le prénom avait été vivante et proche, elle aurait vraisemblablement tenu elle-même l'enfant sur les fonts. Un prénom qui n'est celui d'aucun parrain présent désigne plutôt une personne absente, et la cause d'absence la plus ordinaire est le décès.

Il existe, au degré requis, un Philippe van der Straeten, meisenier en 1555, mort avant 1581 : le frère d'Adrien, donc le grand-oncle de Jacques.

Les historiens désignent sous le nom d'« enfant refait » l'usage de donner à un enfant le prénom d'un parent défunt. Selon Florian Besson, « les prénoms participent de l'identité de la famille : ils sont réactivés à chaque génération pour mieux mettre en scène la cohérence de ce groupe lignager ».

Le parrain

Le choix du parrain fournit un second indice. La famille Van der Haeghen est liée par ailleurs aux van der Straeten de Bruxelles : c'est la Notice généalogique sur la famille Van der Haeghen, publiée à Paris en 1883, qui conserve la seule description existante de la pierre tombale armoriée de Corneille van der Straeten dans l'ancienne église de Laeken, l'édifice ayant été démoli au XIXe siècle.

Qu'un Van der Haeghen, dont on ne relève aucun établissement dans les villages de la branche, tienne un enfant sur les fonts à Zonnegem en 1635, constitue un élément de continuité entre la branche bruxelloise et la branche flamande, indépendamment de la question de sa parenté avec le père.

État de la question

Le raccord est celui de Lindemans, étayé par les sources du fonds. Aucun acte ne nomme le père de Jacques, ce qui est le cas de la plupart des filiations du XVIe siècle. La filiation repose, ici comme ailleurs, sur la convergence des sources : le registre des meiseniers, qui inscrit les trois générations à date fixe, les registres de Zonnegem, l'état de biens de 1644 et l'étude des prénoms.

Les prénoms vérifient l'argument de Lindemans. Les cinq prénoms de la ligne directe sont rares dans le registre des meiseniers, et le prénom de Philippe, donné en 1635 à un enfant dont le parrain porte un autre nom, désigne plutôt un parent mort : le Philippe van der Straeten de 1555, grand-oncle de Jacques. Ces observations rejoignent l'argument par lequel Lindemans a posé le raccord.

Une autre reconstitution, non publiée, rattache Jacques à un autre Machiel. Elle repose sur la distinction de deux homonymes prénommés Jan et ne dispose d'aucun ascendant au-delà de son premier personnage connu. Le prénom Jan étant porté par près d'un garçon sur cinq, il ne peut à lui seul fonder une identification. Cette branche appartient à la famille, à laquelle elle se rattache par des liens collatéraux.

Sources. Leo LINDEMANS, « Het Brussels geslacht van der Straeten », Vlaamse Stam, 25e année, n° 2, février 1989 ; du même auteur, « Het Geslacht de Vuyst en verwante familiën », Land van Aalst, 1955, et Tableau d'ascendance de la maison royale belge, livre III, 2002. Registre des meiseniers du Brabant. Registres paroissiaux de Zonnegem. État de biens d'Elisabeth Baeten, épouse de Jacques van der Straeten, 20 janvier 1644.

Pour les taux de transmission du prénom : registres paroissiaux de Rumst, 1590-1803 ; Étienne HÉLIN, sur Rosières, 1974. Pour la fréquence des prénoms : dépouillement du registre des meiseniers, 10 145 couples père-fils. Pour la notion d'« enfant refait » : Florian BESSON, d'après les travaux de Monique Bourin et Pascal Chareille. Pour la méthode de critique généalogique : Hervé DOUXCHAMPS, « Aux origines de la famille van der Straten-Waillet-Ponthoz », Le Parchemin, n° 274, 1991.

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