Généalogie · point de jonction

Le raccord : comment la lignée d'Eyne se rattache à Bruxelles

Le maillon de 1580
Un seul chaînon relie six siècles de généalogie familiale. Voici ce qu'il vaut, comment on le sait, et ce qui reste ouvert.

Page de méthode, établie le 2 août 2026. Elle ne présente pas une découverte nouvelle mais expose l'état réel du dossier sur le point le plus discuté de notre généalogie.


Où se situe la question

Notre généalogie tient sur deux ensembles documentaires distincts, établis à des époques différentes et sur des fonds d'archives séparés.

Le premier couvre les XIVe au XVIe siècle à Bruxelles. C'est le travail de Leo Lindemans, publié dans le Vlaamse Stam en 1989, fondé sur les manuscrits Houwaert et le registre des meiseniers.

Le second couvre les XVIIe au XXe siècle dans le pays d'Alost, puis à Eyne. Il repose sur les registres paroissiaux, les inventaires de succession et les actes scabinaux conservés aux Archives de l'État à Gand.

Chacun de ces deux ensembles est solide. La question porte sur le point exact où ils se rejoignent : par qui la branche flamande se rattache-t-elle à la souche bruxelloise ?

Le maillon en question

La jonction se fait à la fin du XVIe siècle, sur trois générations :

C'est avec Jacques que commence la lignée du pays d'Alost, parfaitement documentée jusqu'à nous. C'est donc le rattachement de Jacques à Machiel qui porte tout l'édifice.

Ce qui l'établit

La pièce maîtresse est documentaire. Le registre des meiseniers du Brabant inscrit nominativement, et à date fixe, trois générations successives : Adrien, Jean et Philippe en 1555 ; Machiel le 21 janvier 1580 ; Jacques en 1640. S'y ajoutent la pierre tombale armoriée de Corneille à Laeken (1562), les registres paroissiaux de Zonnegem à partir de 1629, et l'inventaire de succession de Jacques en 1644.

Une précision qui change la lecture. On dit parfois que cette filiation n'est « pas prouvée ». C'est exact au sens strict, et cela mérite d'être remis à sa place.

Au début du XVIe siècle, il n'existe ni état civil, ni registres paroissiaux systématiques : le concile de Trente ne les rend obligatoires qu'en 1563, et leur tenue régulière s'installe plus tard encore. Pour Bruxelles, les registres échevinaux ont brûlé lors du bombardement de 1695, et l'on ne travaille que sur les copies qu'en avait faites Jean-Baptiste Houwaert au XVIIe siècle.

À cette période, un acte énonçant explicitement « untel, fils d'untel » est l'exception, pas la règle. La quasi-totalité des filiations du XVIe siècle s'établissent par convergence de sources, non par déclaration. Quatre générations successives d'individus nommés, datés et inscrits dans une même série institutionnelle, c'est au-dessus de la moyenne de ce qu'on obtient sur une famille non princière du Brabant à cette époque.

Ce que les prénoms ajoutent

À cette base documentaire s'ajoute un faisceau d'indices tiré des prénoms. Ils ne prouvent rien à eux seuls, et personne ne le prétend. Ils renforcent l'identification, ce qui est différent.

La chaîne entière est rare

Dans le registre des meiseniers du Brabant pour la période 1540-1620, sur 2 668 attributions masculines relevées, aucun des cinq maillons de notre ligne directe ne porte un prénom courant :

À titre de comparaison, le seul prénom Jan en représente 18,14 % : un garçon sur cinq et demi. La probabilité qu'une suite de cinq générations tombe entièrement dans la moitié la plus rare du répertoire est de l'ordre de trois pour cent.

Cette particularité ne démontre aucune filiation. Elle fait mieux, pour ce qui nous occupe : elle réduit fortement le risque d'erreur d'homonymie, qui est le principal écueil des reconstitutions de cette période. Une lignée Jean, fils de Jean, fils de Jean est presque invérifiable, les candidats se comptant par dizaines à chaque génération. Une lignée Corneille, Adrien, Machiel, Jacques, Philippe est autrement plus spécifique.

Le prénom de Philippe, en 1635

Jacques et Elisabeth Baeten ont quatre enfants dont les baptêmes sont conservés à Zonnegem : Marguerite en 1629, Jean en 1632, Philippe le 18 mai 1635, Liévin en 1639. Les parrains et marraines sont nommés dans les actes.

Le parrain de Philippe s'appelle Pierre Van der Haeghen. Or l'usage régional veut que l'enfant reçoive le prénom de son parrain : dans les registres de Rumst, en Brabant, 55 % des garçons le font entre 1590 et 1650, et à Rosières près de Wavre, 65 enfants sur 71 entre 1678 et 1700.

Ici, l'enfant ne porte pas le prénom de son parrain. Le nom vient donc d'ailleurs. Et le raisonnement se referme assez bien : si la personne dont on reprend le prénom avait été vivante et proche, elle aurait vraisemblablement tenu l'enfant elle-même sur les fonts. Reprendre un prénom qui n'est celui d'aucun parrain présent oriente vers quelqu'un d'absent, et la cause d'absence la plus ordinaire est le décès.

Or il existe, au degré exactement requis, un Philippe van der Straeten, meisenier en 1555, mort avant 1581 : le frère d'Adrien, donc le grand-oncle de Jacques.

Cette pratique porte d'ailleurs un nom chez les historiens : « l'enfant refait », qui consiste à donner à un enfant le prénom d'un parent défunt. Comme l'écrit l'historien Florian Besson, « les prénoms participent de l'identité de la famille : ils sont réactivés à chaque génération pour mieux mettre en scène la cohérence de ce groupe lignager ». Il ne s'agit donc pas d'une explication forgée pour l'occasion, mais d'une coutume documentée.

Le parrain lui-même

Le choix de ce parrain n'est pas neutre non plus. La famille Van der Haeghen est liée par ailleurs aux van der Straeten de Bruxelles : c'est la Notice généalogique sur la famille Van der Haeghen, publiée à Paris en 1883, qui conserve la seule description existante de la pierre tombale armoriée de Corneille van der Straeten dans l'ancienne église de Laeken, l'édifice ayant été démoli au XIXe siècle.

Qu'un Van der Haeghen, dont on ne relève aucun établissement dans les villages de la branche, tienne un enfant sur les fonts à Zonnegem en 1635, constitue un élément de continuité entre la branche bruxelloise et la branche flamande, indépendamment de la question de sa parenté avec le père.

Ce qui reste ouvert

Il faut le dire aussi clairement que le reste.

Aucun acte ne nomme le père de Jacques. La filiation repose sur une convergence, non sur une déclaration. C'est la situation normale pour la période, mais c'est une convergence, et il faut l'appeler par son nom.

Les indices onomastiques ne fondent pas la filiation, ils la renforcent. Le Philippe de 1555 n'est dans notre parenté que si la reconstitution est exacte : cet indice conforte donc une démonstration documentaire préexistante, il ne la remplace pas.

Une reconstitution parallèle existe, non publiée, qui rattache Jacques à un autre Machiel. Elle repose sur la distinction de deux homonymes prénommés Jan et ne dispose d'aucun ascendant au-delà de son premier personnage connu. Le prénom Jan étant porté par près d'un garçon sur cinq, il ne peut à lui seul fonder une identification. Cette branche n'en appartient pas moins à la famille, à laquelle elle se rattache par des liens collatéraux.

Ce qui trancherait

Une seule chose : un acte nommant explicitement le père de Jacques. On le chercherait dans les staten van goed de Zonnegem, Burst et Bambrugge, et dans les registres scabinaux de Brussegem et de Grimbergen. La recherche reste à faire.

Sources de cette page. Leo LINDEMANS, « Het Brussels geslacht van der Straeten », Vlaamse Stam, 25e année, n° 2, février 1989 ; du même auteur, « Het Geslacht de Vuyst en verwante familiën », Land van Aalst, 1955, et Tableau d'ascendance de la maison royale belge, livre III, 2002. Registre des meiseniers du Brabant. Registres paroissiaux de Zonnegem. Inventaire de succession de Jacques van der Straeten, 17 janvier 1644.

Pour les taux de transmission du prénom : registres paroissiaux de Rumst, 1590-1803 ; Étienne HÉLIN, sur Rosières, 1974. Pour la fréquence des prénoms : dépouillement du registre des meiseniers, 10 145 couples père-fils. Pour la notion d'« enfant refait » : Florian BESSON, d'après les travaux de Monique Bourin et Pascal Chareille. Pour la méthode de critique généalogique : Hervé DOUXCHAMPS, « Aux origines de la famille van der Straten-Waillet-Ponthoz », Le Parchemin, n° 274, 1991.

Sommaire
Où se situe la question Le maillon en question Ce qui l'établit Ce que les prénoms ajoutent Ce qui reste ouvert Ce qui trancherait